Le coup de colère de M. Lekjaâ

Notre réponse à la réaction du ministre délégué chargé du budget

A la suite de la publication de notre dernière couverture, consacrée à Fouzi Lekjaâ, celui-ci a mal réagi en menaçant de nous poursuivre en justice.

Le numéro de Maroc Hebdo daté de vendredi 18 février 2022, sous le titre «Le Maroc en crise: Et Lekjaâ est arrivé…», a fait réagir Fouzi Lekjaâ, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, qui n’a pas hésité à faire connaitre son mécontentement. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas accepté la photo de couverture le présentant comme le héros imaginaire Zorro. Sur ce point, nous lui donnons raison. On pensait que M. Lekjaâ avait suffisamment le sens de l’humour pour admettre cette illustration journalistiquement osée.

Ce qui est moins compréhensif, c’est qu’il ait très mal digéré les critiques contenues dans ce dossier. Celles-ci étaient consacrées au bilan de sa gestion et de sa communication aussi bien sur le terrain des réactions aux répercussions de l’inflation des prix à la consommation et des hydrocarbures que sur le terrain footballistique. Des critiques -est-il besoin de le rappeler?- basées sur des faits et, qui plus est, adressées à la personnalité publique qu’il est et non pas à sa personne. D’autant plus qu’il a toute latitude de nous adresser les mises au point qu’il estime nécessaires et que nous publierons volontiers.

En tout état de cause, M. Lekjaâ semble avoir décidé autrement, en menaçant notre magazine de poursuites en justice. Dans l’État de droit qui est le nôtre, la loi garantit à M. Lekjaâ tous les recours. Personne n’est au-dessus de la loi. Cela dit, dans sa recherche de tous les arguments possibles pour justifier son agacement, Monsieur le ministre ne voit que la moitié vide du verre.

Le numéro de Maroc Hebdo énumère à la fois ses qualités et ses réalisations comme ses déboires et ses failles communicationnelles. Notamment lorsqu’il s’agissait d’apaiser la grogne populaire engendrée par une hausse continue, conséquente et générale des prix, réduisant comme une peau de chagrin le pouvoir d’achat de l’écrasante majorité des citoyens. A-t-il oublié que notre rédaction lui a réservé plusieurs fois la Une du journal. Mieux, nous l’avons consacré Homme de l’année 2017 en nous appuyant à l’époque sur ses performances footballistiques incontestables? Sans parler de nombreux autres articles où le moindre exploit était un prétexte pour l’encourager à aller de l’avant et à redonner le sourire aux Marocains.

Personnalité publique
Ce n’est pas à M. Lekjaâ que l’on va apprendre comment appréhender la presse avec ses critiques et ses louanges. Les personnalités publiques ont, certes, une vie privée à épargner. Personne ne peut se permettre de porter atteinte à ce droit qu’ils ont, comme tout autre citoyen. Mais eu égard au pouvoir que leur confère leur mission, les personnes publiques doivent s’attendre à voir leurs actions évaluées, critiquées ou saluées. Tant que ces critiques ne dépassent pas le cadre du raisonnable et ne violent pas la sphère privée, il n’y a point de mal. C’est le jeu de la démocratie. Et personne ne doute que M. Lekjaâ est un démocrate convaincu.

Dernier point: Depuis 31 ans qu’il existe, notre journal est connu pour son professionnalisme et son sérieux. Il ne se laisse jamais influencer ou manipuler quand il s’agit de formuler des critiques fondées et constructives comme quand il s’agit de louer des performances. Dans le respect de la déontologie et de l’éthique journalistiques.