Pas de projet de carrière au Maroc

Saloua Karkri-Belkeziz

LA FUITE DES INFORMATICIENS VERS L’ÉTRANGER


Selon Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI), plus de 600 ingénieurs marocains, précisément des informaticiens, quittent le pays chaque année.

Cela fait déjà plusieurs années que la fuite des cerveaux marocains est un fait avéré. Cette situation concerne surtout nos ingénieurs et plus précisément nos informaticiens. La France, la Belgique, le Canada et les Etats-Unis sont les destinations privilégiées. Pourquoi ces jeunes diplômés quittent-ils le Maroc? Le salaire, la carrière, la considération et la motivation… Les raisons sont nombreuses mais la réponse est également à chercher dans l’épanouissement dans le travail. «Les projets que l’on me proposait au Maroc ne m’intéressaient pas plus que cela», nous indique Amine, ingénieur informaticien exilé dans le sud de la France depuis 8 ans. «Au delà du salaire et de la possibilité de voyager, c’est avant tout les conditions de travail qui m’ont fait franchir le pas», nous explique-t-il.

Amine n’est pas le seul dans cette situation. 6 informaticiens sur 10 ont été approchés par des recruteurs étrangers durant les 12 derniers mois. Parmi eux, 16% ont été sollicités plus de cinq fois, et 44% entre 1 et 5 fois. Ce qui démontre la forte attractivité des profils IT marocains au niveau international. «Je suis en deuxième année de Master et j’ai déjà eu quelques sollicitations de recruteurs français et canadiens», nous révèle Ahmed, étudiant à l’EMSI Casablanca, qui ne voit pas «réellement de perspectives au Maroc pour le moment» dans son domaine. «Je sais que je pourrais rapidement trouver un emploi à l’étranger un fois mon diplôme en poche», se réjouit-il. Les ingénieurs informaticiens en sont, d’ailleurs, bien conscients, puisque près 75% parmi eux affirment être optimistes concernant leurs conditions de travail dans le futur.

Épanouissement dans le travail
Les recruteurs étrangers sont aussi intéressés par des profils expérimentés. Plus de 8 informaticiens sur 10 ayant entre 6 et 8 ans d’expérience ont été approchés durant cette année, tandis que ceux ayant entre 8 et 10 ans d’expérience l’ont été à hauteur de 67%, et ceux justifiant de plus de 10 ans environ 64%. Travailler à l’étranger n’est pas pour déplaire aux informaticiens. En effet, selon la récente enquête du jobboard ReKrute. com sur les métiers de l’IT, menée auprès d’un échantillon de 1.246 informaticiens et ingénieurs, 75% disent être prêts à quitter le pays si une bonne opportunité se présentait. 5% sont déjà en poste à l’étranger, et 3% confient que le contrat de travail est en cours de négociation. «Les recruteurs étrangers parviennent à fournir aux candidats retenus tous les documents nécessaires (visa longue durée, carte de séjour...) en moins de 48 heures», souligne la présidente de l’APEBI.

Les écoles marocaines d’enseignement supérieur privées et publiques forment chaque année près de 6.500 informaticiens. Les lauréats qui se présentent sur le marché de l’emploi ont un bon profil. «Surtout depuis l’instauration de la licence professionnelle», affirme la présidente de l’APEBI, mais ils ne restent pas longtemps sur le marché marocain. Face à cette fuite des informaticiens, certaines entreprises se trouvent maintenant en pénurie dans ces profils...

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