Un coup dur pour le tourisme

Fermeture totale des frontières marocaines pour deux semaines

Déjà martyrisé par un an et demi de crise à cause du covid-19, le secteur du tourisme s’enfonce encore plus. La décision des autorités marocaines de suspendre tous les vols vers le Royaume scelle le sort de la saison d’hiver et pousse les professionnels à réclamer des mesures urgentes.

Des hôtels presque déserts, des transporteurs à l’arrêt, des restaurateurs qui peinent à remplir leurs tables, et surtout une vague d’annulations en masse. À Marrakech, Agadir, Fès notamment, la saison d’hiver sombre totalement et emporte avec elle tout espoir de relance pour le secteur touristique au Maroc.

Alors que les opérateurs du secteur se plaignaient déjà des mesures restrictives sur les vols liant le Royaume à certains marchés pourvoyeurs importants en Europe, les autorités marocaines viennent d’enfoncer le clou.

En suspendant, à partir du lundi 29 novembre 2021, et pour une durée initiale de deux semaines, tous les vols à destination du pays. Pour cause, la propagation d’un nouveau variant du coronavirus, Omicron, qualifié de “préoccupant” par l’Organisation mondiale de la santé, et dont la dangerosité n’a toujours pas été complètement évaluée. Encore une fois, c’est donc le principe de prévention maximale qui prime dans les esprits des décideurs, au détriment des considérations économiques et par conséquent sociales.

Car sous le poids de la crise du secteur, se trouvent écrasés des dizaines de milliers de Marocains vivant directement du tourisme et leurs familles, qui n’ont plus qu’à prier pour que la situation pandémique s’améliore et que le niveau d’alerte sur le plan mondial baisse.

Les finances de l’État devraient en souffrir encore, tant le tourisme pèse gros dans les recettes en devises. Si les chiffres du troisième trimestre 2021 révèlent que le secteur a rapporté 15,9 milliards de dirhams, soit une hausse de 202% par rapport à 2020, il ne faut pas toutefois crier victoire, car cela représente aussi une baisse de 40% par rapport au niveau d’avant-crise, c’est-à-dire de 2019 (-40,2%).

Une aide dérisoire
Pour Zoubir Bouhout, ancien directeur du conseil provincial du tourisme de Ouarzazate et expert en tourisme, le secteur devrait enregistrer à fin 2021 des pertes records estimées à 80%. Soit le même chiffre constaté en 2020, considérée comme année de crise par excellence.

Certes, le gouvernement a décidé, quelques jours avant l’annonce de la fermeture des frontières avec le reste du monde, de reconduire l’indemnité forfaitaire d’une valeur de 2.000 dirhams pour la période de septembre-décembre 2021. Cette aide mensuelle, versée aux salariés déclarés à la CNSS ayant perdu leur emploi à cause de la crise liée à la pandémie du Covid-19, avait été suspendue en juin dernier. Mais cela pourrait-il avoir l’effet escompté? Dur de le croire au vu de la somme allouée, qui reste plutôt dérisoire.

Mais les opérateurs et leurs représentants s’interrogent surtout sur l’utilité des acquis enregistrés par le pays en matière de vaccination et autres indicateurs relatifs à la situation épidémiologique, si la fermeture totale et immédiate est devenue la solution de choix des autorités, avec tout ce que cela provoque comme retombées sur le tourisme, et l’économie de manière générale. Pour Hamid Bentahar, il faut sortir de cette logique d’ouverture ou fermeture totale, et trouver un équilibre susceptible de permettre la relance du secteur.

Les professionnels évoquent même un “Plan Marshall” en faveur du secteur, faute de quoi tout espoir de relance sera retardé davantage. Pour Zoubir Bouhout, il faudra attendre au moins les premiers mois de l’année 2022 pour espérer un semblant de redressement. Le retour au niveau d’avant crise ne serait envisageable en principe que dans un an ou deux minimum.

Les voix appelant à une place plus grande pour le tourisme intérieur se font de plus en plus fortes. Les opérateurs espèrent porter à la moitié, la part des recettes générées par les voyageurs locaux, au lieu de 30% actuellement.