La croissance sauvée par l’export


La demande extérieure est -elle en voie de remplacer la demande intérieure comme principal moteur de la croissance ?

Malgré un contexte d’inflation élevée, de politique monétaire restrictive et de conditions de crédit plus restrictives, les indicateurs de l’économie marocaine, notamment celui de la croissance, sont au vert. En effet, selon les statistiques macroéconomiques publiées par le Haut Commissariat au Plan (HCP), l’économie nationale a enregistré , lors de ce premier trimestre 2023, un taux de croissance de 3,5% contre 0,5% à la même période de l’année dernière. Contrairement aux décennies précédentes, ce sont les échanges extérieurs de biens et de services, et non pas les composantes de la demande intérieure, qui ont sauvé la croissance, puisqu’ils ont enregistré de fortes hausses (19,8% au lieu de 9,8% l’année précédente) contribuant de pas moins de 3,6 points à cette croissance. Les importations ne sont pas en reste, puisqu’elles ont enregistré une hausse de 8,8% au lieu de 2,2%, avec une contribution de 4,2% à la croissance.


Demande intérieure
Cette tendance positive de la contribution de l’export à la croissance contraste cette année avec la quasi-stabilité des composantes de la demande intérieure. A commencer par les dépenses de consommation finale des ménages qui n’ont évolué que de 0,1%. Coté investissement, la formation brute de capital fixe (FBCF) est restée sur sa tendance baissière une année auparavant puisqu’elle a reculé de 2,6% au premier trimestre 2023. Contribuant, ainsi, négativement à la croissance (moins 0,6%). Les chiffres publiés par le HCP ne nous informe pas davantage sur cette hausse de l’export, notamment de la part des entreprises exportatrices. Ceci pourrait nous éclairer sur le fait de savoir si nombre des entreprises à l’export a aussi augmenté . Sinon on ne peut que se contenter d’observer avec l’Office des Changes que le nombre des entreprises actives à l’export continue à faire du surplace en ne dépassant pas les 4 309 enregistrées en 2019. Soit un nombre relativement faible d’entreprises exportatrices.

Ce n’est pas tout à fait étonnant puisque selon l’édition 2020-2021 du rapport annuel de l’Observatoire Marocain de la TPME nous révèle que le tissu productif national reste fortement fragmenté et, surtout constitué à 88 % de microentreprises qui ont un chiffre d’affaires inférieur à 3 millions de dirhams et 79 % réalisent un chiffre d’affaires de moins d’un million de dirhams. La dominante TPE n’est en aucun cas, sauf exceptionnellement, en faveur d’un fort élan exportateur. Il suffit de nous référer à l’expérience allemande pour souligner que seul un tissu productif constitué principalement de moyennes entreprises industrielles est en mesure de réaliser des performances à l’export. On en est très loin de ce modèle qui a fait ses preuves.

Articles similaires