Connivence Algérie-Russie: Madrid accuse

Et si c’était la Russie qui avait poussé l’Algérie à rompre, le 8 juin 2022, son traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne? La première vice-présidente du gouvernement et ministre des Affaires économiques du royaume ibérique, Nadia Calviño, le croit en tout cas. Dans une déclaration donnée ce lundi 13 mai 2022 à Radio Catalunya, la concernée a indiqué qu’elle avait personnellement été témoin d’un rapprochement entre Alger et Moscou au cours de la réunion de printemps du Fonds monétaire international (FMI), tenue du 18 au 22 avril 2022 et à laquelle elle avait assisté au même titre que ses homologues algérien, Abderrahmane Raouya, et russe, Anton Silouanov. “Déjà à ce moment-là, j'ai vu que l'Algérie était de plus en plus alignée sur la Russie et donc [sa décision de rompre le traité] ne m'a pas tellement surprise,” a-t-elle témoigné. Et ses propos sont, en vérité, loin d’être tirés par les cheveux.

Depuis le début de l’invasion, le 24 février 2022, de l’Ukraine par la Russie, cette dernière a été constamment en contact avec l’Algérie et avait d’ailleurs dépêché, le 9 mai 2022, son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans la voisine de l’Est pour inviter le président Abdelmadjid Tebboune à une visite d’État. On peut donc très bien imaginer que la partie russe ait encouragé l’Algérie à rompre son traité avec l’Espagne, ce qui lui permettrait de faire davantage pression sur l’Europe surtout qu’une des implications peut être la cessation des livraisons de gaz vers le territoire espagnol et éventuellement celui du reste du Vieux Continent. Ce que les responsables de ce dernier semblent d’ailleurs avoir très bien saisi en montant rapidement au créneau, et cela au lendemain même de l’annonce de la décision de la rupture, pour sommer l’Algérie de revenir en arrière, ce qu’elle n’allait pas tarder à faire du fait des risques encourus en termes géopolitiques.

Quoi qu’il en soit, l’Espagne semble décidée à ne pas vouloir plier face aux pressions d’Alger, qui espérait peut-être rééditer le coup effectué par le Maroc en parvenant à arracher un appui espagnol au plan d’autonomie, mais ce que la capitale algérienne a mis de côté c’est que le Royaume était quand bien même demeuré fidèle à ses engagements vis-à-vis de ses partenaires européens et les représailles s’étaient arrêtées au même niveau que la provocation qu’avait constitué l’hospitalisation pour Covid-19 du secrétaire général du mouvement séparatiste du Front Polisario, Brahim Ghali.