LE CONSEIL DE LA CONCURRENCE AUX ABONNÉS ABSENTS

PRATIQUE DES JETONS DESTINÉS AUX PEINTRES DU BÂTIMENT


Driss Guerraoui

Depuis que l’affaire relative à l’entente des distributeurs pétroliers a été confiée à l’arbitrage royal, le Conseil de la concurrence est en mode veille. Le sort de plusieurs dossiers et saisines, tel celui des jetons destinés aux peintes du bâtiment, demeure inconnu.

Le Conseil de la concurrence est en veilleuse depuis que l’affaire relative à l’entente des distributeurs pétroliers a été confiée à l’arbitrage royal. Plusieurs dossiers se trouvent actuellement bloqués. C’est l’exemple de la saisine engagée en mars 2019 par la société O’dassia Peintures Ecologiques, par laquelle elle considère que la société leader du marché aurait exploité abusivement sa position dominante par le biais de la pratique des jetons dans le marché concerné, en l’occurrence le marché de la peinture de bâtiment.

Cette pratique, qui consiste à mettre dans chaque seau de peinture un jeton destiné à fidéliser les peintres de bâtiment, porte atteinte à la libre concurrence dans un marché marqué par des barrières à l’entrée difficilement surmontables. Car, au final, ces jetons visent à inciter les peintres à orienter le choix du consommateur final par l’achat de telle ou telle marque de peinture.

Pratique anti-concurrentielle
La valeur du jeton de peinture se situe entre 20 dirhams et plus de 100 dirhams, ce qui représente, pour certains produits, près de 40% de leur prix de vente au consommateur final. Une fois que les peintres récupèrent les jetons dans les seaux de peinture, ils demandent leur échange en argent. Au titre de l’année 2018, le budget alloué par les sociétés de peintures à la pratique du jeton a été estimé par les opérateurs et l’AMIPEC (Association marocaine des industries de peintures, encres, colles et adhésifs) à près de 400 millions de dirhams. Les distributeurs remettent ensuite les jetons collectés auprès des peintres aux fabricants et reçoivent, en contrepartie, de la peinture avec des remises sur le prix d’achat.

A partir de 2007, la pratique du jeton s’est généralisée et a été adoptée par la majorité des sociétés qui opèrent sur ce marché. Le plus important, c’est que le conseil de concurrence a pris sa décision et a demandé aux sociétés de mettre fin à cette pratique au plus tard le 21 juillet 2020. Entre-temps, les signes d’une mésentente au sein de l’AMIPEC apparaissent. Les sociétés Atlas et Colorado la quittent. Cependant, le dossier de l’entente sur les prix des carburants à la pompe a paralysé le Conseil de la concurrence, qui n’a pas fait le suivi de la notification et de sa ratification par toutes les sociétés.

Certaines ont signé, d’autres pas encore. Certaines ont respecté la décision, d’autres non. «Il devient plus facile de vendre en Europe qu’au Maroc avec cette pratique anti- concurrentielle qui dresse des barrières devant les petits opérateurs du secteur et les nouveaux entrants», nous confie Abdessamad Jennan, président de la société O’dassia Peintures Ecologiques. Le hic, c’est que les fabricants qui ne veulent pas entrer dans ce jeu ont le choix entre perdre une grosse part de leur business ou jeter l’éponge et faire autre chose.


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