Cour des comptes: l'empreinte de Driss Jettou

Il a su faire de la vieille dame qu’était la Cour des comptes une institution remplissant sa mission, telle qu’assignée par les textes.

Le texte constitutionnel est là; il a créé la Cour des comptes et des cours de comptes régionales. La mission de ces institutions est clairement définie. Leurs attributions, les règles d’organisation et les modalités de leur fonctionnement sont précisées par la loi. Les centaines de magistrats affectés à ces nouvelles institutions ne manquent pas. Mais cela suffit-il? Il faut aussi à la tête de la Cour des comptes, à compétence académique ou technique égale, autre chose qui permette de faire la différence entre des profils. C’est là l’exigence d’une gouvernance efficiente entretenant l’élan et stimulant les énergies.

Le choix de Driss Jettou, placé à la tête de cette institution par le Roi en août 2012, a apporté ses fruits. A telle enseigne qu’elle est devenue emblématique d’un Maroc nouveau, de «rupture», même après tant de décennies d’indolence et de laxisme même.

La Cour des comptes en 2019 a fait sa place; elle est visible; elle a su engranger, d’année en année, un capital de crédibilité; ce qui lui facilite d’ailleurs l’accomplissement de sa mission auprès des organismes assujettis (ministère et entreprises publiques nationales). A l’international, son action est appréciée auprès des cours de même nature, aux Etats-Unis, en France, en Afrique et même en Chine. C’est cela la Cour des comptes, aujourd’hui.

Dans cette longue marche depuis un septennat, c’est son premier président, Driss Jettou, qui s’est particulièrement distingué. Avec obstination; courage aussi. Et une claire vision des étapes à franchir pour faire de la Cour des comptes cet instrument et ce levier du changement dans la gestion. La culture de la reddition des comptes a fortement progressé et il n’y a pas un ordonnateur ou un gestionnaire qui ignore les exigences et les contraintes d’une bonne gouvernance des finances publiques et celles d’une gestion rigoureuse et transparente.

Pour entreprendre sa mission dans des conditions conséquentes, la Cour des comptes n’impose rien, ne prend pas parti; permet aux mis en cause de répondre et de se justifier. Driss Jettou n’a pas de comptes à régler avec les uns et les autres, derrière les moyens que lui donne la Cour des comptes. Il ne subit pas davantage les pressions de réseaux, politiques ou autre, ou de lobbies économiques ou d’affaires. Si par tempérament personnel, par éducation et par culture, il est d’une amabilité égale avec tous, cela n’exclut pas chez lui le parler- vrai, la force de l’argumentaire et, le cas échéant, le «niet» le conduisant même à faire de la «résistance».

Les opérateurs économiques n’oublient pas qu’il a été l’un des rares ministres – avec Mohamed Kabbaj– à tenir tête à la campagne d’assainissement menée par Driss Basri à la fin 1995 et au début de 1996. C’était là l’expression d’un autre Driss Jettou, «droit dans ses bottes» face à un rouleau compresseur de l’ex-ministre de l’Intérieur.

Dans ses bagages, si l’on ose dire, Driss Jettou avait en mains bien des atouts en se voyant confier la présidence de la nouvelle Cour des comptes. Lesquels? Une expérience de la gestion privée durant plus de deux décennies où l’opérateur prend des risques –ce qui n’est pas le cas des gestionnaires publics – et où le crédo dominant est celui de la rentabilité et de la maîtrise des coûts dans une économie de plus en plus concurrentielle sur le marché local ou dans celui de l’export. Un acquis qui lui a été bien utile durant une quinzaine d’années d’expérience gouvernementale; comme ministre (Commerce, Industrie, Finances, Intérieur), et même comme Premier ministre (2002- 2007).

Il pensait avoir suffisamment et longuement servi dans le public de 1993 à 2002, mais il sera rappelé par le Souverain, cinq ans après son départ de la primature. Il a su faire de la vieille dame qu’était la Cour des comptes durant les précédentes décennies, une institution choc, remplissant sa mission, telle que celle-ci a été assignée par les textes et les orientations royales.

Un modèle de contrôle et d’auditing des finances publiques et de leur gestion servi par une forte dose de volontarisme et l’optimisation de procédures de contrôle où les nouvelles technologies sont fortement sollicitées. La Cour des comptes est bien utile. En moins d’une dizaine d’années, elle porte, sous la houlette de Driss Jettou, un label, une marque – et bien haut.


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