Covid-19: Une pandémie mondiale qui nécessite une réponse globale

Compte tenu du contexte international, où le repli national semble l’emporter, l’OMS demeure la voix la plus collective qui soit face à ce fléau sanitaire.

La pandémie du Covid- 19 est une crise de portée mondiale sans précédent à laquelle il faudrait une riposte mondiale sans précédent. Seule une approche commune, dans un cadre de coopération multilatérale, pourrait faire face à une menace commune. Pointée du doigt au tout début de la crise pour avoir tardé à lancer l’alerte, l’OMS rappelle que l’état d’urgence de santé publique mondiale a été déclenché le 30 janvier, alors qu’il n’y avait que 82 cas en dehors de la Chine, dont 10 en Europe et aucun décès, à charge pour chaque pays de choisir son seuil de déclenchement pour l’application des mesures qui s’imposent. Accusée par le passé d’avoir surréagi à la grippe H1N1 ou d’avoir été laxiste face à l’Ebola, il paraît que le monde développé prête de moins en moins l’oreille à ce que dit l’OMS.

Un chef d’orchestre
Et pourtant, le rapport annuel 2019 sur l’état de préparation mondial aux situations d’urgence sanitaire du «Conseil mondial», organisme indépendant institué par la Banque mondiale et l’OMS, prévient que le risque de pandémie est élevé, en se basant sur les récurrences statistiques de l’apparition de souches virales virulentes. D’après ce rapport, l’augmentation des échanges, les voyages incessants, les manipulations de souches virales en laboratoire, sont autant de facteurs qui augmenteraient les risques d’une pandémie mondiale et meurtrière semblable à la grippe espagnole de 1918. Quoi qu’il en soit, face à cette pandémie, le monde a besoin d’un chef d’orchestre pour organiser la riposte mondiale.

Compte tenu du contexte international bien connu, où le repli national semble l’emporter, l’OMS demeure la voix la plus collective qui soit face à ce fléau sanitaire. Fort heureusement, ces dernières semaines, elle reprend l’initiative et le leadership que tant de pays attendaient et fait appel à la solidarité mondiale pour que la lutte globale anti Covid-19 s’organise. Pour appuyer les réponses nationales à la pandémie, elle met au point un Plan stratégique de préparation et d’intervention. Ce plan décrit les mesures de santé publique que la communauté internationale est prête à mettre en oeuvre pour aider tous les pays à se préparer et à réagir au Covid- 19.

Pour financer ce plan, elle crée un Fonds de riposte qui reçoit à fin avril 5,5 milliards de dollars de promesse de don de la part des États, des organisations internationales, des fondations philanthropiques et du privé. Ce Fonds de solidarité va permettre de faire parvenir des équipements de protection aux agents de santé, de renforcer les capacités des laboratoires pour détecter la maladie et d’accélérer la découverte et la mise au point de vaccins, de produits de diagnostic et de traitements permettant de sauver des vies.

Sur ce volet-là, elle coordonne la recherche de solutions thérapeutiques et lance «Solidarity», un vaste essai clinique mondial sur l’innocuité et l’efficacité des traitements, auquel une centaine de pays sont prêts à participer. Elle s’engage à faire en sorte que cette solidarité se poursuive pour l’accès équitable aux thérapeutiques, peu importe les pays qui les auraient mises au point.

Égalité et justice
Pour cela, elle met sur pied l’initiative «ACT Accelerator», une collaboration mondiale pour accélérer le développement, la production et la distribution équitable de vaccins, de diagnostics et traitements pour que toutes les personnes aient accès à tous les outils pour enrayer le Covid-19. Dans le même sillage, un téléthon mondial est organisé par la Commission européenne et lève 7,4 milliards d’euros.

Finalement, pour lutter contre ce virus, la science et la politique doivent s’associer en faveur de l’égalité et de la justice. Plus que jamais, la coopération internationale n’a été aussi indispensable. Le multilatéralisme, que beaucoup de politiciens ont négligé ces dernières années, est relancé. Par ailleurs, l’OMS rappelle que pour endiguer le Covid-19 ou toute autre source d’infection, il faudrait investir dans l’amélioration de l’accès à l’eau, au savon, aux solutions hydroalcooliques et garantir la sécurité des agents de santé, soulignant à ce titre que 3 milliards de personnes n’ont pas de savon ni d’eau chez elles d’après l’Unicef. Elle rappelle aussi à l’occasion de la semaine mondiale de la vaccination, l’importance de la promotion de l’utilisation des vaccins, comme moyen d’intervention sanitaire le plus efficace et le moins coûteux pour prévenir les flambées et préserver la sécurité mondiale.

S’il y a des prestations de soins qui ne sauraient être interrompues par la gestion du Covid-19, c’est bien celles auprès des femmes et de leurs nouveaux-nés au cours de la grossesse, de l’accouchement et de la période post-partum. A l’occasion de la journée internationale de la sage-femme, l’OMS met l’accent sur le rôle essentiel des sages-femmes pour accompagner et guider les femmes pendant toute leur grossesse et au moment crucial de l’accouchement. Pour être en mesure de fournir des informations et des services en matière de santé sexuelle et reproductive, particulièrement durant le confinement, l’OMS encourage les systèmes de santé à recourir aux interventions de soins de santé autonomes ou «Self care», pour des raisons de commodité, de coût et d’autonomisation. Contraception auto-injectable, auto-échantillonnage du HPV (virus responsable du cancer du col utérin) ou auto-dépistage du VIH sont des exemples d’interventions que l’organisation recommande.

Unis et solidaires
L’OMS est une organisation intergouvernementale qui a pour mission, aussi noble qu’exigeante, de garantir l’accès des peuples au bien-être physique. Elle travaille avec les États membres pour renforcer les systèmes de santé et l’accès aux soins de santé pour tous et partout, mais n’a pas le pouvoir d’imposer ses conseils. Plaider pour le renforcement dans l’avenir de son architecture et de son mandat pourrait rendre son action plus efficace, pour faire de la santé la quintessence du bien commun.

La vie de chacun a la même valeur partout. Chaque citoyen de cette planète doit être protégé contre ce virus, au risque de voir venir d’autres vagues dans le monde entier. Il faut donc oeuvrer ensemble, unis et solidaires, et faire de l’innovation et de la science les fers de lance pour gagner la bataille du Covid-19. Certes, chaque pays doit faire face à un contexte épidémiologique différent et par rapport aux attentes de ses citoyens, sauf que les nations sortiront plus fortes si elles restent unies.

PAR ANASS DOUKKALI


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