Coronavirus et modèle de développement

ANTICIPER ... LE JOUR D'APRES

La CSMD doit-elle continuer dans le même sens alors que tout est à remettre à plat? Assurément non, parce que la société est pratiquement en «état de guerre».

L’on y est donc en plein! Cette crise liée au coronavirus est nationale aussi. S’il faut saluer les mesures et les dispositions prises au Maroc, il importe encore de tenter d’appréhender ce qui va –et doit– changer demain. Dans les comportements individuels et collectifs. Les politiques publiques à venir. La continuité n’est plus tenable. Un certain discours officiel, ou plutôt partisan, qui s’était volontiers installé depuis des années au sein du gouvernement actuel ne peut plus perdurer. Il était déjà si peu audible avec ce nouveau cabinet investi voici près de trois ans. Porté qu’il était par le Chef du gouvernement, il se confinait à l’autosatisfaction de manière aseptisée, anesthésiante même, évacuant obstinément et allégrement les défis et les contraintes d’un passif socioéconomique et institutionnel.

L’installation de la Commission spécialisée sur le modèle de développement (CSMD), voici quatre mois, devait marquer la fin d’une séquence décennale et contribuer à définir le cadre et le contenu d’une nouvelle portée par une vision d’avenir plus inclusive et moins inéquitable. Cette CSMD a travaillé, multipliant les contacts et les visites de terrain. Doit-elle continuer dans le même sens alors que tout est à remettre à plat? Assurément non, parce que la société est pratiquement en «état de guerre». Tout est à revoir, sur la base des données nouvelles; la méthodologie mise en oeuvre jusqu’à présent n’est plus opératoire. Il faut imaginer autre chose. Mais quoi? D’abord, ceci: la CSMD doit-elle continuer son travail et s’en tenir à son agenda de départ, à savoir la remise de son rapport à la fin de juin 2020? Est-ce soutenable tant il est vrai que l’état de confinement général ne permet plus de poursuivre l’écoute des uns et des autres? Si bien que des voix plaident d’ores et déjà pour une «pause» de deux ou trois mois même, le temps que la crise du coronavirus soit surmontée.

Voilà bien un palier qui bouscule aussi le calendrier du gouvernement. Les prévisions de la loi de finances 2020 ne tiennent plus la route. La campagne céréalière retenue tablait sur 70 millions de quintaux -une production moyenne; avec la sécheresse qui s’installe, un tel chiffre est fortement revu à la baisse dans une fourchette de 30-40 millions au plus. Si bien qu’une loi de finances rectificative paraît s’imposer à l’évidence; elle prendrait en compte les contraintes et les objectifs de la présente conjoncture; elle témoignerait du fait que ce cabinet est en prise avec elle et qu’il fait montre d’un sensible infléchissement de programmes et de priorités bousculés dès la mi-mars 2020.

Se pose cependant une autre interrogation de principe: en l’état, cet Exécutif peut-il imprimer un grand changement? Son bilan depuis trois ans conforte-t-il cette possibilité? Rien n’est moins sûr. Une fois de plus, avec le coronavirus, la preuve est faite que lorsque l’essentiel national est en jeu, c’est le Roi qui assume la plénitude de la charge qui lui revient. Il reste à réunir les conditions de la mise en oeuvre d’une politique de «salut public» pour l’année en cours et même celles à venir. D’où l’hypothèse d’un gouvernement d’union nationale mobilisant toutes les potentialités et les forces vives. Les clivages partisans actuels seraient alors transcendés dans la perspective des intérêts supérieurs. Ce serait un ressourcement de la vie démocratique et une revitalisation de la place et du rôle des acteurs -tous les acteurs. Un élan collectif qui a besoin d’être dynamisé, supplantant un climat persistant d’attentisme et de démobilisation.

Pareille situation -un cabinet d’union nationale- n’a pas besoin, le cas échéant, d’une base constitutionnelle formelle. Elle n’est en effet ni un «état de siège» (art.74) ni une «déclaration de guerre» (art.49); pas davantage, elle ne regarde des cas de proclamation de l’état d’exception prévu par l’article 59 (lorsque l’intégrité du territoire national est menacée ou que se produisent des événements qui entravent le fonctionnement régulier des institutions constitutionnelles…). L’état actuel de confinement des citoyens qui a été décrété ne relève pas de ces différentes circonstances. Il aurait pu se fonder sur celle d’une «urgence nationale» -prévue par d’autres pays (Etats-Unis, France...). Et l’on pourrait même faire expressément référence à une «urgence nationale sanitaire et économique». Gouverner donc, faire face, en se dotant des dispositifs et des moyens les plus efficients, à la hauteur de circonstances exceptionnelles.


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