LA CRISE, UN MOMENT DE VÉRITÉ

Comme toutes les crises, cette épidémie est un moment de vérité. Un moment de vérité sur notre capacité à réagir. A faire face. Un moment de vérité sur notre système de santé, dont les personnels soignants accomplissent un travail exceptionnel de dévouement et de mobilisation. Un moment de vérité aussi sur la solidité de nos institutions, de notre civisme et de notre unité nationale. L’État doit fonctionner dans les meilleures conditions possibles pour arriver à surmonter cette crise.

La société et son organisation sont poussés dans leurs derniers retranchements. Tout devient alors transparent: nos forces et nos faiblesses. Il faut s’appuyer sur les fondamentaux. En même temps, tout le monde doit être sur le pont. C’est que des questions cruciales se posent en des termes nouveaux; le devoir est d’y apporter une réponse collective. L’une d’entre elles a trait à la mise en relief de fractures préexistantes dans la société. Et, à cet égard, celles-ci se révèlent dans le monde du travail avec différentes situations. Il y a ceux qui sont confinés et à l’arrêt, mais protégés dans leur avenir professionnel. Il y a aussi ceux qui sont au chômage technique et qui éprouvent une grande angoisse quant à leur avenir économique: les indépendants, les salariés de PME dans le tourisme et la restauration et même dans d’autres secteurs, sans oublier les intérimaires et les saisonniers, qui ne savent pas s’ils auront encore un travail à la sortie de la crise.

Une autre situation a trait à tous ceux qui sont restés à leur domicile habituel, les télétravailleurs. Enfin, il faut noter les actifs “en première ligne” qui continuent à se rendre sur leur lieu de travail pour assurer la continuité de la vie sociale. Après cette histoire-là, si l’on ose dire, il importe de réévaluer les salaires de ceux qui dans la société servent le plus et ce afin qu’ils ne soient plus ceux qui gagnent le moins. Tout le monde en convient, il faut tout remettre à plat, réarticuler les politiques publiques dans des domaines vecteurs de changement: fiscalité, protection sociale, politique des revenus, équité dans les efforts et les sacrifices, couplé à une juste répartition des fruits de la croissance et du développement… la logique néolibérale de “rentabilité” est à revoir dans toutes ses composantes. Il faudra également parler sérieusement de souveraineté économique dans différents domaines où les insuffisances ont été révélées au grand jour. La société doit penser vivre l’après, après la survie.

L’État ne se réduit pas à des institutions et à un mandat général de gestion. Une société n’est pas une entreprise tournée vers cet Homo économicus des économistes néoclassiques. Il y a au coeur le citoyen et l’être humain –une nouvelle approche anthropologique. Il faudra, enfin, marteler que cette catastrophe épidémique est déjà une catastrophe écologique aggravée par les lourdes hypothèques des eaux (changement climatique, désertification, pollution de l’air et des eaux). À ce titre, il faudra écouter à l’avenir les climatologues, les géologues, les biologistes, les physiciens qui nous alertent sur la prochaine catastrophe qui vient…

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