Coupe du monde de Football 2030 : We have a dream


Cinq tentatives après, la sixième est la bonne. Le Maroc a sa Coupe du monde, conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Le rêve de tout un peuple et de son Roi se réalise.

La nouvelle est tellement importante que c’est le roi Mohammed VI lui-même qui l’a annoncé par le biais d’un communiqué du cabinet royal. Depuis ce mercredi 4 octobre 2023, la candidature du Maroc, de l’Espagne et du Portugal est la seule officielle qui reste pour l’organisation de la Coupe du monde 2030. «Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, a le grand plaisir d’annoncer au peuple marocain que le conseil de la FIFA vient de retenir à l’unanimité le dossier Maroc-Espagne-Portugal comme candidature unique pour l’organisation de la Coupe du monde 2030 de football”, peut-on lire dans le communiqué du cabinet royal.

Outre le Maroc et ses deux voisins ibériques, l’édition 2030 fera un escale rapide en Uruguay, au Paraguay et en Argentine, qui abriteront chacun le premier match de leur sélection respective, en guise de célébration du centenaire du Mondial, comme l’a annoncé dans une vidéo le président de la Fifa, le Helvético-Italien Gianni Infantino.

Diplomatie footballistique
Sur les réseaux sociaux, comme dans la rue, une euphorie générale s’empare des Marocains. Après cinq premières tentatives infructueuses (1994, 1998, 2006, 2010 et 2026), un rêve générationnel se réalise enfin: le Royaume accueillera enfin le plus grand événement au monde, la Coupe du monde de football. Dans la presse arabe, africaine et mondiale, notamment spécialisée, le Maroc est certainement la star principale de l’annonce faite par la FIFA. “Ce n’est que justice faite. Le Maroc le mérite après autant d’efforts, d’abnégation et surtout de revers qui n’ont pas toujours été mérités”, peut-on lire dans les commentaires de nombreux d’internautes marocains.

Des efforts, Rabat a dû en fournir énormément, notamment sur le plan diplomatique et en matière de lobbying pendant des années au sein des différentes instances footballistiques continentales et internationales ainsi qu’après de nombreux chefs d’États et de gouvernements à travers le monde entier pour que le sort de cette sixième candidature ne soit pas le même que celui des cinq précédentes. “C’est un projet colossal voulu et supervisé par le roi Mohammed VI en personne”, nous confie-t-on dans l’entourage du président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa. Le même Fouzi Lekjaa qui a été d’ailleurs reçu, au lendemain de l’annonce au palais royal de Rabat et nommé par le Souverain président du “Comité Coupe du monde 2030”.

“Des représentants du Palais ont été même en contact permanent avec les dirigeants de la FIFA pour consolider la légitimité et la force de la candidature marocaine”, poursuit notre source au sein de l’équipe fédérale. Quant à M. Lekjaa, son travail a commencé juste après son arrivée aux commandes de la FRMF en avril 2014. Depuis, celui qui deviendra au fil des année l’homme fort du football au Maroc, voire en Afrique, s’est lancé dans une mission dantesque, qui consiste à mettre fin à la politique de la chaise vide adoptée auparavant et qui avait laissé une autoroute aux rivaux du Royaume, et par la suite à asseoir l’influence marocaine dans un continent africain où ballon rond rime toujours avec diplomatie et politique. En juin 2015, M. Lekjaa conclut quatre premiers partenariats avec les fédérations du Burkina Faso, la Gambie, du Rwanda et du Burundi. Plus de huit années plus tard, ce sont 43 fédérations nationales africaines de football qui sont désormais liées avec leur homologue du Maroc par des accords de partenariat, soit 80% des membres de la Confédération africaine de football (CAF).

L’ami Infantino
Un réseau aussi solide que large qui a permis au Maroc de devenir la véritable force de frappe dans le football africain ces dernières années. À titre d’exemple, lors de son sommet tenu justement à Rabat en mars 2021, la CAF avait décidé de ne plus autoriser l’adhésion d’États non-membres de l’Organisation des Nations unies (ONU). Une position soutenue par le Maroc qui a permis à celui-ci de barrer la route à une éventuelle participation de la soi-disant sélection du Front Polisario au compétitions africaines, au grand dam de l’Algérie qui s’est retrouvée isolée au sein de la CAF et totalement impuissante devant l’influence marocaine.

Entre-temps, M.Lekjaa a su exploiter le changement au sommet de la Fifa en 2016, avec l’éviction de son ancien président, Joseph Sepp Blatter, sur fond d’affaires de corruption, et l’arrivée de M. Infantino. Ce dernier trouvera vite dans le Maroc, et plus précisément dans le président de la FRMF, un allié de confiance et un partenaire sérieux, puis un ami très proche. Le visite du Helvético-suisse dans le Royaume et ses photos tout sourire aux côtés de M. Lekjaa se font de plus en plus nombreuses. “Le Maroc est-il devenu si puissant?”, s’interroge-t-on.

Derrière ce rapprochement on peut citer, entre autres, le projet de Super League porté et défendu avec ferveur par l’actuel patron de la Fifa. Si sa proposition qui pèse des milliards d’euros  a été tuée dans l’oeuf en Europe, suite à l’opposition nette de l’UEFA et de la majorité des grands clubs européens, qui y ont vu une menace à leur avantages financiers, l’histoire est totalement différente en Afrique grâce au soutien de M. Lekjaa et son ami et président de la CAF, le Sud-africain Patrice Motsepe. Rebaptisée Ligue africaine de football, la première édition de la nouvelle compétition a été enfin adoptée après plusieurs mois de gestation, et devrait débuter le 20 octobre 2023, avec la participation de huit clubs, dont le Wydad de Casablanca. qui se partageront 14,4 millions d’euros de gains, selon le stade atteint (quart de finale, demi-finale, finale, vainqueur).



L’allié espagnol
Cette force de frappe marocaine au niveau de la CAF et de la FIFA a été d’ailleurs l’un des arguments majeurs qui ont poussé le Portugal et l’Espagne à demander à leur voisin du Sud de rejoindre leur candidature. Car depuis l’édition de 2026, l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde se décide par voie électorale, avec la participation des pays membres de toutes les confédérations continentales. Avoir le Maroc et les 53 autres voix de la CAF à ses côtés est toujours un avantage indéniable, comme l’ont certainement bien compris les dirigeants ibériques.

Mais au-delà de la dimension purement sportive et de procédure, la constitution et surtout le succès du dossier Maroc-Espagne-Portugal pour l’organisation de la Coupe du monde de 2030 vient consolider davantage l’axe Rabat-Madrid né après la reconnaissance, en mars 2022, par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Toujours sur le plan diplomatique, le Maroc a également dû œuvrer pour convaincre l’Arabie saoudite de retirer sa candidature et de se présenter pour l’édition suivante. Une mission tout sauf facile, puisque le leadership saoudien, à sa tête le prince héritier Mohammed Ben Salmane, comptait bien joindre l’organisation de la Coupe du monde à sa vision 2030, lancée en avril 2016 pour diversifier l’économie du pays et la libérer de la rente pétrolière.

Atouts solides
Il faut toutefois souligner que le Maroc n’a pas réussi son exploit en se basant uniquement sur sa surpuissante diplomatie footballistique ou sur ses partenariats diversifiés. Le volet infrastructures, dans le sens large du terme, garde toujours autant d’importance aux yeux de la FIFA. Et à ce niveau, le Royaume semble avoir appris des erreurs du passé, lorsque ses dossiers de candidature reposaient beaucoup plus sur des maquettes que sur des projets déjà réalisés ou réalisables. En juin 2018 déjà, l’instance footballistique internationale accordait à la candidature marocaine pour la Coupe du monde 2026, la note globale de 2,7 sur 5 en se basant sur cinq critères, à savoir les stades, l’hébergement, le transports, le budget et les services d’internet et de diffusion, contre 4 sur 5 pour le dossier concurrent États-Unis-Mexique. La seuil minimal pour que le dossier soit accepté et admis pour la phase de vote était de 2,1 sur 5.

Une fois la victoire nord-américaine annoncée en juillet 2018, le Roi avait donné ses instructions pour qu’une sixième candidature soit déposée officiellement pour abriter l’édition suivante. Cinq années plus tard, beaucoup de choses ont changé dans le sens positif au Maroc, notamment en termes d’infrastructures et d’expertise. Et elles seront amenées à continuer sur cette voie jusqu’à 2030. D’ici-là, le Royaume aura développé ses capacités à tous les niveaux en organisant notamment la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, qui sera sans doute le plus grand test avant la Coupe du monde, ainsi que potentiellement la Coupe arabe 2029 et la Coupe du monde des clubs dans la même année, avec son nouveau format à 32 clubs.


Historique des candidatures marocaines

La persévérance a payé

C’est la sixième qui aura donc été la bonne. Après avoir candidaté pour les éditions de 1994, 1998, 2006, 2010 et 2018, c’est en 2030 que le Maroc devrait finalement organiser la Coupe du monde de football. Un rêve, celui de toute une nation et de ses rois, qui se réalise et devrait faire du Royaume le deuxième pays africain après l’Afrique du Sud en 2010 et arabe après le Qatar en 2022 à accueillir la reine des compétitions footballistiques internationales. Mais c’est dire si le chemin a été laborieux. Quand, en 1988, Hassan II décide pour la première fois de déposer la candidature du Maroc, savait-il que cela prendrait plus de trente-cinq ans ainsi qu’un changement sur le trône en la personne de Mohammed VI pour voir son ambition assouvie? Depuis le tout départ en tout cas, les chances ont toujours été réelles du côté marocain. Si, lors de la première tentative, c’est le géant américain qui l’emporte, à un moment où l’oncle Sam semble enfin commencer à ressentir l’importance du football sur l’échiquier international et à vouloir y recourir pour étendre encore davantage son soft power, le Maroc échoue par la suite face à la France, qui raffle par cinq voix d’écart la mise. Mais cela ne le fait pas pour autant renoncer, puisque, comme on l’a vu, il va encore et encore revenir à la charge. Si, pour la Coupe du monde de 2006, il n’arrive pas à faire le poids politique face à l’Allemagne, qui avait fait des mains et des pieds pour décrocher le précieux sésame, on sait aujourd’hui que c’est normalement au Maroc, et non à l’Afrique du Sud, que devait revenir l’édition de 2010 et que la partie marocaine s’était seulement vu tirer le tapis sous les pieds à coup de dessous de table. En 2018, le Maroc a clairement l’avantage politique et diplomatique sur le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, bien que le trio nord-américain soit mieux pourvu financièrement, mais c’était sans compter sur le lâchage de certains pays arabes dans un contexte marqué par la crise dans le Golfe entre le Qatar et ses voisins directs. Aujourd’hui, les conditions semblaient enfin réunies pour que le Maroc se retrouve sur le toit du monde.


 

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