Conflit au Soudan : A Al-Genaïna, le spectre de la guerre civile

Alors que la guerre sur fond de lutte pour le pouvoir entre les généraux al-Burhan et Hemeti déchire depuis le 15 avril 2023 le Soudan, plusieurs massacres sont perpétrés ailleurs dans le pays.


Pillages, agressions sexuelles, exécutions, maisons brûlées,… Les récits en provenance d’Al-Genaïna, capitale de l’État du Darfour-Occidental, rappellent de tristes souvenirs de la guerre civile qui avait pendant plus de 17 ans, de février 2003 à août 2020, ensanglanté le Darfour et coûté la vie à 300.000 personnes et fait des millions de déplacés.

Les raisons de cette guerre civile, qui resurgit aujourd’hui sont nombreuses, alors que le conflit entre Abdel Fattah al-Burhan, chef des Forces armées soudanaises (SAF), et Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de Hemeti, chef des Forces de soutien rapide (RSF) déchire le Soudan, sur fond de rivalité de pouvoir entre les deux généraux, qui avaient renversé en avril 2019 le président Omar el-Bechir, qui a 29 ans durant régné sur le Soudan.

Essentiellement motivée par des motifs ethniques, la vague d’attaque des RSF depuis le 1er novembre 2023 contre des membres de la tribu Massalit puise aussi dans des considérations liées à la compétition pour des espaces géographiques plus prospères, dans une région frappée de plein fouet par la sécheresse ainsi que des plaies mal cicatrisées, qui date de la guerre du Darfour.

Selon des témoignages recueillis par l’agence de presse britannique Reuters, de nombreuses personnes appartenant à la communauté Massalit ont été arrêtées et abattus par des ravisseurs arabes, leurs maisons incendiées et pillées. L’attaque contre Ardamata, perpétrée le 4 novembre 2023, intervient alors que les RSF, qui sont principalement composées de tribus arabes, et les milices arabes alliées ont chassé de la ville des centaines de milliers de membres de l’ancienne majorité Massalit d’Al-Genaïna.

Violence inédite
“Nous sommes extrêmement préoccupés par des informations selon lesquelles les Forces de soutien rapide et les milices arabes alliées ont tué des centaines de civils massalit au début du mois dans la ville d’Ardamata, dans le cadre d’une nouvelle attaque massive motivée par l’origine ethnique contre des civils nonarabes dans le Darfour-Occidental”, a notamment déclaré le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, Jeremy Laurence. Selon Laetitia Bader, directrice pour la Corne de l’Afrique de l’ONG Human Rights Watch, que Maroc Hebdo a contacté, “ces attaques datent depuis 2019 sur des camps de déplacés qui fuyaient la guerre civile des années 2000”. “Mais cette dernière vague qui a démarré début novembre 2023 est d’une violence inédite et vise a chasser les Massalit d’Al-Genaïna”, poursuit-elle.

Des informations sur zone font état d’un assaut imminent des RSF sur El Fasher, la capitale du Darfour du Nord. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, par la voix de M. Laurence, a rappelé “à toutes les parties au conflit qu’elles doivent respecter leurs obligations en matière de droit international humanitaire et assurer la protection des civils et des infrastructures civiles”. Une fatalité, la guerre au Soudan?.

Articles similaires