COVID-19, une menace pour la paix internationale

L'inaction du conseil de sécurité face à la crise actuelle

Dans le Préambule de l’acte fondateur de l’OMS, il est précisé que “la santé de tous les peuples est fondamentale pour la réalisation de la paix et de la sécurité”.

Alors que la mondialisation de la peur liée au virus COVID-19 s’accentue, quelle est la voix qui manque ? Paradoxalement, celle du Conseil de sécurité. Bien prompte à réagir, souvent dans la journée quand il s’agit de situation de crise ou de tension, sous diverse latitudes, la haute instance onusienne se distingue pour le moins par une grande discrétion dans la présente crise sanitaire. Pourtant, les quinze membres – dont les cinq permanents (États- Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) – sont au premier plan face à cette crise. C’est pourtant une institution spécialisée des Nations-Unies, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui se trouve, du fait même de sa mission, au premier rang du front. Il s’agit d’une « guerre » comme l’a dit en termes propres, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, une qualification reprise par le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et d’autres responsables de gouvernement. Il faut ajouter que des institutions internationales ou régionales – comme le FMI, la Banque mondiale ou l’UE et l’UA- se sont mobilisées, sous une forme ou une autre. Mais, pour l’heure, la solidarité qui s’est exprimée s’est limitée à des décisions particulières des États touchés et à des initiatives d’instances internationales. L’OMS a fait état d’une « pandémie » et elle a fait expressément référence à l’état d’urgence de santé publique de portée internationale.

« Aide-toi, le ciel t’aidera »
De son côté, le continent africain a réagi, le 22 février, pas une réunion d’urgence des ministres de santé des États membres de l’UA. Cette conférence a souligné que « toute propagation potentielle du COVID-19 sur le continent constitue une menace sociale, économique et sécuritaire pour le continent ». Et d’ajouter qu’il y avait là le risque de saper les efforts de l’Afrique pour atteindre ses objectifs dans le cadre de sa stratégie de « faire taire les armes à feu ». Se trouve ainsi mise en relief, à cet égard, la relation entre la propagation du virus et la sécurité, une équation déjà signalée et redoutée par le Conseil de Paix et de sécurité de l’UA, une semaine auparavant.

Comme l’a justement noté Mohamed Loulichki, senior follow OCP Policy Center, la réponse internationale a été pratiquement celle-ci : « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Il y a, en effet, un énorme décalage entre les déclarations alarmistes réitérées d’Antonio Guterres et le silence du Conseil de sécurité. Une distanciation d’autant plus singulière qu’à l’occasion de précédentes crises sanitaires (SRAS, VIH-Sida, Ebola), cet haut organe onusien avait été plus réactif en qualifiant les deux dernières pandémies de “menaces à la paix et à la sécurité internationales”. Dans les textes constitutifs d’organisations internationales, telle l’OMS, la relation Santé-Paix est mise en avant. Dans le Préambule de son acte fondateur, il est ainsi précisé que “la santé de tous les peuples est fondamentale pour la réalisation de la paix et de la sécurité” et “qu’elle dépend de la pleine coopération des individus et des Etats”.

Pouvoir discrétionnaire
Le problème posé depuis 1945, c’est que la Charte de l’ONU ne donne pas une définition de la menace à la paix et à la sécurité internationales. Si bien que le Conseil de sécurité a toute latitude pour évaluer les situations constituant une menace potentielle à la paix et à la sécurité internationale, le processus décisionnaire étant entre les mains des cinq membres permanents. Il peut ainsi librement choisir de ne pas se saisir, de recourir au procédé de la recommandation ou s’engager dans la voie des décisions. S’il s’agit d’une décision, le Conseil utilise alors les mesures à prendre mais sur la base d’un pouvoir discrétionnaire quant à leur opportunité et à leur dimension. Dans la pratique onusienne, de fortes réticences poussent à ne pas intégrer des pandémies dans le champ du Chapitre VII confiant au Conseil de sécurité des actions en cas de menace contre la paix et la sécurité internationales. En juin 2000, il a adopté une résolution limitée aux seuls rapports entre les opérations de maintien de la paix et la prévention du VIH-Sida. Il a fallu attendre le virus Ebola en Afrique, en 2013-2014, pour que le Conseil reconnaisse que “la progression sans précédent de l’épidémie d’Ebola en Afrique représente une menace pour la paix et la sécurité internationales”. La santé fait ainsi son entrée dans le périmètre du maintien de la paix dans le monde.

Aujourd’hui qu’en est-il avec le virus COVID- 19 ? C’est une pandémie d’une autre dimension que celle du SRAS, du VIH-Sida ou d’Ebola. Elle a des conséquences majeures sur la vie économique et sociale, en particulier dans le continent africain subissant déjà tant de convulsions de crises et de conflits. Le directeur général de l’OMS en a convenu dernièrement en exhortant l’Afrique “à se préparer au pire dès aujourd’hui”. La santé globale est l’affaire de tous. Il importe que la communauté internationale se décide à la mise sur pied d’un dispositif de coordination et de lutte contre cette pandémie qui risque de porter gravement atteinte à la paix et à la sécurité internationale.


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