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"Contre vents et marées", de Abdallah Ibrahim

Rien de nouveau à l'Est

Publié voilà plus de cinquante ans, l’ouvrage de l’ancien président du conseil du gouvernement a été traduit par l’ancien secrétaire général du PAM, ouvrant peut-être la voie à ce qu’un plus large public le connaisse.

D’aucuns oublient que Abdallah Ibrahim ne fut pas seulement un homme politique, ayant notamment présidé, à la fin des années 1950, à une des expériences gouvernementales les plus audacieuses de l’histoire du Maroc indépendant, mais qu’il a également été un des penseurs les plus brillants de la scène nationale, voire arabe. Et c’est ce que vient rappeler, de façon on ne peut plus brûlante, la traduction que vient de consacrer le non moins intellectuel et journaliste Hassan Benaddi à un des ouvrages majeurs de l’ancien président du conseil du gouvernement, à savoir Contre vents et marées (Soumoudoun wassata al-i’ssar, en VO).

“Concurrences stupides”
Édité à La Croisée des chemins, le livre avait pour vocation, à l’origine, d’analyser le Maghreb des années 1960, fraîchement décolonisé, à partir de son histoire, à travers une approche que l’historien français Fernand Braudel avait par exemple éloquemment utilisée dans La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, son magnum opus de la fin des années 1940. Car la région était déjà, à l’époque, en proie aux guerres intestines, que M. Ibrahim taxait même de “concurrences stupides”, en dépit d’un cheminement commun long de plus de 3.000 ans ayant forgé une identité idiosyncratique rendant finalement artificielles, du moins au plan civilisationnel, les frontières tracées ici et là.

Cinquante ans plus tard, le Maghreb n’en demeure pas moins la région la moins intégrée au monde -on vient même de voir, coup sur coup, les islamistes tunisiens d’Ennahda et algériens du Mouvement de la société pour la paix (MPS) demander l’exclusion pure et simple du Maroc de l’Union du Maghreb arabe (UMA), ce qui en dit long, au passage, sur l’état où en est actuellement la construction maghrébine. M. Benaddi avait donc, sans doute, en tête la donne actuelle au moment de faire le choix de rendre Contre vents et marées en français, mais il y avait certainement des raisons autrement personnelles, puisque le concerné a directement frayé avec M. Ibrahim et sa famille, originaires comme lui de la ville de Marrakech.

L’ancien secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) traduisait même déjà, au tournant des années 1970 dans le quotidien Maghreb Informations, les éditoriaux que publiait chaque semaine M. Ibrahim dans Al-Moharrir, le porte-voix de l’Union nationale des forces populaires (UNFP). En redonnant vie à Contre vent et marées, M. Benaddi permettra peut-être enfin qu’un plus large public s’initie à une des réflexions les plus originales sur le Maghreb du siècle passé.