Crise économique: Le FMI dresse un tableau noir de l'économie algérienne

La persistance de déficits budgétaires élevés à moyen terme engendrerait des besoins de financement sans précédent, épuiserait les réserves de change et présenterait des risques pour l’inflation, la stabilité financière et le bilan de la banque centrale, alerte le FMI.

La pandémie du Covid-19 a mis à genoux l’économie algérienne. Elle a surtout mis à nu la vulnérabilité d’une économie peu diversifiée et dépendante quasi-exclusivement des exportations des hydrocarbures. Une mission du Fonds monétaire international (FMI) a rappelé cet état de fait qui date depuis des décennies et a émis plusieurs recommandations pour que l’Algérie réussisse une relance de son économie. «La pandémie a encore mis en évidence les facteurs de vulnérabilité de l’économie algérienne.

En raison de déséquilibres macroéconomiques de longue date, les décideurs disposent d’une marge de manoeuvre considérablement réduite. La politique budgétaire expansionniste menée depuis plusieurs années a contribué à porter les déficits extérieurs courants à des niveaux élevés, malgré une politique de compression des importations, et a entraîné de vastes besoins de financement», lance d’emblée la cheffe de la mission du FMI, Geneviève Verdier.

Force est de constater que les déficits budgétaire et extérieur se creuseront encore en 2020, alors que les réserves internationales ont baissé de 62,8 milliards de dollars en 2019 à 48,2 milliards de dollars à la fin de 2020. «L’inflation s’est accélérée pour atteindre 4,1% en moyenne annuelle en juin 2021, en partie sous l’effet d’une augmentation des cours internationaux des produits alimentaires et d’un épisode de sécheresse en Algérie. La croissance devrait s’essouffler à moyen terme du fait de l’érosion probable de la capacité de production dans le secteur des hydrocarbures dans un contexte de réduction des projets d’investissements décidée en 2020, et des politiques actuelles qui limiteraient le crédit au secteur privé», précise l’institution de Bretton Woods.

Pour le FMI, il reste urgent de rétablir une stabilité macroéconomique et une marge de manoeuvre, tout en protégeant les groupes les plus vulnérables et en soutenant la reprise. «De l’avis de l’équipe de la mission, la persistance de déficits budgétaires élevés à moyen terme engendrerait des besoins de financement sans précédent, épuiserait les réserves de change et présenterait des risques pour l’inflation, la stabilité financière et le bilan de la banque centrale. Globalement, la capacité des banques à prêter au reste de l’économie serait fortement entravée, ce qui aurait des conséquences négatives pour la croissance», alerte le FMI.

Protéger les les plus vulnérables
La mission recommande ainsi un ensemble complet de politiques budgétaire, monétaire, et du taux de change afin de réduire les vulnérabilités de l’Algérie. Un ajustement budgétaire général, qui donne en même temps la priorité aux mesures de protection des plus vulnérables, devrait être entamé en 2022 et s’échelonner sur plusieurs années pour maintenir la viabilité de la dette, recommande Geneviève Verdier. Pour la mission du FMI, il est temps que l’Algérie effectue une transition vers un nouveau modèle de croissance qui passe par «la mise en oeuvre de réformes fondamentales visant à renforcer la transparence et la gouvernance des institutions juridiques, budgétaires et monétaires dans l’ensemble du secteur public et à réduire les obstacles à l’entrée dans l’économie formelle», lance le FMI.