Le conflit du Sahara marocain s'achemine-t-il enfin vers sa fin ?

António Guterres
et Brahim Ghali. New York, le 17 mars 2017. ©ph:DR

L'Algérie appelée à prendre ses responsabilités


On a tellement annoncé la fin du  conflit du Sahara marocain que  d’aucuns n’y croient plus. Il faut  dire que l’acharnement de l’Algérie,  par Front Polisario interposé,  à donner lieu à une “République arabe sahraouie  démocratique” (RASD) indépendante dans la région  n’a jamais faibli. Pourtant, cette fois pourrait  être la bonne au vu des ultimes rebondissements  sur le terrain: de proche en proche, les  tenants des thèses algériennes se font de moins  en moins nombreux. Depuis l’accession au  trône, en 1999, de Mohammed VI, ce sont ainsi  34 pays qui ont gelé voire retiré leur reconnaissance  de la RASD. Plus, certains des Etats susmentionnés  étaient même considérés jusque-là  comme des bastions de la cause séparatiste, à  l’instar notamment de la Guinée-Bissau (2010),  de Madagascar (2005) et des Seychelles (2008).  D’autres pourraient plus tard, si ce n’est dès les  semaines à suivre, leur emboîter le pas.

Victoires diplomatiques
On a vu ainsi, depuis 2013, le Maroc opérer un  revirement sans précédent au plan diplomatique,  qui l’a amené à prendre langue avec des ennemis  notoires de l’intégrité territoriale du pays.  A cet égard, la réconciliation avec Cuba, entérinée  au titre d’un accord signé le vendredi 21  avril 2017 par les représentants respectifs des  Etats cubain et marocain auprès de l’Organisation  des Nations unies (ONU), à savoir Anayansi Rodríguez Camejo et Omar Hilale, n’en est que  l’ultime illustration.

De même, le roi Mohammed VI s’est personnellement  rendu, depuis octobre 2016, dans pas  moins de sept pays reconnaissant encore la  RASD: l’Éthiopie, le Ghana, le Nigéria, le Rwanda,  le Soudan du Sud, la Tanzanie et la Zambie.  Conséquence? Des victoires diplomatiques à n’en plus finir, à commencer par l’adhésion en  janvier 2017 à l’Union africaine (UA), près de 33  ans après que le Maroc ait quitté l’ancêtre de  l’organisation, l’Organisation de l’unité africaine  (OUA), suite à l’admission de la “RASD”.

Les anciens ennemis apporteront d’ailleurs leur  soutien, à l’instar de l’Éthiopie, dont le premier  ministre Hailemariam Dessalegn déclarera,  face aux salves répétées de l’Afrique du Sud  et de l’Algérie à l’encontre du Maroc, que “pour  régler un problème, mieux vaut avoir nos amis  à l’intérieur que de les avoir comme ennemis à  l’extérieur”. Dans la même lignée, le président  sud-soudanais Salva Kiir affirmera, lui, lors de la visite de Mohammed VI dans la capitale du Soudan  du Sud, Juba, en février 2017, “que la question  du Sahara est différente dans sa genèse  et sa nature juridique et politique de celle” de son pays, indépendant depuis 2011 du Soudan  après 56 ans de guerre civile et dont l’Algérie  ambitionne de pasticher la destinée au Sahara  marocain. Disons-le plus clairement: le voisin de  l’Est en voit, par les temps qui courent, de toutes  les couleurs.

L’ultime “affront” qu’il a essuyé est rien de moins  venu que de l’Organisation des Nations unies  (ONU), qui gère le dossier du Sahara marocain  depuis le déclenchement du conflit en 1975 et  dont le secrétaire général, António Guterres, l’a  directement interpellé dans le rapport annuel  qu’il a soumis le 10 avril 2017 au Conseil de  sécurité au sujet de la question. “L’Algérie et la  Mauritanie, en tant que pays voisins, peuvent  et devraient effectuer des contributions importantes  processus ”, a-t-il  notamment déclaré.

Véritable belligérante
En d’autres termes, il s’agit d’amener l’Algérie à  se dévoiler la face, elle qui se présente comme partie non prenante au conflit du Sahara marocain  tandis que d’aucuns savent bien (les  câbles diplomatiques américains révélés par le  site web de lancement d’alerte “Wikileaks” en  2009 l’avaient montré) qu’elle est la véritable  belligérante, non le Polisario. A cet égard, on  attend d’elle notamment qu’elle fasse en sorte  que les éléments du front séparatiste qui ont pris  pied (avec son assentiment bien sûr, comme on  peut l’imaginer) depuis août 2016 dans la zone  tampon de Guerguarat séparant le Maroc de la  Mauritanie à lever le camp dans l’immédiat.

M. Guterres, à la demande de retrait duquel le  Maroc avait répondu favorablement en février  2017 après l’aggravation de la situation dans la zone, a multiplié au cours des précédentes  semaines les appels dans ce sens, notamment  lors de son entrevue mi-mars 2017 au siège de  l’ONU dans la ville de New York, aux Etats-Unis,  avec le secrétaire général du Polisario, Brahim  Ghali. Dans son rapport au Conseil de sécurité,  il s’est ainsi dit “profondément préoccupé par la  présence continue d’éléments armés du front”  à Guerguarat. S’agissant plus généralement  du processus de paix au Sahara marocain, l’Algérie  est appelée à activement collaborer avec  l’envoyé personnel que M. Guterres a proposé,  l’ancien président allemand Horst Köhler, qui  semble d’ores et déjà décidé à battre en brèche  la douteuse partialité de son prédécesseur,  Christopher Ross.

Ce dernier, qui fut ambassadeur des États-Unis  de 1988 à 1991 dans le voisin de l’Est, s’activait  insidieusement à servir les thèses algériennes.  M. Köhler semble, lui, plutôt trouver sa source  d’inspiration dans le travail d’un autre ancien envoyé,  Peter van Walsum, qui en 2008 s’était rangé  à la solution du plan d’autonomie proposé un  an plus tôt par le Maroc après qu’il se soit avéré  à ses yeux que la proposition de la séparation du  Sahara marocain n’était pas réaliste.

Construction du Maghreb
Dans le détail, il s’agit de permettre aux populations  de la région d’exprimer leur droit à l’autodétermination  par l’intermédiaire d’organes  législatif, exécutif et judiciaire exclusifs, sans  nécessairement passer par la case du référendum,  qui de fait met en cause la souveraineté  du Maroc. Lesdites populations pourront ainsi  exercer leurs compétences dans des domaines  aussi variés que l’administration locale, la police  locale et les juridictions de la région, l’économie,  le budget et la fiscalité, etc.

L’Algérie se pliera-t-elle aux appels de M. Guterres  et par là même contribuer (enfin) à réaliser  la construction du Maghreb? Ou continuera-t-elle  encore à se borner à miner le développement de  la région, dont la non existence coûte chaque  année deux points de produit intérieur brut  (PIB) aux pays concernés? Dans son discours  de la révolution du roi et du peuple d’août 2016,  Mohammed VI avait tendu la main au régime  algérien en rappelant comment la solidarité des  résistances des deux voisins leur avaient permis  de se libérer du joug colonial français. Aux  concernés de la saisir.

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