Crise Maroc-Espagne: Madrid tombe le masque

Point de partenariat aux dépens de la cause commune de tous les Marocains. Il est grand temps que l’Espagne et tous les Européens reconsidèrent leur partenariat avec le Maroc sur la base de l’intérêt mutuel, du respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.

C’est un signal fort du chef de l’Etat, un engagement personnel du Roi Mohammed VI que la question des mineurs marocains en situation irrégulière dans certains pays européens sera définitivement réglée. Mardi 1er juin 2021, un communiqué des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger indique que «Sa Majesté le Roi avait souligné, à plusieurs reprises, y compris à des chefs d’Etat étrangers, l’engagement clair et ferme du Royaume du Maroc à accepter le retour des mineurs non accompagnés dûment identifiés».

Les véritables raisons de la crise
Ce message clair adressé à l’Union européenne et aux pays membres de ce groupement économique et monétaire laisse entrevoir une entente implicite entre le Royaume et l’Union européenne sur cette question épineuse des mineurs marocains clandestins. Cette fois, c’est le Souverain qui s’implique personnellement pour tourner la page de ce qui est considéré comme un alibi inespéré pour l’Espagne et les institutions européennes pour détourner l’attention des véritables raisons de la crise maroco-espagnole. D’abord, cette crise, qui en apparence paraît exclusivement espagnole, est européenne par la nature du fond du problème. Tout a commencé le 17 avril 2021 lorsque le gouvernement de Pedro Sanchez et les services espagnols, de connivence avec les services algériens, ont tout préparé en catimini pour recevoir et hospitaliser en Espagne, Brahim Ghali, chef des séparatistes du Polisario.

Des détails de la complicité d’Alger et de Madrid au sujet de son arrivée et de son hospitalisation ont été fuités par le média espagnol Okdiario. Il s’est révélé que le gouvernement dirigé par le socialiste Pedro Sanchez a choisi pour la médicalisation de Brahim Ghali un hôpital de la Rioja (San Pedro) du fait qu’il s’agit d’une localité dirigée par des socialistes. L’autre preuve des manigances de l’Etat espagnol au plus haut niveau des centres de décision, c’est que l’avion qui transportait Brahim Ghali a atterri dans une base militaire.

Ce n’est pas tout. Okdiario ajoute que Fernando Moran Calvo-Sotelo, ambassadeur d’Espagne à Alger et fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement de Felipe Gonzalez, est celui qui a tout coordonné avec le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, et Arancha Gonzalez Laya, la cheffe de la diplomatie espagnole, et que le seul responsable gouvernemental qui a été écarté de cette vile machination était Margarita Robles, la ministre de la Défense. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, s’était ouvertement opposé à l’accueil, en Espagne, du chef des séparatistes car il savait pertinemment qu’une telle décision allait créer de grandes tensions avec le Maroc. Un autre média espagnol, en l’occurrence El Espanol, enfonce davantage le gouvernement espagnol. Selon ce journal, des hauts gradés militaires algériens ont effectué, lundi 24 mai 2021, un court déplacement en Espagne. L’avion de l’armée de l’air algérienne, un turbopropulseur Super King Air B350, a atterri à la base militaire de Torrejón de Ardoz (Madrid).

La main tendue aux ennemies
Simple coïncidence? Absolument pas. L’affaire Brahim Ghali cachait mal le complot de l’Espagne contre l’intégrité territoriale du Maroc. Aucun partenariat bilatéral ou multilatéral ne peut être toléré si les intérêts stratégiques d’une partie ou de l’autre sont lésés. L’Espagne a des intérêts avec l’Algérie, notamment au sujet des hydrocarbures et du gaz. Ce pays est en même temps le premier partenaire économique et commercial du Maroc. Mieux, ses frontières (et celles de l’Europe) sont contrôlées par les autorités marocaines. La question migratoire est un souci lancinant partagé entre plusieurs pays européens comme la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne.

Ce qui fait du Maroc un partenaire incontournable non seulement pour l’Espagne mais aussi pour l’Union européenne, que ce soit par rapport à l’immigration clandestine ou la lutte contre le terrorisme et l’échange des renseignements, en dehors, bien entendu, du volet économique. Les autorités espagnoles peuvent jouer la transparence en montrant à la partie marocaine leurs marges de manoeuvre. Ainsi, le Maroc aura la latitude d’accepter un tel accord de partenariat, le rejeter ou le modifier.

Mais l’Espagne choisit de manigancer pour tirer profit au maximum et du Maroc et de l’Algérie. Pourtant, le gouvernement du voisin ibérique sacrifie la sécurité de ses frontières et de son territoire sur l’autel de la cupidité. Pire, il a dîné avec le diable, l’Algérie, qui ne cesse de relancer sa machine propagandiste contre l’intégrité territoriale du Maroc. Le pouvoir algérien conditionne ses offres généreuses en pétrodollars par tout ce qui peut nuire à son voisin de l’ouest. Et ce n’est pas que l’Espagne qui accepte ce deal et joue un double jeu, mais aussi d’autres pays européens comme l’Allemagne.

C’est ce qui explique que cette crise maroco- espagnole est une crise maroco-européenne dans ce sens où le fond du problème est une confiance brisée et une main tendue aux ennemies du Royaume par plusieurs pays européens à la fois. Ceci a été expliqué dans la déclaration inédite, rédigée d’une manière franche et frontale, du ministère marocain des Affaires étrangères, diffusée le 31 mai 2021: «Au-delà du cas du dénommé Ghali, cette affaire a dévoilé les attitudes hostiles et les stratégies nuisibles de l’Espagne à l’égard de la question du Sahara Marocain. Elle a révélé les connivences de notre voisin du Nord avec les adversaires du Royaume pour porter atteinte à l’intégrité territoriale du Maroc», soulignait le département de Nasser Bourita. Cette déclaration, qui dénotait d’un changement de posture de la diplomatie marocaine, a fait réagir Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol car elle a réussi à ébranler les fausses convictions d’une frange de l’opinion publique espagnole.

Conscient du risque d’une telle prise de conscience sur les résultats des prochaines législatives et de l’avenir de sa formation politique, M. Sanchez s’est rabattu sur la seule question migratoire évoquée brièvement dans la déclaration marocaine et en a fait toute une plaidoirie pour faire oublier que le fond du problème est l’affaire Brahim Ghali et les manigances ayant tenu secrets son arrivée et son départ de l’Espagne sous une fausse identité. Tout en rejetant la déclaration du département de Nasser Bourita (sans en préciser volontairement laquelle afin de nourrir le flou sur cette question), Pedro Sanchez s’est même étonné pourquoi c’est le département des Affaires étrangères qui communique autour d’une question qui ne le concerne pas en premier lieu.

Une riposte concluante
La riposte du ministère marocain des Affaires étrangères est tombée dans la même journée du lundi 31 mai. Elle était concluante: «Le Maroc a souligné à plusieurs reprises que la crise bilatérale n’est pas liée à la question migratoire. La genèse et les raisons profondes de la crise sont désormais bien connues, notamment de l’opinion publique espagnole (…) Évoquer la migration ne doit pas être un prétexte pour détourner l’attention des véritables causes de la crise bilatérale».

La mauvaise foi du gouvernement espagnol et de son chef, Pedro Sanchez, qui ne ménage rien pour orienter le débat sur les causes de cette crise au sein de l’opinion publique espagnole en la liant à l’immigration clandestine, a été confirmée mardi 1er juin 2021. Le juge espagnol qui a auditionné le chef des séparatistes, visé par deux plaintes pour tortures et génocide, n’a adopté aucune mesure coercitive à son encontre, comme la confiscation de ses papiers ou sa détention provisoire, réclamées par les plaignants.

Un engagement au sommet
Le magistrat a estimé que dans la situation actuelle, il n’apparaît pas que le prévenu puisse ou veuille se soustraire à l’action de la justice. Ce qui corrobore que cette pseudo audition a été une scène de théâtre concoctée dans les rouages de l’Exécutif et des services espagnols, c’est que la décision du juge espagnol pourrait toutefois permettre à Brahim Ghali de quitter l’Espagne s’il le souhaitait. Et c’est ce qui s’est passé quelques heures plus tard. A l’insu des représentants des médias, du champ politique espagnol, le gouvernement Sanchez a préparé en catimini le départ de Brahim Ghali.

De la même manière que son arrivée en Espagne, on l’a traité non comme un président d’une fantomatique république (Rasd) mais comme un rat d’égouts qui rentre et sort en cachette pendant la nuit. Et dire que l’Espagne donne des leçons en matière de démocratie à d’autres pays alors que son Exécutif instrumentalise et dirige la justice pour arriver à des fins politiques et économiques!

Pour renforcer les déclarations du ministre Nasser Bourita, de l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaïch, et balayer d’un revers de la main cet alibi lié à la question migratoire auquel se cramponnent l’Espagne et l’Union européenne, le Roi Mohammed VI s’est engagé à résoudre ce problème une fois pour toutes, tout en invitant les pays européens concernés à faciliter les procédures administratives et juridiques. Une façon de dire que cet engagement du sommet de l’Etat devra mettre fin à cette polémique politicienne de la part des partenaires européens et que, désormais, l’Union européenne et ses pays membres doivent clarifier, soit de manière unilatérale ou multilatérale, leur position vis-à-vis de l’intégrité territoriale du Maroc, notamment depuis la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Royaume sur son Sahara. Car point de partenariat, de confiance ou d’intérêt mutuel en dehors d’une cause commune de tous les Marocains, de l’intégrité territoriale de leur pays. Il est grand temps que les Européens refassent leurs calculs et reconsidèrent leur partenariat avec le Maroc sur des bases saines et une réciprocité dans les positions relatives à la souveraineté et à la sécurité.