DU COURAGE, M. EL OTHMANI

Interview télévisée du chef du gouvernement

L’intervention du chef du gouvernement, le 7 mai, pourrait se résumer dans cette phrase qui fait peur: “Nous n’avons pas de vision”. M. El Othmani ne sait apparemment pas comment vont être exactement gérées les prochaines échéances.

Le positif, d’abord, dans cette sortie télévisuelle de ce 7 mai 2020 de Saâd Eddine El Othmani sur la chaîne Al-Aoula: une volonté qui semble sincère des autorités marocaines d’informer et de tenir informés les Marocains. Que le Chef du gouvernement se soit de son propre chef prêté au jeu des questions de notre consoeur Latifa Benhalima ou qu’il l’ait fait sur instructions du Roi comme d’aucuns l’ont avancé importe, à cet égard, finalement peu. Mais c’est à peu près tout. Car l’on ne peut pas dire que le concerné ait vraiment rassuré.

Toute son intervention pourrait en fait se résumer dans cette phrase, dite sur le ton le plus naturel (et le plus souriant) du monde et qui, à vrai dire, fait peur: “Nous n’avons pas de vision”. Comment? Oui, le chef de l’Exécutif et, accessoirement, deuxième personnage de l’Etat ne sait apparemment pas comment vont être exactement gérées les prochaines échéances, alors que treize jours seulement séparent son interview de la date de la fin prévue de l’état d’urgence sanitaire, le 20 mai prochain.

A-t-il d’ailleurs in fine, à n’importe quel moment depuis la déclaration justement de cet état d’urgence sanitaire le 20 mars dernier par son gouvernement, été associé à la prise de décision en ce qui s’agit des efforts à faire pour parer à la pandémie de Covid-19? Dans la forme, bien sûr que oui.

Face aux médias mais aussi face aux représentants de la nation, auxquels il devra justement faire face les 18 et 19 prochain pour présenter les grandes lignes du plan de déconfinement que le Maroc compte s’appliquer à suivre au-delà de l’état d’urgence sanitaire, M. El Othmani a été régulièrement présent au cours des deux derniers mois, depuis le recensement du premier cas de Covid-19 à Casablanca le 2 mars.

A la télévision, il avait déjà confronté le 14 mars les journalistes Mohamed Reda Laâbidi, Sanae Rahimi et Youssef Belhaissi -là aussi déjà, au passage, en laissant une impression mitigée. Par ailleurs, le roi Mohammed VI l’avait, naturellement, convié à la séance de travail qu’il avait présidée le 17 mars à Casablanca, en présence des patrons de l’armée -Abdelfattah El Ouarak-, de la gendarmerie -Mohamed Haramou- et de la police -Abdellatif Hammouchi- ainsi que du ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb.

Mais son rôle a, tout ce temps durant, toujours semblé simplement figuratif. Bien qu’étant une monarchie parlementaire, où le gouvernement puise sa légitimité dans les urnes seulement et n’est plus responsable devant le Roi depuis l’adoption de la nouvelle Constitution le 1er juillet 2011, la place du chef de l’Etat demeure “centrale”, comme le rappelait le conseiller du Roi, Abdeltif Menouni, dans des déclarations à l’AFP (Agence France-Presse), et M. El Othmani le sait bien entendu.

Mais pour autant, doit-il rester complètement passif et se laisser aller à cet “attentisme” qu’il y a cinquante ans déjà John Waterbury décrivait, dans son travail précurseur Le Commandeur des croyants, comme caractéristique de la politique marocaine? Assurément non, et aussi bien lui que son parti, le Parti de la justice et du développement (PJD), valent beaucoup mieux que cela.

Le roi Mohammed VI ne regrettait-il pas lui-même ceci, dans son discours du trône du 29 juillet 2017, en apostrophant directement les partis politiques: “Quand les choses vont bien, ils n’hésitent pas à s’en targuer. Mais quand les choses ne vont pas comme il se doit, il se cachent derrière le Palais”? Il serait bien grand temps, désormais, que M. El Othmani ait enfin “une vision” et surtout qu’il l’assume, indépendamment de ce qu’elle peut comporter de carences, et c’est tout là la clé d’un jeu démocratique réussi. Dans la situation qui est la sienne actuellement, le Maroc en a en tout cas plus que jamais besoin...


5 commentaires

  • Nasser

    9 Mai 2020

    La responsabilité ne peut être égale qu'au pouvoir. Quel pouvoir le premier ministre dispose pour changer les choses ? A la remarque du sultan, on peut lui opposer une autre: quand ça va c'est lui, quand les choses vont mal c'est le gouvernement.

  • Belhajilali

    9 Mai 2020

    Il y a quelques années,au début de son règne,SMA,le roi est allé à Meknès(on le sait depuis son arrivée ,il a élu trône au volant de sa voiture pour lancer,inaugurer,vérifier projet après projet.) Dans la capitale ismaélienne,le conseil municipal sollicita l'intervention royale pour résoudre un problème ,casse-tête chinois pour les élus locaux.Quel problème,s'il vous plaît?Trouver un remplaçant à la société des bus en faillite!C'est à dire qu'à cause de la mauvaise volonté et du manque flagrant de compétence du conseil municipal, même pour un problème aussi futile,il faut faire appel au roi.Quand on sait que ce sont les mêmes individus qui peuvent se retrouver au gouvernement,on est en droit de se demander à quoi servent ces gens et ce qu'ils sont capables de faire pour le Maroc.Non,monsieur,on ne peut rien opposer au roi dans le sens que vous entendez car le gouvernement est constitué de personnes qui passent leur temps à se dénoncer les uns les autres,à faire la course aux primes ...à se défiler devant leur responsabilité. Heureusement qu'il y a le roi dans ce pays sinon,il y a longtemps que nous aurions subi cette "crise cardiaque " à laquelle avait fait allusion feu Hassan si cette mauvaise volonté des responsables persistaient dans tous les secteurs d'ailleurs...Le problème dans ce pays est un problème de personnes non de "régime politique" , non de "tahakoum".Ils sont tous cupides,cyniques,sans foi ni loi et ne pensent qu'à leur poches.Arrêtez d'anticiper,de nous citer des études bidon.Pour pouvoir se passer de l'activité du roi,il faudrait consentir foutre le chaos au Maroc sinon du moins à reconstruire un autre tazmamart à y envoyer des dizaines d'ex-responsables et à les remplacer par d'autres.On verra après s'il serait possible de permettre au Palais de se reposer un peu.

  • hassane

    10 Mai 2020

    notre fkih/psy national et sa troupe n'ont pas de vision mais dés qu'ils auront une ils nous le diront,notre fkih/psy national et sa troupe ne savent pas comment et quand ils commenceront le déconfinement mais dés qu'ils le sauront ils nous le diront,notre fkih/psy national et sa troupe ne savent pas quand reprendront les scolarités de nos enfants mais dés qu'ils le sauront ils nous le diront,en somme notre fkih/psy national et sa troupe ne savent rien du tout mais dés qu'ils sauront quelque chose nous serons dans l'autre monde,la haoula wa la qouwata illa bi ALLAH

  • zhar

    10 Mai 2020

    @Nasser le pouvoir mr el othmani en a la légitimité constitutionnelle et il ne lui manque que le courage et le charisme pour le prendre.. en fait notre 1er ministre adopte une politique dangereuse et anti-monarchique qui est celle de l'opposition au roi par "l'inertie négative" .. Elle consiste justement à ne rien faire , et signifier clairement que c'est l'autre (c'est à dire le roi) qui est maitre du jeu... depuis le début de cette crise du covid 19 ,lui et ses sympathisants se sont non seulement effacés , mais font tout pour montrer leur désaccord feutré avec les mesures prises par le staff royal., tout ceci dans le secret espoir que le plan de confinement soit un échec, et qu'ils puissent en tirer quelques bénéfices politiques.. Malheureusement pour eux , le consensus populaire autour du roi a crée une dynamique forte et mobilisatrice qui leur laisse trés peu de place ou s'immiscer entre le roi et son peuple .. vive le roi..

  • ben mhammed

    11 Mai 2020

    Mr Nasser a resume la situation dans laquelle on se trouve depuis des décennies et que tout le monde connait d ailleurs .Il suffit pas d avoir le titre honorifique mais d avoir le pouvoir entre les mains pour appliquer sa vision ou un hypothétique programme sans l intervention des hautes instances.Faut vraiment être aveugle et sourd pour affirmer le contraire,Maintenant est ce qu on a une elite politique avec des programmes a meme de faire avancer le pays ?Pas encore et tant que le profit personnel prime sur le sentiment patriotique ,on n e sortira pas de l auberge.L histoire du Maroc c est en quelque sorte l histoire de l œuf ou de la poule et ca sera toujours comme ca tant qu on courbe l échine.

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