Consulat général du Sénégal à Dakhla: Un acte diplomatique de haute portée

L’ouverture du Consulat général du Sénégal à Dakhla constitue un acte symbolique qui confirme la marocanité du Sahara. Un acte diplomatique qui consolide les relations séculaires du Royaume avec un pays très influent sur le continent, grâce à son modèle démocratique.

Un consulat qui confirme un postulat. En décidant d’ouvrir, lundi 5 avril 2021, une représentation diplomatique à Dakhla, le Sénégal réaffirme sa longue solidarité envers le Maroc sur son intégrité territoriale. Un jalon supplémentaire dans la consolidation des liens séculaires qui unissent les deux pays. La cheffe de diplomatie sénégalaise, Aissata Tall Sall, l’a d’ailleurs confirmé lors de la cérémonie d’inauguration en affirmant que ce consulat général est un «symbole vivant» servira à magnifier les excellentes relations entre les deux pays. «C’est une victoire diplomatique pour le Maroc. Cette initiative conforte la marocanité du Sahara et les liens d’alliance ancestraux entre les deux pays, particulièrement dans le volet religieux avec la confrérie Tidiane», nous confie Camille Sari, président de l’Institut euro-maghrébin d’études et de prospectives et spécialiste du Maghreb.

Cet acte fort de Dakar dans la perle du Sud marocain, après ceux de huit autres pays africains, est, à coup sûr, un succès prestigieux pour Rabat, à plus d’un titre. Au-delà de sa casquette d’ami fidèle du Maroc, le Sénégal est aujourd’hui un modèle démocratique très apprécié sur le continent. Sa stabilité politique et sociale constitue une véritable richesse immatérielle. «Le Sénégal joue un rôle important en Afrique, c’est un modèle de démocratie, marqué par deux alternances et surtout une acceptation de défaite des anciens présidents. Des actes symboliques et rarissimes en Afrique», souligne M. Sari.

Succès prestigieux pour Rabat
La diplomatie sénégalaise est l’une des plus influentes en Afrique subsaharienne. De hauts cadres occupent de grandes fonctions dans les instances onusiennes, à l’image de l’ancien président Abdou Diouf, qui fut à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’ex-ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur Mankeur Ndiaye, actuel représentant du Secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) ou encore l’homme politique et ancien ministre le Pr. Abdoulaye Bathily, ancien représentant spécial et chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA). Ajoutons à cette liste Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur général de l’Unesco pendant treize ans (1974-1987), dont le centenaire a été récemment célébré à Dakar et à… Rabat.

La position du Sénégal sur le dossier du Sahara a été toujours constante. Du président Léopold Sédar Senghor à Macky Sall, en passant par Abdoulaye Wade et Abdou Diouf. Même quand certaines fritures ont essayé de brouiller les ondes, les autorités respectives des deux pays ont su faire preuve de tact pour rétablir le signal. Ce fut le cas en 1986, lorsque la diplomatie sénégalaise vota une résolution des Nations Unies jugée «pro-algérienne» par son homologue marocaine. Ce qui avait créé des divergences entre feu le roi Hassan II et le président Abdou Diouf, avant une réconciliation un an plus tard, durant la commission mixte sénégalo-marocaine qui s’est tenue les 7 et 8 avril 1987. Plus tard, une visite officielle de Diouf à Rabat finissait d’arrondir les angles.

Des nuages avaient réapparu en 2008, après des déclarations controversées d’un responsable du Parti Socialiste (PS), ancien parti au pouvoir, sur cette question, qui avait entraîné le rappel des ambassadeurs des deux pays. Pour couper court à la polémique, l’ancien président Abdoulaye Wade avait déclaré, lors d’un escale début janvier 2008 à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, que «le Sahara est une terre marocaine et doit rester sous la souveraineté marocaine», en ajoutant qu’«il y a des petits incidents dans la vie, la question étant réglée et mon ambassadeur est ici à Rabat, l’ambassadeur du Maroc est venu m’accompagner à l’aéroport, donc pour nous, c’est une question dépassée».

Une continuité historique
Hormis ces mésententes, la sincérité des relations entre les deux Etats frères n’a souffert aucune ambiguïté. «L’aspect le plus frappant des rapports sénégalo-marocains est cette continuité historique, largement soutenue par d’inépuisables ressources symboliques et un imaginaire majoritairement favorable. Les autorités successives dans les deux pays semblent en effet obéir à un code de conduite commun visant à garantir la durabilité d’une coopération «sacralisée», malgré les vicissitudes du contexte international», écrit le Dr. Bakary Samb, directeur de Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies, basé à Dakar, dans l’ouvrage collectif Le Maghreb et son Sud: vers des liens renouvelés.

En prononçant son discours à l’occasion du 41e anniversaire de la Marche Verte à Dakar, lors de sa visite officielle en novembre 2016, sa majesté le Roi Mohammed VI a confirmé cette constance légendaire de l’Etat sénégalais sur la marocanité du Sahara. (Voir encadré). Un fidèle compagnonnage qui défie les âges et les circonstances.

Articles similaires