La crise du Corona fera-t-elle dévaluer le Dirham?

Il est grand temps de limiter voire de suspendre les importations inutiles ou superflues.

Personne ne conteste le fait qu’actuellement, en cette période d’état d’urgence sanitaire, la priorité des priorités est d’abord la santé des Marocains et l’aide financière aux ménages les plus vulnérables impactés par les mesures de fermeture de certaines activités et des restrictions sur les déplacements, ainsi qu’aux segments les plus fragiles de l’économie telles que les très petites entreprises et les petites fabriques.

Mais cette préoccupation majeure ne devrait pas cacher un risque important qui pèse de tout son poids sur l’économie avec un impact réel direct sur le consommateur. Baisse des exportations, arrêt du tourisme et des investissements directs étrangers (IDE), recul des transferts des MRE... Ces indicateurs en dégringolade font une pression sur la balance des paiements et représentent indéniablement un risque d’effritement de nos réserves de change. Il est vrai que le niveau actuel des réserves de change permet de couvrir l’équivalent de 5 mois des importations de biens et services. Mais il ne faut pas boire du bon lait et dormir sur son laurier.

Les développements liés à la pandémie Covid-19 se succèdent de manière très rapide, dans un sens préoccupant, comme le reconnait Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al Maghrib. Cela créé une forte incertitude, et il est difficile de prévoir comment la situation évoluera au cours des prochaines semaines.

Que faudra-t-il faire pour anticiper alors ? Il est grand temps de limiter voire de suspendre les importations inutiles ou superflues. Inutiles et superflues par rapport à la priorité qu’est la santé des citoyens et leur survie. Car si une forte pression est exercée dans la durée et que les importations augmentent ou même stagnent face à des exportations qui ralentissent, les réserves de change baisseront rapidement. Et les moyens de les renforcer sont très limités.

Deux dangers nous guettent dans ce cas de figure. Le premier est inhérent au fait que le dirham sera dévalué au vu de sa flexibilité relative et de sa faible résistance face à une forte demande en devises étrangères (euro et dollar). L’incidence de cette éventualité à craindre est l’inflation (hausse insoutenable) des prix. Ce qui ne manquera pas d’éroder davantage le pouvoir d’achat des Marocains.

Le deuxième danger porte sur l’éventualité du recours du gouvernement à la ligne de précaution de liquidité du FMI (Fonds monétaire international, contractée pour la quatrième fois depuis 2012 ? Et là, on est dans l’obligation de se projeter dans l’après-Coronavirus. Car, en recourant aux devises mises à disposition, c’est un autre PAS (plan d’ajustement structurel), à l’image de celui de 1983, qu’on finira par subir, officiellement cette fois, avec toutes ses répercussions désastreuses sur les secteurs sociaux vitaux et la vie au quotidien des Marocains. Dans cette perspective, les décisions importantes relatives à l’économie nationale seront dictées à partir du siège du FMI.

C’est dire qu’aujourd’hui, quoique la priorité est la santé des Marocains, il y a des institutions qui ne doivent pas observer le confinement total car leur veille est aussi capitale pour éviter les pires scénarii économiques que le Maroc peut vivre au sortir de cet état d’urgence sanitaire.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case
X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger