LE COUP DE MASSUE DE FITCH

NOTE SOUVERAINE

En dégradant la note du Maroc, Fitch Ratings met en question la politique budgétaire du gouvernement El Othmani.

Pas la meilleure des nouvelles pour le gouvernement Saâd Eddine El Othmani, qui compte bien mettre le coup d’accélérateur, au cours des prochains mois, à la spirale d’endettement dans laquelle il s’est lancé en avril dernier pour combler son déficit de financement. Fitch Ratings, un des Big Three des agences de notation internationales avec Moody’s et Standard & Poor’s, vient d’annoncer, ce 23 octobre 2020, avoir abaissé la note souveraine du Maroc de BBB- à BB+, près de trois mois après en avoir fait de même le 20 juillet.

Une décision qui, concrètement, devrait se répercuter par des taux d’intérêts plus élevés pour le Royaume auprès de ses futurs créanciers, lesquels s’appuient en grande partie sur les notes des agences spécialisées pour déterminer ces taux, et qui, bien évidemment, n’est pas aléatoire du point de vue de Fitch: pour l’agence, la nouvelle note donne une idée exacte de ce qu’est la réalité macro-économique nationale à l’heure actuelle et pour le court terme, et celle-ci est, à ses yeux, loin d’être prometteuse. “La dégradation [de la note] reflète le grave impact de la pandémie de coronavirus sur l’économie marocaine et les finances publiques et extérieures,” justifie Fitch dès l’exorde du texte qu’elle a publié pour annoncer le changement de notation.

Et d’égrener les différentes facettes de cet impact: la chute des recettes fiscales, la contraction “historique” du produit intérieur brut (PIB), l’enlisement de l’industrie et du tourisme, etc.; autant d’éléments qui, par voie de conséquence, conduiront le déficit public à se creuser plus qu’il ne l’est actuellement et, en même temps, à faire exploser le taux d’endettement. Au plan du déficit en particulier, Fitch accorde ses violons avec les projections faites par le gouvernement El Othmani dans le projet de loi des finances (PLF) qu’il vient de soumettre, le 19 octobre, à la Chambre des représentants, à savoir un taux de 6,5% du PIB, mais l’agence croit, ceci dit, savoir que le taux qui sera enregistré au cours de cette année atteindra 7,9%, soit 2,9 points de plus que le taux retenu par l’Exécutif dans le projet de loi des finances rectificative (PLFR) adopté le 20 juillet par le parlement et qui avait donc été de seulement 5%. “Ceci en dépit du fait que les deux tiers du plan de secours économique de 3,1% du PIB du gouvernement sont financés par des subventions extérieures et intérieures,” signale Fitch.

Et c’est, comme on peut le conclure à partir du PLF présenté par le ministre de l’Économie, Mohamed Benchaâboun, à la Chambre des représentants, la même façon de faire, en recourant à la dette -à hauteur de 43 milliards de dirhams (MMDH) selon le texte- qui doit présider au budget 2021, car l’objectif de maintenir des équilibres macroéconomiques “sains” continue de préoccuper l’argentier du Royaume, comme il en avait fait lui-même la confidence aux élus de la première chambre.

Or, ceci devrait amener la dette à dépasser les 60% du PIB pour atteindre, selon Fitch, 68,5%, et 23,5% pour la seule dette extérieure. M. Benchaâboun peut donc se faire du souci.


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