Nouveau consulat Émirati à Laâyoune: Au nom de l'Histoire

Dans l’essentiel, rien n’a finalement cillé entre Rabat et Abou Dabi. Et c’est donc dans l’ordre des choses que la capitale émiratie procède à l’ouverture d’une représentation diplomatique au Sahara marocain

Qu’on se le dise: les relations entre Rabat et Abou Dabi n’ont pas été au mieux ces derniers temps. À vrai dire, les divergences de vue entre les deux capitales sur de nombreux dossiers, notamment celui de la Libye, ont été telles que le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, reconnaissait au printemps 2019 “des désaccords”, avant de zapper quelques semaines plus tard le pays de Mohammed Ben Zayed lors d’une tournée dans le Golfe que le roi Mohammed VI l’avait chargé d’effectuer. Frères ennemis, comme n’avaient dès lors pas manqué de les taxer différents observateurs? Voire.

Relations exceptionnelles
Car dans l’essentiel, rien n’a finalement cillé, Ben Zayed se rendant même au Maroc en janvier 2020, au lendemain de sa participation à la Conférence de Berlin sur, justement, la Libye, pour bien faire savoir qu’au-delà des perspectives qui, par moments, peuvent même entrer en confrontation, les relations maroco-émiraties continuaient de garder le caractère exceptionnel qui est le leur depuis bientôt cinquante ans et l’indépendance des Émirats arabes unis en 1971. Et c’est donc, en fin de compte, dans l’ordre des choses que ces derniers décident de procéder à l’ouverture d’un consulat au Sahara marocain, comme le Cabinet royal vient de l’annoncer ce mardi 27 octobre 2020.

C’est, a détaillé la même source, Ben Zayed lui-même qui, en tant que prince héritier d’Abou Dabi et commandant suprême adjoint des forces armées émiraties, en a d’ailleurs pris l’initiative, vis-à-vis de quoi le roi Mohammed VI “a exprimé ses sincères remerciements et sa profonde gratitude”. “Il s’agit d’une décision qui incarne la position inébranlable des Émirats arabes unis,” commente le Cabinet royal. Les Émirats deviennent, ainsi, le troisième pays arabe après les Comores et Djibouti, qui avaient également fait de même en décembre 2019 et février 2020 respectivement à Laâyoune et Dakhla, à se doter de consulats au Sahara marocain.

Développement du Sahara
Et portent, de fait, au total le nombre d’États à disposer de représentations diplomatiques dans la région à dix-sept, puisqu’il faut également compter la Gambie, la Guinée, le Gabon, la République centrafricaine, Sao Tomé-et-Principe, la Côte d’Ivoire, le Burundi, le Libéria, le Burkina Faso, la Guinée équatoriale, la Guinée-Bissau, la Zambie et l’Eswatini -ces deux derniers avaient, en fait, annoncé l’ouverture de leurs deux nouveaux consulats, tous deux basés à Laâyoune, quelques heures seulement avant Abou Dabi.

D’autres pays dans le futur pourraient, comme on peut l’imaginer suivre, à l’instar des Salomons, dont le ministre de la Communication et de l’Aviation, Peter Shanel Agovaka, présent fin février à la troisième édition du Forum Maroc-Etats insulaires du Pacifique qu’avait justement accueilli Laâyoune, s’était également dit ouvert à cette occasion à la possibilité que son gouvernement suive le mouvement, mais on parle aussi et surtout d’autres capitales arabes à l’instar notamment de Riyad, qui marche souvent de pair avec Abou Dabi -le prince héritier et vice-premier ministre d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, est carrément un ami dans le privé de Ben Zayed- et qui, avant d’entrer en froid avec Rabat après que cette dernière eut refusé de s’engager dans son conflit larvé avec le Qatar en cours depuis juin 2017, avait un moment fait part de son intention d’accompagner financièrement le plan lancé en novembre 2015 par le roi Mohammed VI pour le développement du Sahara marocain.

Le représentant saoudien auprès des Nations unies, Abdallah Al-Mouallimi, vient d’ailleurs d’appuyer ce 23 octobre seulement l’intégrité territoriale du Maroc, au cours des travaux de la quatrième commission de l’organisation; annonciateur peut-être donc d’un potentiel mouvement de la part de son pays dans le sillage des Émirats. Par ailleurs, le Qatar même, que le Royaume a donc continué, par fidélité, de soutenir au détriment de ses propres intérêts -l’émirat de Tamim Ben Hamad se verra notamment accompagner au plan sécuritaire pour l’organisation de sa Coupe du monde de football prévue encore pour l’instant en 2022-, pourrait aussi rendre la pareille, et pour une fois accorder ses violons avec ses voisins dont le différend mériterait sans doute d’être aplani au plus vite, car il en va de la défense de la sécurité arabe face aux périls extérieurs et notamment celui de l’Iran.

L’esprit du temps
Enfin, les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) que sont Bahreïn, le Koweït et Oman, ainsi que la Jordanie, pays frère dont la dynastie régnante, à savoir celle des Hachémites, entretient des liens quasi familiaux avec les Alaouites depuis plus de six décennies, n’ont jamais manqué d’appuyer la marocanité du Sahara atlantique et pourraient eux aussi choisir d’épouser l’esprit du temps. Que va, ceci dit, bien faire l’Algérie cette fois? Va-t-elle encore procéder au rappel de son ambassadeur à Abou Dabi, comme elle l’avait fait en février dernier pour celui de Yamoussoukro, sous prétexte qu’au moment d’ouvrir le tout nouveau consulat de Côte d’Ivoire de Laâyoune, le ministre de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Ally Coulibaly, aurait tenu à cette occasion des “déclarations sibyllines et insidieuses” -le responsable avait en fait simplement souligné qu’“en matière de politique étrangère, comme dans d’autres domaines, nous nous gardons de donner des leçons de morale, de même nous n’entendons pas qu’on nous dicte ce que nous devons faire ou ne pas faire”? Bien évidemment que non, car cela l’isolerait davantage qu’elle ne l’est actuellement.

Une affaire de droits
Sur la scène internationale, on ne trouve ainsi plus que le président sud-africain Cyril Ramaphosa, un anti-marocain primaire dont il ne faut sans doute plus rien espérer, pour s’aligner sur son discours séparatiste. Ailleurs, de plus en plus de pays retirent leur reconnaissance de la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD) que la junte algérienne avait fait déclarer au milieu des années 1970 au Sahara marocain, au point qu’il n’en reste même pas une trentaine. Le président salvadorien Nayib Bukele, au moment de couper les liens de son pays avec l’entité séparatiste -en juin 2019-, aura même cette phrase, qui résume sans doute tout: “Le Salvador se met du côté du reste du monde”.

Et il est clair qui, de l’autre côté, persiste à miser sur le mauvais cheval, et surtout un cheval qui ne mérite absolument pas de gagner. Car avant d’être une affaire de géopolitique, le Sahara marocain est d’abord celle “des droits légitimes et des causes justes du Maroc”, comme l’a rappelé le Cabinet royal dans son communiqué relayant la décision des Émirats. Et Alger n’a qu’à en prendre de la graine.