La culture, bouc émissaire du gouvernement ?

Interdiction des festival et manifestation culturelles pour contrer la variant Omicron

La décision du gouvernement d’interdire les festivals et les manifestations culturelles et artistiques ne passe pas auprès des professionnels du secteur. Ces derniers se disent être une “cible facile” des mesures anti-covid et tirent la sonnette d’alarme quant à leur situation.

Dans la longue liste des secteurs victimes de la pandémie du covid- 19 au Maroc, la culture figure sans le moindre doute dans les premiers rangs. Une situation aggravée après l’annonce par le gouvernement, le 3 décembre 2021 soir, de l’interdiction de tous les festivals et toutes les manifestations culturelles et artistiques, en se basant sur les “dispositions juridiques relatives à la gestion de l’état d’urgence sanitaire et en renforcement des mesures préventives nécessaires visant à limiter la propagation du nouveau coronavirus”.

C’est donc via un énième communiqué tombé le soir comme un couperet que les différents acteurs artistiques voient leur supplices prolongés. Le Syndicat marocain des arts dramatiques s’est dit “inquiet” après l’annonce du gouvernement, tout en mettant en garde contre les effets “catastrophiques” de ces décisions “surprises” et “non-graduelles” sur les secteurs culturel et artistique qui ont “perdu beaucoup de terrain durant le mandat gouvernemental précédent et surtout sous l’effet de la crise liée au covid-19”.

Pour plusieurs acteurs culturels et artistiques, les autorités ont fait du secteur leur “premier bouc émissaire”, alors que d’autres activités et espaces de la vie quotidienne présentent des risques de contamination et de propagation du virus plus élevés. À titre d’exemple, les mesures de distanciation sociales seraient plus difficiles à faire respecter dans les marchés et les transports en commun, où la fréquentation est plus massive et étendue dans le temps que dans les espaces où se tiennent les activités culturelles de toutes sortes.

Décision “incompréhensible”
Certains organisateurs de manifestations culturelles ont par ailleurs appelé le gouvernement à se contenter d’appliquer rigoureusement l’obligation du pass sanitaire pour accéder aux lieux culturels, comme alternative “efficace” qui préserve les intérêts des acteurs du secteur. Dans la classe politique, les réactions ont été timides, voire inexistantes.

Sauf du côté du Parti du progrès et du socialisme (opposition) qui a exhorté le gouvernement à “assumer ses responsabilité en conciliant les mesures préventives pour lutter contre la pandémie avec les attentes sociales des différentes catégories”, tout en appelant à instaurer une subvention en faveurs des ceux qui seront impactés par l’interdiction des festivals et des manifestations culturelles et artistiques.

Cette décision a été d’ailleurs une occasion pour les acteurs du secteur de brandir de nouveau leur dossier revendicatif lourd datant de bien avant la pandémie. Le ministre de tutelle, Mehdi Bensaïd, a déjà entamé les premières rencontres, alors le département en question a toujours été dans l’ombre, notamment au niveau de son modeste budget.