La crise sanitaire de tous les risques

Rapport du FMI sur les risques encourus par l'économie marocaine et les pistes de riposte


Kristalina Georgieva, DG du FMI, reçue par Mohamed Benchaâboun en février 2020.

Le FMI dresse une matrice des risques dont certains restent élevés pour le Maroc, notamment celui d’avoir une pandémie de Covid-19 prolongée.

Le FMI vient de livrer son évaluation détaillée dans le cadre des consultations de 2020 au titre de l’article IV de ses statuts. Ce rapport prévoit, notamment, une profonde récession en 2020 (-7,2%) suivie d’une reprise en 2021 (4,5%) avec les réserves de rigueur, dans la mesure où l’incertitude continue de planer sur le monde à cause de la pandémie de la Covid-19.

Le Fonds Monétaire International estime, ainsi, que cette crise sanitaire «devrait avoir des effets persistants sur la production. Le PIB devrait retrouver son niveau d’avant la crise d’ici 2022, mais rester en deçà de la tendance d’avant la crise à moyen terme». «La pandémie devrait également affecter la croissance potentielle. Les investissements publics seront limités par les besoins d’assainissement budgétaire et les investissements privés limités par l’effet d’éviction de l’augmentation du financement du secteur public. Un chômage plus élevé et une plus grande participation aux activités informelles pourraient avoir un impact négatif sur l’accumulation de capital humain», avancent les experts du FMI.

Le FMI dresse, par ailleurs, une matrice des risques dont certains restent élevés pour le Maroc. Ainsi, le risque d’avoir une pandémie de Covid-19 prolongée est très élevé. «La récente résurgence de la pandémie, qui s’avère plus difficile à éradiquer (par exemple en raison des difficultés à trouver / distribuer un vaccin), suggère qu’une demande extérieure et intérieure plus modérée est désormais une possibilité», est-il précisé dans le rapport du FMI.

Et les experts du FMI d’ajouter que de nouveaux efforts de confinement nuiraient directement à l’activité économique au Maroc en raison des chocs d’offre et de demande et de changements de comportement. Avec une marge de manoeuvre limitée, la réévaluation des risques par les marchés pourrait conduire à une révision du prix des actifs, démasquer les vulnérabilités liées à la dette et affaiblir la santé des institutions financières nationales. Les mesures protectionnistes pourraient perturber le commerce et l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales», analyse le FMI.

Relocalisation des entreprises
Autre risque élevé mentionné par les équipes du FMI, celui de l’intensification des tensions géopolitiques et des risques sécuritaires. «La concurrence géopolitique et le débat sur les avantages de la mondialisation pourraient conduire à davantage de protectionnisme et de relocalisation des entreprises, réduisant les flux transfrontaliers de commerce et de main-d’oeuvre (y compris les envois de fonds). Les risques de sécurité réduisent également les flux commerciaux, de main-d’oeuvre et de capitaux et la confiance. Les perturbations de la production pétrolière peuvent créer des risques à la hausse pour les prix du pétrole», est-il précisé dans le rapport.

L’ensemble de ces risques peuvent affecter l’économie marocaine dans la mesure où «le Maroc est une économie ouverte, fortement dépendante du commerce dont celui associé aux principales chaînes de valeur mondiales (l’automobile), des envois de fonds, du tourisme et des importations d’énergie».

«Par conséquent, toute perturbation dans chacun de ces domaines est vouée à affecter profondément l’activité économique», insiste le FMI qui souligne aussi le risque, plus modéré certes mais présent, d’un rythme des réformes structurelles plus lent que prévu. «L’absence de réformes structurelles pourrait accroître les vulnérabilités budgétaires et les tensions sociales, réduire la croissance potentielle et affecter négativement la confiance des investisseurs et l’absorption des déséquilibres extérieurs», est-il affirmé.

Les experts du FMI ne restent pas les mains croisées face à chacun de ces risques, et ne se privent pas, comme il est de coutume, de faire des recommandations. Parmi les ripostes proposées, ils mettent l’accent sur la politique budgétaire pour faire face au prolongement attendu de la pandémie. «Un soutien aux entreprises et aux travailleurs touchés (y compris les transferts monétaires, les reports d’impôts et les facilités de crédit), tout en réduisant les dépenses publiques moins essentielles et / ou en augmentant les recettes (par le biais de contributions volontaires ou de formes progressives d’imposition) pour éviter une augmentation excessive de la dette et des besoins de financement», préconise le FMI. Une continuité donc des actions menées jusque-là.

Pour cela, le FMI conseille d’adopter un cadre budgétaire clair et transparent à moyen terme pour soutenir la confiance des investisseurs dans un retour progressif à un niveau inférieur de la dette publique. Par ailleurs, l’institution internationale estime «qu’il y a un certain espace pour réduire les taux directeurs, mais une fois atteint la limite inférieure effective, Bank Al –Maghrib (BAM) pourrait explorer des mesures d’assouplissement quantitatif (ou Quantitative Easing : QE ) y compris l’intensification de ses programmes de financement des prêts et l’achat de bons du Trésor sur les marchés secondaires pour réduire les taux d’intérêts à long terme». Dans le même esprit, le FMI considère que BAM «devra peut-être intervenir rapidement pour remédier aux faiblesses des secteurs financiers, en renforçant les dispositions de liquidité, en assouplissant davantage les coussins de fonds propres et en offrant aux banques viables des délais plus longs pour rétablir la solvabilité minimale. Les autorités devraient également se tenir prêtes à fournir des garanties supplémentaires sur les engagements bancaires et à créer l’espace budgétaire nécessaire pour fournir des capitaux aux banques d’importance systémique».

Rétablir la solvabilité
Les experts du FMI ne s’arrêtent pas là puisqu’ils font d’autres propositions, à commencer par celle d’«accélérer la transition vers un cadre de ciblage de l’inflation avec un régime de taux de change flexible pour atténuer les nouveaux chocs extérieurs». Les analystes du Fonds proposent également non seulement de «maintenir la participation du Maroc dans les principales chaînes de valeur mondiales en travaillant avec des partenaires commerciaux clés pour éviter les mesures qui faussent les flux commerciaux et entravent les Investissements Directs Étrangers», mais aussi d’«accélérer les efforts pour réduire la dépendance du Maroc vis-à-vis de l’énergie importée, en stimulant l’approvisionnement en sources renouvelables », sans oublier de «mettre en oeuvre une réforme fiscale plus décisive et plus complète tout en augmentant les efforts pour contenir les dépenses courantes et améliorer l’efficacité».

Restant fidèle à ses préceptes libéraux, l’institution de Bretton-Woods en appelle aussi à la «rationalisation des entreprises publiques » ainsi qu’à «la réforme du système de retraite». Dans un esprit conforme aux orientations du Royaume, il appelle à l’acheminement vers «un nouveau modèle de développement économique qui favorise une croissance durable et inclusive». Pour atteindre ces buts, le FMI préconise de «construire un consensus fort sur les réformes nécessaires pour soutenir le bien-être social, réduire les vulnérabilités et favoriser une croissance plus inclusive». Dans ce sens, il recommande de «réintroduire ou étendre les mesures prises dans le cadre de la pandémie, d’accélérer les réformes structurelles pour améliorer la croissance inclusive et de renforcer progressivement le système de protection sociale à partir des réformes récemment annoncées, améliorer la qualité de l’éducation, stimuler les politiques actives du marché du travail». Tout un programme.


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