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Décès de notre confrère Abdellah Stouky, 76 ans

Un journaliste d’un autre genre

Des journaux du parti communiste à ceux du RNI, puis de la presse indépendante, en passant par le poste de cabinard, Abdellah Stouky est resté égal à lui: un artiste et un esprit libre.

Abdellah Stouky est mort, mardi 12 juillet 2022, dans la matinée. Il avait 76 ans. Une mort qui fait suite à une longue maladie qui l’a obligé à passer les derniers mois de sa vie dans une clinique de Rabat, où il a rendu l’âme.

Autodidacte et homme de culture, certes, journaliste qui a appris les rudiments de la profession sur le tas, Abdellah Stouky a été d’abord un militant du Parti communiste marocain, qui l’avait envoyé à Moscou à la fin des années 60 pour une formation «politique». De retour au Maroc, il a commencé sa carrière de journaliste dans les journaux du PCM, Al Moukafih, notamment. Il rejoint par la suite la revue Souffles, animée par des militants de l’extrême gauche, dont Abdellatif Laâbi et Abraham Serfaty. Mais, très tôt, il prend ses distances avec eux et reste néanmoins collaborateur avec le magazine Lamalif, estampillé également de gauche, et dirigé par Zakya Daoud.

Au début des années 70, M. Stouky rejoint l’agence Maghreb arabe presse. Il y occupera plusieurs fonctions jusqu’en 1975 quand il sera nommé directeur du cabinet de Taïbi Benhima, alors ministre de l’information. C’était en pleins préparatifs de la Marche verte et de l’action diplomatique pour la récupération du Sahara marocain. Le Premier ministre de l’époque n’était autre que Ahmed Osman, qui va créer le RNI en 1978. Il fera appel à M. Stouky pour rejoindre l’équipe des journalistes qui va lancer Al Mithaq et Al Maghrib, les deux quotidiens du parti.

Mais, à l’instar de tout esprit libre, comme il se définissait lui-même, M. Stouky n’a jamais duré dans un poste ou dans une responsabilité éditoriale ou autre. Il lance sa propre maison d’édition, qui, à cause du tempérament artiste du défunt, n’a pas pu durer. Il collabore avec plusieurs journaux, dont particulièrement La Vie économique, du temps de Jean-Louis Servan Schreiber. Ancien président de l’Assemblée générale de l’Union de la presse francophone dans les années 80 et 90, M. Stouky est souvent décrit comme «un intellectuel indépendant, doté de qualités fines et civilisées qui imposent le respect. »

Un intellectuel indépendant
Parallèlement à son travail de journaliste, M. Stouky s’est fait un nom dans le milieu culturel et artistique. Il se lie d’amitié avec Tayeb Seddiki, fondateur du Théâtre ouvrier, et son frère, Saïd Seddiki, également grand homme de culture. Ce dernier avait en commun avec le regretté Stouky un humour sarcastique, le sens de la répartie et la maîtrise de la langue de Molière.

Élégant, bon vivant, Abdellah Stouky a gardé toute sa vie durant un amour particulier pour Marrakech, ville où il a vu le jour en 1946. Ville qui l’a marqué à jamais malgré le fait qu’il l’ait quittée très jeune. Ses funérailles ont eu lieu au cimetière Chouhada à Rabat, mercredi 13 juillet 2022, en présence de nombreux hommes de lettres et des médias.

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