Débats enflammés autour de l'intelligence artificielle

Une technologie en plein essor suscite des préoccupations éthiques


Le Pape François habillé comme un rappeur, Trump s’échappant de la police, Emmanuel Macron collectant les ordures, ou encore de Barack Obama et Angela Merkel sur la plage... Vous avez probablement vu ces images surprenantes qui ont envahi les réseaux sociaux ces dernières semaines. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que toutes ces scènes sont le fruit de l’intelligence artificielle.

Historique. Révolutionnaire. Le développement en pompe du domaine technologique que nous vivons depuis quelques mois est inédit. De nouvelles variantes d’intelligence artificielle ne cessent d’émerger. En l’espace de quelques mois, la tendance des IA dites «génératives», incarnée par ChatGPT, qui produit textes, et Midjourney, qui génère des images réalistes à partir des consignes, a permis de surprendre tout le monde, comme en témoignent les exemples cités précédemment.

L’IA, c’est quoi ?
Mais que signifie d’abord cette « intelligence artificielle » dans tout le monde parle. Ce terme désigne généralement les algorithmes technologiques capables de simuler l’intelligence humaine, tels que l’apprentissage et la résolution de problèmes. L’objectif de l’IA est de développer des machines et des logiciels capables d’analyser, d’interpréter et de raisonner à partir des données, d’apprendre de manière autonome et de s’améliorer avec le temps. Les applications de l’intelligence artificielle sont nombreuses et touchent divers secteurs, tels que la médecine, l’industrie, la finance, les transports, le divertissement, la sécurité et bien d’autres.

L’IA peut être classée en deux catégories principales : l’IA faible et l’IA forte. L’IA faible est conçue pour accomplir des tâches spécifiques et ne possède pas de compréhension globale ou de conscience d’elle-même. L’IA forte, en revanche, est une forme d’intelligence artificielle hypothétique qui possèderait une conscience de soi et une compréhension globale, lui permettant de raisonner et d’agir de manière similaire à un être humain. Cependant, à ce jour, l’IA forte n’existe pas encore et demeure un objectif à long terme pour les chercheurs en intelligence artificielle. Dans cette effervescence de l’intelligence artificielle, des questionnements éthiques et des défis à relever pour préserver l’authenticité de l’information et protéger les individus ont été soulevés par différentes parties.

Des centaines d’experts, dont Elon Musk, ont signé, mercredi 30 mars 2023, une pétition appelant à un moratoire de six mois sur la recherche en intelligence artificielle plus puissante que le modèle GPT-4 d’OpenAI, qui présente des risques majeurs pour l’humanité, selon eux. Les signataires réclament la mise en place de systèmes de sécurité et de nouvelles autorités réglementaires dédiées, ainsi que la surveillance des systèmes d’IA et des institutions capables de gérer les perturbations économiques et politiques dramatiques que l’IA pourrait causer.


Pour sa part, le philosophe français Jacques Attali a annoncé, dans un blog qu’il a partagé sur son site web: « Ces logiciels seront ensuite capables de prendre des initiatives. Pour commencer, ils pourront écrire des emails avec votre style, en utilisant votre boite mail, ou celle d’un dirigeant privé ou public, pour donner des ordres, révéler des secrets, ordonner des embargos. En se démultipliant, ils pourront créer des désordres indescriptibles. Et pire encore, des intelligences artificielles pourront se coaliser pour utiliser de telles applications contre des humains, ou contre l’humanité en général. »

Quid au Maroc ?
Le développement rapide de l’intelligence artificielle suscite des préoccupations dans le monde entier, mais le Maroc semble vouloir adopter une approche proactive pour réglementer son utilisation et garantir sa sécurité et sa fiabilité. Alors que l’Italie a bloqué l’accès à ChatGPT, le 03 avril 2023, en raison de préoccupations concernant la protection des données personnelles, les responsables gouvernementaux marocains, tels que Latifa Akharbach, présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), cherchent à développer un cadre de réglementation approprié pour guider l’utilisation de l’IA.

En effet, au cours d’une conférence internationale à New York, organisée par Columbia University sous le thème « Régulation des plateformes : surmonter les obstacles », Mme. Akharbach a exprimé ses préoccupations quant à la modération des contenus telle qu’elle est exercée par les grandes plateformes. Elle a déclaré que les entreprises privées telles que les plateformes numériques ne devraient pas être la police du discours et le régulateur de la parole publique.

Mme.Akharbach a également mis en lumière le fait que la régulation doit constamment s’adapter à l’accélération technologique. Elle a souligné que l’usage croissant de l’intelligence artificielle génère de nombreux risques, notamment la discrimination causée par les algorithmes apprenants. Elle a également souligné que pour être éthique, l’intelligence artificielle du futur doit prendre en compte la diversité de l’humanité. Dans le contexte de la mondialisation des entreprises de médias sociaux, Mme Akharbach a reconnu que le cadre juridique doit être adapté pour permettre une réglementation adéquate de l’IA et garantir sa sécurité et sa fiabilité.

L’IA pour l’éducation
Pour sa part, le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Abdellatif Miraoui, a souligné le potentiel considérable de l’IA pour l’amélioration de l’enseignement et de l’apprentissage, dans une interview avec nos confrères de Hespresse. Selon le ministre, l’IA peut jouer un rôle important dans l’apprentissage personnalisé en analysant les styles d’apprentissage individuels et en s’adaptant au rythme de l’élève en suivant ses progrès. Il assure que les algorithmes d’IA peuvent identifier les points forts et les points faibles de l’élève et adapter le contenu et l’approche en conséquence. L’automatisation des tâches répétitives, telles que la notation, peut également libérer les enseignants pour qu’ils se concentrent sur l’apport d’un soutien personnalisé aux élèves.

Le ministre a également souligné que l’IA peut offrir des expériences d’apprentissage immersives et donner vie aux sujets d’une manière qui n’est pas possible avec les méthodes d’enseignement traditionnelles. Certainement, l’IA est une technologie fascinante et pleine de potentiel, mais elle nécessite une réglementation appropriée pour garantir sa sécurité et sa fiabilité. Il est donc crucial que les gouvernements et les entreprises travaillent ensemble pour relever les défis éthiques et technologiques que l’IA pose.

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