Crise politique au Sénégal : Sous les pavés, pas de plage pour les étudiants marocains

Au coeur de Dakar, capitale du Sénégal, une communauté estudiantine marocaine diverse et dynamique s’efforce de naviguer dans un contexte politiquement chargé. Plus de 1.700 jeunes Marocains, répartis dans les universités sénégalaises, se trouvent à la croisée des chemins entre ambition académique et réalité socio-politique.


La communauté estudiantine marocaine au Sénégal est forte de plus de 1.700 membres, répartis à travers différentes universités et instituts. Ces étudiants, engagés dans des domaines variés tels que la médecine, l’ingénierie, l’agriculture, ou encore les sciences politiques, font face à un environnement changeant marqué par une crise politique. En effet, depuis le début de l’année 2024, le Sénégal est plongé dans une période de tensions politiques, suite à une décision controversée de reporter les élections présidentielles. Initialement prévus pour le 25 février 2024, les scrutins ont été reportés au 15 décembre de la même année, une manoeuvre justifiée par le président Macky Sall en raison de divergences autour de la liste des candidats et d’allégations de corruption impliquant l’organe constitutionnel responsable de sa compilation.

Espoir de retour
Cette décision a provoqué une onde de choc dans le paysage politique sénégalais, avec des accusations d’un «coup d’État institutionnel» de la part de certains groupes d’opposition et de la société civile. Ainsi, des manifestations ont éclaté à travers le pays, et les études se sont arrêtés dans l’université de Dakar. Toutefois, Mehdi Hatim, représentant du collectif des médecins marocains au Sénégal, relativise l’impact des tensions sur la vie quotidienne et académique des étudiants marocains sur place. Il décrit, dans un appel téléphonique avec Maroc Hebdo, des manifestations sporadiques qui n’entravent pas significativement les études ou les stages. “Le problème d’arrêt des cours se trouve seulement à Dakar parce que la ville a un campus universitaire très grand qui accueille toutes les facultés (sciences, médecines, droit, lettres…), avec une seule cité universitaire qui accueille plus de 20.000 personnes, ce qui peut créer plus de tensions” nous explique ce jeune médecin qui s’est installé au Sénégal depuis 2008.

Une routine normale
Mehdi Hatim, dans ses propos, met en lumière la résilience et l’adaptabilité du système universitaire sénégalais face aux défis posés par les tensions politiques actuelles. « Face à l’adversité, les institutions académiques ont fait preuve d’une remarquable flexibilité et ont annoncé l’adoption des cours en ligne afin d’assurer la continuité de la formation sans que les aléas politiques ne viennent entraver significativement notre parcours éducatif », explique-t-il. Concernant la vie quotidienne, Mehdi adopte un ton résolument optimiste « Malgré une atmosphère globalement tendue, la situation n’a pas réussi à paralyser notre quotidien. Nous continuons de vivre normalement, de savourer nos moments de détente, comme cette pause-café qui reste un rituel incontournable de notre routine. »

Une résilience hors pair
L’envie de retourner au Maroc est un sentiment partagé parmi les étudiants marocains au Sénégal. « L’attachement à notre patrie reste fort. Beaucoup parmi nous aspirent à revenir étudier au Maroc. Cet espoir d’un retour aux sources alimente notre motivation et notre persévérance face aux défis actuels », confie-t-il. D’ailleurs, Hatim écarte également toute comparaison hâtive avec des situations de conflit plus graves, comme celle de l’Ukraine. « Il est crucial de contextualiser notre expérience. Bien que nous soyons confrontés à des tensions, nous sommes loin des tragédies de guerre.

Cette perspective nous aide à relativiser et à apprécier la paix relative dont nous jouissons ici, malgré les circonstances. » On retrouve le même son de cloche dans la bouche de l’étudiant El Hassane Belhamra, étudiant à la faculté de médecine du Dakar, en cours de finalisation de sa thèse. “Personnellement, j’ai fini mes cours, je fais mes stages à l’hôpital et tout se passe de façon très normale”. ElHassan poursuit avec confiance « À l’hôpital, la vie suit son cours.

Les patients ont besoin de nous, et nous devons être là pour eux, indépendamment de ce qui se passe à l’extérieur », dit-il. Ses journées sont rythmées par les consultations, les diagnostics et les soins, une routine ponctuée par la satisfaction d’aider et de soigner. « Bien sûr, nous sommes conscients des manifestations, mais elles semblent parfois appartenir à un autre monde. Nous prenons nos précautions, évitons les zones de tension et continuons notre mission », confia-t-il.

De l’autre côté, Lina Y, fraîchement arrivée au Sénégal pour entamer ses études, vit cette période avec une intensité différente. « Je ne savais pas à quoi m’attendre en venant ici, mais je ne pensais pas que mon année débutera dans un climat aussi tendu », partage- t-elle. L’ambiance sur le campus, les discussions entre étudiants et les nouvelles qu’elle reçoit lui peignent un tableau préoccupant. « Il y a des jours où je me sens vraiment anxieuse, surtout quand les manifestations se rapprochent de l’université. C’est une réalité à laquelle je ne suis pas habituée », avoue Lina.

Ses mots traduisent un sentiment de vulnérabilité, accentué par l’éloignement familial et les défis d’adaptation à un nouvel environnement culturel et linguistique. Ainsi, face aux défis imposés par les tensions politiques au Sénégal, la communauté estudiantine marocaine demeure résiliente et puis dans sa force et sa foi pour continuer à se battre pour son avenir. Malgré un environnement incertain, ces jeunes maintiennent leur cap et démontrent une adaptabilité et une persévérance remarquables.

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