Crise politique profonde en Israel autour du projet de la réforme de la justice

Le début de la fin ?


« La nation entière est en proie à une profonde inquiétude. Notre sécurité, notre économie et notre société sont toutes menacées ». C’est le cri qu’a lancé le président israélien, Isaac Herzog, lundi 27 mars 2023 au lendemain des vagues de protestations qui ont envahi le pays.

Une crise sans précédent en Israël. Le « pays » s’enfonce dans une crise politique qui ébranle ses fondations. Les remous ont débuté il y’a plus de 3mois mais ont connu leur summum dimanche 26 mars soir, lorsque le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a limogé son ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour avoir publiquement demandé une pause dans la réforme de la justice. Cette décision a fait naître des craintes pour la sécurité d’Israël et déclenché un mouvement de contestation sans précédent.

Les manifestations se sont multipliées, avec plus de 80 000 personnes, selon des médias israéliens qui ont rejoint les cortèges dans les rues de Tel-Aviv. Les pneus en feu et les slogans scandés en choeur ont donné naissance à une atmosphère de rébellion. Les protestataires ont convergé vers la rue Kaplan, épicentre de la contestation depuis la présentation en janvier 2023 du projet de réforme qui divise le pays, en scandant « Bibi dégage ! ».


Le projet qui attire l’animosité
Le projet de réforme, présenté par le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahu, vise à renforcer le pouvoir des élus par rapport à celui des juges. Le projet prévoit notamment un changement dans le processus de nomination des juges pour accroître le pouvoir des élus sur celui des magistrats. La coalition au pouvoir aurait désormais la capacité de nommer les juges de la haute juridiction et de rejeter ses lois et décisions par une majorité simple. Si les partisans de la réforme, tels que Benjamin Netanyahu et ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes, estiment qu’elle est nécessaire pour rétablir l’équilibre entre les élus et la Cour suprême qu’ils jugent politisée, leurs opposants estiment que cette réforme met en danger le « caractère démocratique de l’Etat. »

Cette situation a poussé le président israélien, Isaac Herzog, à demander au gouvernement d’arrêter « immédiatement » le travail législatif sur le projet de réforme judiciaire qui divise le pays. « Nous avons été témoins la nuit dernière de scènes très difficiles », annonce-t-il dans un communiqué. « La nation entière est en proie à une profonde inquiétude. Notre sécurité, notre économie et notre société sont toutes menacées », ajoute-t-il.

Pour sa part, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré que « le Premier ministre d’Israël est une menace pour la sécurité d’Israël. » Les Etats-Unis se sont, eux, déclarés « préoccupés » par la situation. Ils appellent au «compromis » entre les parties, déclare la porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, Adrienne Watson, dans un communiqué.

Face à cette situation, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé, lundi 28 mars 2023, «mettre en pause» le processus d’adoption de la réforme de la justice en cours d’examen au Parlement. Elle sera alors reportée à la prochaine session parlementaire devant s’ouvrir après les fêtes de la Pâque juive (5 au 13 avril). Dans un pays profondément divisé, la réforme proposée par le gouvernement israélien a déclenché une crise politique sans précédent. Les manifestations de rue ont révélé la colère et les inquiétudes des citoyens quant à l’avenir de leur pays. Le conflit semble loin d’être résolu et quelques analystes et médias parlent déjà d’une « guerre civile ». Serait-ce le début de la fin de l’État israélien ?.

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