A-t-on pris en compte les leçons de la crise sanitaire ?

NOUVEAU MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

Un mode de gouvernance fondé sur la reddition des comptes est plus qu’une nécessité, une urgence. Cela commence par l’obligation pour les partis politiques de présenter un programme électoral en bonne et due forme, un véritable programme détaillé, réaliste et réalisable, sur la base duquel toute formation politique portée au pouvoir sera comptable.

À quelque chose malheur est bon. La crise sanitaire liée au nouveau coronavirus a prolongé de six mois la mission de la commission spéciale chargée de la nouvelle vision du modèle de développement. Une décision du Roi Mohammed VI, qui a vu en cette crise une opportunité pour mieux creuser la réflexion et élargir les concertations.

Le 7 janvier 2021, la commission, composée de 35 membres et présidée par l’Ambassadeur du Royaume en France, Chakib Benmoussa, a finalement bouclé son rapport définitif qui sera soumis en premier lieu au Roi Mohammed VI alors qu’il était censé être livré fin juin 2020. Au total, les membres de la commission ont effectué une trentaine de visites de terrain, animé quelque 113 ateliers de travail, et traité 6.600 contributions écrites provenant de différentes organisations.

Les calculs chamboulés
L’épidémie a eu le mérite de donner aux membres de cette commission le temps et la sagesse pour repenser le nouveau modèle de développement à la lumière du nouveau paradigme mondial qui a fini par s’inviter au Maroc. Un paradigme qui sort le pays des sentiers battus. Auparavant, le développement était synonyme de richesses accumulées et d’indicateurs économiques, macro ou micro, qui reflétaient la bonne santé de l’économie et sa prédisposition à réduire l’écart avec les pays industrialisés et développés. Mais la crise a chamboulé tous les calculs.

Point de progrès sans développement de l’humain, sans préservation des ressources naturelles rarifiées et de l’environnement. Si déjà l’organisation des Nations- Unies a délimité la liste des 17 objectifs de développement durable (ODD) avec des buts à atteindre à l’horizon 2030, l’épidémie du coronavirus a fini par faire accepter qu’au Maroc, l’enseignement et la santé et un mode de gouvernance dont les deux principes premiers sont la justice, l’équité et la reddition des comptes sont le socle du nouveau modèle de développement.

La crise sanitaire a révélé un système de santé plus fragile que ce qu’on pensait jusque-là: Un hôpital public saturé, un corps médical et infirmier insuffisant et par conséquent dépassé, un sous-équipement caractérisé et une concentration des centres hospitaliers les mieux armés au niveau des grandes villes… Sans compter une communication qui laisse à désirer, pour ne pas dire sélective et souvent marquée par la rétention de l’information.

Le malheur de l’enseignement a été redécouvert à un moment où les études à distance étaient la seule solution pour éviter une propagation des virus plus accentuée en mode présentiel. Puis, une gestion chaotique de la chose publique, une impunité et un népotisme et un clientélisme résistants, même en période de crise, et traduits par des nominations à de hautes fonctions avec des salaires mirobolants au moment même où le Souverain avait alerté que les caisses de l’Etat étaient pratiquement vides.

Le manque de transparence, la faible communication et le maintien du flou qui précédaient la prise de décision hâtives souvent tard dans la nuit ou pendant le week-end ont marqué l’activité du gouvernement. Au parlement, l’individualisme et les intérêts personnels et ceux du parti ont supplanté les intérêts de la nation.

Des enseignements à tirer
L’affaire des retraites des parlementaires a été un cas édifiant. Autant les députés que les conseillers s’y sont cramponnés jusqu’à la dernière minute. Si les députés ont accepté de liquider leur caisse de pension et de récupérer leurs cotisations, l’avidité des conseillers a été sans aucune mesure. Ils ont réclamé leurs cotisations et celles de l’Etat, pardon du contribuable!

Pour les partis de l’opposition, la mobilisation n’a commencé qu’à l’approche des élections. Leur absence de la scène a été constatée à maintes reprises en réaction à des décisions gouvernementales qui allaient à l’encontre de l’orientation du Roi Mohammed VI de limiter les répercussions socio-économiques de l’épidémie. L’on se rappelle encore la décision de maintenir Aid Al Adha (fête du sacrifice) et le laxisme des autorités face à l’afflux massif et chaotique sur les marchés du bétail. Une décision qui a eu pour conséquence la hausse des cas de contaminations au Covid-19 et des cas graves nécessitant une réanimation urgente.

C’est dire que de la crise sanitaire des enseignements doivent être tirés. Notamment par rapport à la reddition des comptes. La politique n’attire pas que des patriotes mus par la volonté de bien servir mais aussi des arrivistes et des opportunistes appâtés par l’enrichissement illicite et facile. C’est ce qui réduit comme une peau de chagrin la confiance entre les électeurs et les élus ou entre les électeurs et les partis politiques. La résultante est ce phénomène d’abstention qui laisser des traces indélébiles sur chaque rendez-vous électoral. Le phénomène est croissant, et culmine aux élections législatives.

Les dernières élections législatives de 2016 avaient été marquées par un taux de participation très faible: sur plus de 15 millions d’inscrits aux listes électorales, seulement 43% se sont rendus aux urnes. Un chiffre en baisse par rapport aux législatives de 2011 (56%). Quant aux élections communales et régionales, tenues en 2015, elles ont enregistré un taux de 53%, contre 51% en 2009. C’est dire que l’abstention est devenue une caractéristique indélébile de nos élections.

Au vu de ce constat, un mode de gouvernance fondé sur la reddition des comptes est une plus qu’une nécessité, une urgence. Cela commence par l’obligation pour les partis politiques de présenter un programme électoral en bonne et due forme, un véritable programme détaillé, réaliste et réalisable, sur la base duquel toute formation politique portée au pouvoir sera comptable. Il va falloir introduire dans la Constitution de nouveaux articles qui instaurent la reddition des comptes à la fin des mandats du gouvernement et des élus locaux et régionaux.

Dans son discours du 20 août 2020, à l’occasion du 66ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le Souverain a rappelé que «le renouvellement du modèle de développement ainsi que les projets et les programmes lancés sous notre impulsion visent à faire avancer le Maroc sur la voie du progrès, à améliorer les conditions de vie de ses citoyens, à réduire les inégalités sociales et spatiales». Ce n’est que de la sorte que le Maroc épousera le paradigme de la bonne gouvernance, de la transparence et achèvera ainsi le processus de la transition démocratique.


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