Nous ne sommes plus en 88, M. Chengriha

Résolution du conseil de sécurité sur le Sahara marocain

Il est toujours intéressant de lire les communiqués du ministère des Affaires étrangères algérien. Celui à travers lequel il a réagi ce 31 octobre 2021 à la résolution du Conseil de sécurité sur la situation concernant le Sahara marocain n’y fait pas exception. En substance, la partie algérienne considère que ladite résolution est “partiale” -c’est d’ailleurs, là, son propre mot. Elle “exprime son profond regret quant à” une “approche” qu’elle qualifie de “fondamentalement déséquilibrée”, tout en taxant la résolution de “manque[r] cruellement de responsabilité et de lucidité”. Et tout en se disant “pleine d’incompréhension”, elle annonce qu’“elle ne soutiendra pas [la] résolution”, car celle-ci aurait “pour effet de conforter” de soi-disant “prétentions exorbitantes” du Maroc.

Pour le moins, il s’agit clairement là d’un aveu d’échec de la diplomatie algérienne, qui tout au long des semaines ayant précédé le vote de la résolution avait tout fait pour tourner celle-ci à sa faveur et, concrètement, pour qu’elle ne soit plus nommément impliquée dans le processus de règlement, comme elle l’est depuis avril 2017: annonce officielle, le 12 octobre 2021, de son refus de participer aux tables rondes prévues dans le futur et auxquelles le Conseil de sécurité a indirectement appelé en encourageant la reprise de “négociations”; concertations avec son allié russe, qui s’est pour la sixième fois consécutive abstenu après avoir estimé que ses contributions n’avaient pas été prises en compte; pression sur la Tunisie, qui a également préféré se mettre en retrait.

Sans que cela n’y change rien. Chose qui confirme, s’il en faut, que si l’on excepte la Russie, et ce pour des raisons clairement liées au fait que l’Algérie est la première cliente de l’industrie de l’armement russe, la voisine de l’Est est aujourd’hui indéniablement isolée.

On rappellera, à cet égard, cette parole qu’avait eue le président salvadorien Nayib Bukele, au moment de retirer, en juin 2019, la reconnaissance de son pays de la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique”, au nom de laquelle le mouvement séparatiste du Polisario revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne: “Le Salvador se met du côté du reste du monde”. Le reste du monde étant désormais, à une majorité écrasante -160 pays sur 193-, loin de soutenir le projet algéro-polisarien. Et ceci nous ramène au point le plus fondamental du communiqué algérien: celui de revenir au plan de règlement d’août 1988. Ainsi, le communiqué indique que “l’Algérie attend du nouvel envoyé personnel du secrétaire général” de l’Organisation des Nations unies (ONU), Staffan de Mistura, “qu’il inscrive strictement son mandat dans la mise en oeuvre de la résolution 690 (1991) portant [ce] plan de règlement”.

Lequel plan de règlement prévoyait que la question du Sahara marocain se règle par le biais d’un référendum, avant que l’impossibilité de se mettre d’accord sur un corps électoral, du fait du refus de l’Algérie de recenser la population séquestrée dans les camps de Tindouf, n’amène le Maroc à sortir, en avril 2007, des cartons son initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie à laquelle il rechignait pourtant avant.

Mais le fait que le ministère des Affaires étrangères algérien y fasse référence est significatif de son aveuglement vis-à-vis du fait que “le reste du monde”, pour reprendre encore M. Bukele, a justement changé, et qu’il ne suffit plus de se faire le parangon du “droit à l’autodétermination et à l’indépendance” des peuples -tant qu’il ne s’agit bien sûr pas de la Kabylie- pour s’attirer des sympathies souvent ignorantes de la profondeur historique de la marocanité du Sahara: en vérité, c’est là une nouvelle preuve que la junte algérienne actuelle reste bel et bien engoncée dans une lecture du monde bloquée à l’ère de la guerre froide, comme en attestent d’ailleurs ses efforts pour continuer de s’attacher le soutien d’une Russie qui n’a pourtant elle-même plus rien à voir avec l’Union soviétique.

Ce qui peut, dans une certaine mesure, se comprendre, étant donné que les principaux éléments de cette junte en étaient déjà, au moment de l’affrontement entre l’Occident capitaliste et l’Est communiste et, en l’espèce, du plan de règlement, au milieu de leur carrière: le chef d’état major de l’armée algérienne, Saïd Chengriha, a soufflé le 1er août de cette année 2021 son 76ème anniversaire, tandis que son prédécesseur, Ahmed Gaïd Salah, en était à trois semaines près, à sa mort en décembre 2019, à 80 bougies. Avec les vieux pots de la géopolitique, la diplomatie algérienne est, hélas, en train de servir une soupe bien indigeste...