"Il y a une confusion au niveau de la prise de décision"

INTERVIEW DE ADIL BENHAMZA, ancien porte-parole du Parti de l’Istiqlal

Consultant juridique, homme politique ayant été membre du secrétariat général du Parti de l’Istiqlal, Adil Benhamza décortique les failles de la communication du gouvernement.

Face à la pandémie du Covid-19, il y a eu un sérieux problème de communication de la part du gouvernement. Partagez-vous ce constat?
La question que l’on doit se poser est de savoir s’il y a quelqu’un qui ne partage pas ce constat. C’est un sérieux problème que celui de la communication gouvernementale depuis le déclenchement de cette crise. Un problème sérieux avec des dégâts que l’on ne peut toujours pas quantifier dans la mesure où cela dure.

On a vu comment s’est faite l’annonce de la fermeture des écoles et le passage à l’enseignement à distance, à la mi-mars. Une décision aussi importante ne s’annonce pas en pleine nuit mais plutôt à travers une véritable campagne de sensibilisation qui aurait dû démarrer quelques jours avant le jour J. On l’a vu aussi avec la décision du port obligatoire du masque, tombée la nuit et devant être effective le lendemain. Et, plus récemment, on l’a vu avec la décision de fermeture de villes la veille de l’Aïd El Kebir… A-t-on au moins compté le nombre d’accidents enregistrés cette nuit-là?

Où réside alors le problème?
Vous l’avez sans doute relevé, il y a d’abord un manque de communication, voire même de coordination entre les différents départements ministériels. Chaque ministre fait sa campagne pour ce qu’il fait ou compte faire. Cela donne plusieurs fois des communiqués contradictoires émanant du Chef du gouvernement, du ministre de la Santé, de celui de l’Industrie et du commerce, ou de celui de l’Education nationale… L’impression qui se dégage est que le gouvernement dans son ensemble ne mesure pas la véritable portée de cette crise et n’en maîtrise pas les clés.

D’ailleurs, au début de la crise, il y avait le ministre de la Santé qui fait de rarissimes sorties, puis c’est au tour du directeur de l’épidémiologie de tenir un rendez-vous quotidien avant qu’il ne disparaisse des radars de manière mystérieuse, et avant de décider de supprimer carrément ce rendez-vous quotidien sur les chaînes de télévision, c’étaient des fonctionnaires du ministère qui nous gavaient des chiffres sans plus. Maintenant que la situation est sérieusement grave, tout le monde se terre. Les Marocains sont livrés à euxmêmes.

Le problème dépasse donc une simple question de communication…
Absolument. D’ailleurs, avec le remaniement ministériel, il y a eu le poste de porte-parole du gouvernement qui a perdu en importance et en visibilité. Le ministre de l’Education nationale assume, depuis, cette charge, mais a-t-il été à la hauteur? Et du moment qu’on a un porte-parole, pourquoi chaque ministère communique seul sur le même sujet, à savoir la lutte contre la pandémie? Autre chose, et à titre d’illustration, cette crise a montré au grand jour les rivalités entre le ministre de la Santé et celui de l’Industrie. Le problème, à mon sens, est plus profond.

C’est à dire?
Il y a une confusion au niveau de la prise de décision. Qui décide réellement de quoi? Et sur quelles bases une décision est prise? C’est là le fond du problème.


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