Congrès du PJD: Qui pour prendre la place d'El Othmani?

Pour se relever de sa triple débâcle électorale du 8 septembre 2021, la formation islamiste devra s’appuyer sur une nouvelle équipe dirigeante. Mais pour l’heure, le flou total demeure.

On l’oublierait presque, mais le Parti de la justice et du développement (PJD) existe toujours. Et il s’apprête même à tenir, le 30 octobre 2021 dans la ville de Rabat, un congrès extraordinaire consécutif à la démission collective des membres de son secrétariat général avec, à leur tête, le secrétaire général de la formation et ex-Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani; démission faisant elle-même suite à la triple débâcle du PJD aux élections législatives, communales et régionales du 8 septembre 2021.

Ainsi, l’on s’attend donc à ce que le parti de la lampe désigne sa nouvelle équipe dirigeante, et, alors que la date du congrès approche à grande vitesse, le moins que l’on puisse dire est qu’un flou total persiste pour l’heure sur ce qu’il peut exactement donner.

Et notamment sur le nom du futur secrétaire général. Sera-ce, comme le prédisent certains, l’occasion pour Abdelilah Benkirane de faire son grand retour? Ce dernier, on le sait depuis son interview de juin 2021 au média électronique qatari Arabi21, “ne veu[t] pas être considéré comme mort avant de [véritablement] mourir” et, rêve, concrètement, de continuer à jouer un rôle sur la scène politique nationale.

Dans une vidéo qu’il avait fait diffuser le 25 juillet 2021 sur les réseaux sociaux, et ce alors que les services marocains se voyaient accusés d’avoir utilisé le logiciel d’espionnage israélien Pegasus, il n’avait, ainsi, pas fait mystère de ses intentions à ce propos, se disant prêt à répondre présent si jamais “on” faisait appel à lui.

Tenir son rang
Et si, au sein de la jeunesse du PJD, M. Benkirane semble continuer à jouir d’une grande aura, au point de se faire qualifier, au cours des meetings où il est souvent invité à intervenir, de “zaïm oumami” (leader international, en VF), ce n’est pas tout-à-fait le cas parmi ceux qu’on appelle les “faucons” du parti, c’est-à-dire ses caciques: plusieurs d’entre eux, de M. El Othmani en passant par les anciens ministres Aziz Rabbah et Lahcen Daoudi, s’étaient, opposés au milieu des années 2010, quand M. Benkirane occupait le poste de secrétaire général, à ce qu’il puisse changer les statuts de la formation et briguer un troisième mandat qui lui reste d’ailleurs toujours impossible, sauf accord du conseil national.

Et, on peut l’imaginer, parmi ces faucons se trouvent sans doute beaucoup d’ambitieux, à commencer d’ailleurs par M. Rabbah, qui s’était pratiquement fait rappeler à l’ordre en juillet 2016 lors d’un meeting tenu dans la ville d’Agadir par M. Benkirane et vu signifier par ce dernier qu’il devait “tenir son rang” -sous-entendu attendre patiemment que son tour vienne et ne pas vouloir rapidement devenir secrétaire général.

Un autre candidat dont on parle aussi beaucoup est Mustapha Ramid, également en froid depuis belle lurette avec M. Benkirane -qui l’avait d’ailleurs inclus aux côtés de MM. El Othmani, Rabbah et Daoudi ainsi que du ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Amakraz, dans une liste de dignitaires du PJD avec qui il rompait suite à l’adoption le 11 mars 2021 du projet de loi portant usage légal du cannabis.

Mais l’ancien ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, en proie notamment à des soucis de santé qui l’avaient amené fin février 2021 à démissionner du gouvernement El Othmani, ne serait pas du tout intéressé et l’aurait clairement signifié à ses “frères”. Quel que soit le nom du futur leader, ce congrès du PJD devrait en tout cas être couperet dans sa tumultueuse histoire de désormais 23 ans...