L'apres COVID-19: reconstruction ou reprise?

Les effets de la crise actuelle seront incalculables tant pour ce qui est des conséquences économiques et sociales que de la détresse sanitaire et humaine.

Tout le monde est dans le brouillard! Face à la pandémie du Covid-19, la sortie du tunnel est attendue, espérée, préparée, mais avec tellement d’inconnues: comment réussir le passage du confinement au déconfinement. Penser la vie post-crise: au-delà des vacances d’été, il faut s’employer à inventer ensemble autre chose, le monde d’après. Les effets de la crise actuelle sont -et seront- incalculables tant pour ce qui des conséquences économiques et sociales que de la détresse sanitaire et humaine. Il faut donc affronter des inconnues majeures, une situation d’incertitude radicale quant à ses développements futurs. Comment s’y préparer alors qu’il faut aussi gérer l’urgence?

Différentes approches sont mises en avant par les uns et les autres. Pour certains, les bouleversements subis par nos sociétés avec la crise sanitaire actuelle conduiraient à approfondir les tropismes nationaux ainsi que les tendances délétères du monde d’avant -inégalités, dégradations environnementales, distension du lien social, ... Pour d’autres, ce serait plutôt l’opportunité d’une rupture féconde, mais à condition, comme le précise le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, que la gravité des périls permette d’enjamber les égoïsmes nationaux à court terme.

Ce qui exclut le souhait d’un simple retour au statu quo. La relance donc? Mais elle doit être appropriée à la nature et à l’ampleur des problèmes de la crise actuelle. Le Chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, parle, lui, de «reconstruction ». Ce qui renvoie plutôt à un processus de rétablissement avec des enjeux à trois niveaux: celui de l’analyse économique pour reconstruire des systèmes mis à bas du côté de l’offre et de la demande; celui de l’exercice de la solidarité au sein des sociétés nationales et à l’international; enfin, celui de la nécessaire refondation d’un projet politique autour de la coopération régionale et multilatérale. Le monde d’aujourd’hui est à la fois globalisé et fragmenté; les processus de reconstruction des économies sont à redéfinir; et il importe d’opérer la nécessaire transformation des modèles de consommation et des modèles productifs associés.

Souveraineté économique.
Ce qui pose l’équation suivante: globalisation ou repli sur soi? Les bouleversements de l’économie mondiale durant les trente dernières années de globalisation accélérée ne sauraient être minorés ni évacués: fort recul des personnes sous le seuil de pauvreté (moins de 1,9 dollar par jour) de 1,9 milliard à 700 millions, soit un taux de pauvreté passant de 35% à moins de 10% aujourd’hui, surtout d’ailleurs en Chine et en Asie du Sud-Est. Mais les coûts de cette globalisation sont patents: déstabilisation et fragilisation des économies les plus développées, chômage et précarisation, extension des chaînes logistiques, intensification des transports...

Avec la crise du Covid-I9, les risques se sont accentués; les coûts associés aussi, telle l’hypermobilité des personnes sur la planète. Faut-il alors revenir en arrière: la démondialisation est-elle possible? Est-elle souhaitable? Ce qui paraît certain, c’est qu’une démondialisation par le repli sur soi et la fermeture des frontières liée à une accentuation du protectionnisme ne pourrait qu’avoir des conséquences dramatiques en désorganisant davantage les économies et en appauvrissant les populations, et ce surtout dans le contexte d’une économie mondiale déjà fragilisée. La démondialisation pourrait également affaiblir les dispositifs multilatéraux en faveur de l’environnement. Des agendas prévus en 2020 en la matière ont été reportés, voire annulés, tant pour le climat, la biodiversité et l’océan ainsi que pour l’Agenda 2030 du développement durable. Si la pandémie a montré qu’il y a des biens communs, elle a aussi illustré qu’il y a des maux communs. l’interdépendance s’impose; elle est inévitable. Et les solutions du repli sur soi ne sont pas les plus appropriées; elles sont en effet portées par des intérêts à court terme, égoïstes, mal compris aussi. Et il est pratiquement vain de répondre aux besoins de résilience et de protection sans passer par davantage de coopération, de protection des populations, de sécurité d’approvisionnement et de souveraineté économique.

Dans le domaine économique, quelles peuvent être les pistes? La première a trait à la sécurité englobant la robustesse et la résilience des systèmes socioéconomiques et des écosystèmes (santé, sécurité alimentaire, capacités de réserve et de stocks stratégiques, approvisionnement sûr, compétitif et soutenable, changement climatique,...). La deuxième regarde la dette. Il faut maîtriser l’équilibre entre les ressources récurrentes et les obligations de remboursement. Il n’y a pas de chiffre magique pour le maximum d’endettement en ce sens que tout dépend de multiples facteurs déterminant la pérennité financière de chaque Etat. Chaque Etat va se trouver confronté à des dettes publiques qui vont bondir dans les prochains mois et sans doute durablement; il importe à cet égard de donner des gages de la solvabilité à long terme.

Enfin, la dernière piste porte sur cette question: celle de la nécessaire Gestion des équilibres offre-demande de produits et services dans l’économie, Comment les mettre en convergence? Quel ajustement dynamique mettre en oeuvre? Une préoccupation qui doit être élargie, de manière aiguë dans la reconstruction des systèmes énergétiques. C’est que pour sauver le climat, il faudra décarboner, donc désinvestir du secteur des énergies fossiles pour investir massivement dans les autres énergies. Mais à quel rythme? Et que fera-t-on alors sur les marchés de ces énergies fossiles? Tout déséquilibre en la matière ne peut que se solder par de nouveaux chocs, à la baisse ou à la hausse des prix. Une situation difficile, dramatique même, pour des pays exportateurs d’hydrocarbures ne disposant pas de ressources financières suffisantes.

Reste la question sociale. La recherche d’un ajustement économique de l’offre et de la demande globale et sectorielle, est confrontée à un autre défi: celui d’assurer de manière durable le nombre nécessaire d’emplois en quantité et en qualité, alors que le monde accuse des crises profondes et successives. Les emplois du soin et des services à la personne ont été remis en pleine lumière; ceux des commerces essentiels et de la logistique aussi. Leur statut est à revoir dans la société. De plus, les technologies numériques vont continuer à bouleverser les autres secteurs (télé-travail, enseignement et justice à distance, généralisation du digital dans la vie sociale,...).

Y aura-t-il plus de sobriété dans la consommation? Le «surtourisme» induit par le tourisme de masse, va-t-il se transformer? Les chaînes d’approvisionnement auront-elles des sources plus locales et plus diversifiées? Va-t-on consommer moins mais investir plus pour des produits et une énergie de meilleure qualité? Reconstruire finalement une société plus durable, plus équitable? C’est possible en imaginant des transitions graduelles. Ce n’est pas acquis demain dans le jour d’après. Sont en jeu ici le lien social et la coopération: une problématique interpellative des citoyens. Et des Etats.

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