COVID 19: un cadre contractuel national pour réussir la relance

Cette crise inédite pourrait bien devenir une opportunité pour remettre le pays en selle et accélérer la nouvelle génération des réformes entamées depuis l’avènement de la dernière constitution.

Plus la pandémie de Covid- 19 continuera à sévir avec ses vagues successives, et plus il faudrait faire preuve de vigilance sanitaire, de courage politique, de créativité économique, de cohésion sociale et de force psychologique, dans un schéma de mobilisation générale et sous le signe d’une unité nationale.

Si l’année 2020 connaît une forte contraction de la production économique, une redynamisation de notre économie en 2021 est nécessaire pour retrouver de la croissance et de l’emploi, mais reste tributaire de l’évolution de la situation sanitaire dans le monde et sous nos cieux. En attendant la solution vaccinale, il est impératif pour notre santé et notre sécurité, de maintenir le comportement citoyen et de préserver les mesures barrières contre la propagation du virus, d’augmenter la résilience de notre système de santé et de mobiliser et motiver davantage l’armée de première ligne que représentent les professionnels de santé.

Avec l’approche de la saison hivernale, les cas de contamination se multiplient chez nous et chez nos voisins européens avec lesquels nous entretenons d’étroites relations économiques, commerciales et humaines. Ceci perturbe les multiples et divers échanges entre nos deux rives et rend la situation de notre économie, isolée en partie de son environnement régional, plus compliquée. Aussi, cela fait appel à plus d’innovation de notre part pour retrouver de la croissance et échapper relativement à l’emprise de la récession économique et au malaise social.

La priorité aujourd’hui est du côté de la relance économique pour retrouver de la croissance en dépit de la continuation de la pandémie. Il faudrait ainsi miser sur l’entrepreneuriat national et local, renforcer la préférence nationale, aider les entreprises qui se battent à se redresser, ouvrir la voie aux jeunes porteurs d’idées et de projets de création d’entreprise, mobiliser des financements innovants, garantir la participation sans faille des banques et des fonds de garantie et encourager le partenariat public- privé autant dans les secteurs productifs que sociaux.

Il faudrait aussi investir dans le capital humain en poursuivant la réforme de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, s’appuyer sur les nouvelles technologies et le digital pour transformer notre administration pour plus de transparence, notre économie pour plus de productivité, notre éducation et notre santé pour plus d’accessibilité et nos programmes sociaux pour un meilleur ciblage et plus d’efficience.

Fer de lance du plan de relance économique, le «Fonds Mohammed VI pour l’Investissement», mis en place sur hautes directives royales, prône une approche innovante qui tentera de rompre avec le faible engagement du secteur privé dans l’investissement global et le faible rendement de l’investissement public, et de donner l’exemple en matière de bonne gouvernance des institutions publiques, fondée sur la transparence, la reddition des comptes et la performance.

Doté de 120 milliards de DH et ouvert au partenariat national et international, ce Fonds interviendra pour financer des projets d’investissement à travers des partenariats public-privé et renforcer le développement des entreprises en se focalisant sur des domaines prioritaires tels que la restructuration industrielle, l’innovation et les secteurs prometteurs, les PME, les infrastructures, l’agriculture et le tourisme.

Par ailleurs, afin de soutenir les jeunes en quête de création et de développement d’entreprises, un nouvel élan sera donné au programme «Intelaka» en sa deuxième année de mise oeuvre, et auquel sera alloué un milliard de dirhams du budget de l’État en 2021.

Un autre chantier prioritaire, et pas des moindres, est celui de la protection sociale: il ne peut y avoir de développement économique sans progrès social. Fruit d’une volonté Royale, ce projet national majeur vise la généralisation de la couverture sociale au profit de tous les Marocains. Il concernera quatre axes majeurs et se déclinera rapidement et progressivement pour faire bénéficier tous les citoyens de l’Assurance maladie de base à l’horizon 2022, généraliser les allocations familiales et l’accès à l’indemnité pour perte d’emploi et élargir la base d’adhérents au système de retraite.

Pour accompagner ces réformes, une révision profonde du cadre juridique devant accompagner la généralisation de la couverture sociale devrait être opérée, notamment, le cadre relatif à la couverture médicale de base, composé principalement de la loi 65-00 encadrant les régimes AMO et RAMED ainsi que la loi 98-15 relative au régime de l’AMO pour les indépendants. Estimée à un coût dépassant les 13 MMDH, la généralisation de l’AMO sur 2 ans mobilisera, à côte du système participatif, un financement de l’Etat de plus de 8 MMDH, qui devrait, selon le PLF 2021, faire appel à une nouvelle contribution sociale de solidarité.

La réussite du plan de relance économique et de la promotion du secteur social reste tributaire de la poursuite du chantier non moins important qu’est celui de la réforme de l’administration publique, et des institutions de l’Etat que représentent les établissements et les entreprises publics.

La crise sanitaire que nous traversons, qui engendre un épuisement des ressources de l’Etat, devrait donner un coup d’accélérateur à la réforme du secteur public, qui ne saurait faire davantage l’objet de résistance et de procrastination. L’heure est à la performance, à la transparence, à l’efficience et à l’exemplarité de l’action publique afin de maximiser l’impact des différents programmes économiques et sociaux déployés.

La volonté de l’Etat de dépasser au plus vite les méfaits de cette crise et de relever les défis qui en découlent, fait appel à un cadre contractuel national, associant les partenaires économiques et sociaux, et à une mobilisation nationale conjuguant les efforts de toutes les forces vives, afin de redonner confiance aux Marocains.

A ce titre, les élus de la nation, entamant leur dernière année de la législature, sont pressés d’être à la hauteur de la conjoncture et répondre aux attentes des citoyens tout en leur présentant le bilan. L’année 2021, amplement électorale, devrait être l’occasion d’asseoir un discours politique de confiance et de sérénité sans faillir à l’unité nationale face à la crise. Un discours de vérité et de reddition des comptes loin de la surenchère et de la fuite en avant.

La classe politique et toutes les forces citoyennes devraient encourager la participation à ces élections qui risque d’être décevante en absence de mobilisation et d’engagement sincère. Les partis politiques ne devraient pas hésiter à barrer la route aux marchands des élections et saisir l’occasion pour s’ouvrir davantage sur les compétences, qui seront confrontées demain à la gestion publique locale et nationale. Cette crise inédite pourrait bien devenir une opportunité pour remettre le pays en selle et accélérer la nouvelle génération des réformes entamées depuis l’avènement de la dernière Constitution. A charge pour nous d’en créer les conditions!.


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