CONFINEMENT OU PAS CONFINEMENT?

EL OTHMANI AU PARLEMENT

Au lieu de clarifier les choses et d'en dire plus sur les véritables intentions de son cabinet au sujet de l'éventualité d'un nouveau confinement, le Chef du gouvernement botte finalement en touche. Pas de quoi vraiment rassurer la population.

Le Maroc risque-t-il, à l’instar de nombreux pays de par le monde actuellement, d’être reconfiné? Oui, à en croire le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, qui moins de 48h après s’être fendu d’un démenti à ce propos, suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’un communiqué attribué à son cabinet déclarant le retour du confinement, a donc pris le contre-pied de ses propres déclarations ce 3 novembre 2020 à la Chambre des représentants. “[Le confinement] reste envisageable si la situation devient incontrôlable,” a-t-il confessé. En effet, a-t-il étayé, “la saison hivernale augmentera le nombre de cas d’infections au coronavirus”.

Rien de bien original, le roi Mohammed VI avait déjà, dans son dernier du discours de la Révolution du Roi et du peuple du 20 août dernier, avait averti de ce que la Commission scientifique chargée du suivi de l’évolution du Covid-19, au cas où le nombre de cas ne se tasserait pas, “pourrait préconiser un retour au confinement”. “[Les] répercussions sociales et économiques [d’une telle décision] seraient rudes pour l’ensemble des citoyens,” avait-il, en outre, souligné, pour bien pousser les citoyens à se plier aux mesures sanitaires de rigueur, notamment en termes de distanciation sociale et de port des masques.

Etat d’urgence sanitaire
Mais donc, M. El Othmani, au lieu de jouer cartes sur table comme lui commande la situation actuelle, donne l’impression de cacher son jeu et ne pas vouloir assumer une décision qui pourrait valoir à lui comme à son Parti de la justice et du développement (PJD), dont il assume le poste de secrétaire général, une impopularité de bien mauvais augure dans la perspective des différents scrutins électoraux prévus au cours de l’année à venir.

Et le leader islamiste s’est, de fait, systématiquement comporté de la sorte au cours des derniers mois de pandémie, tantôt rejetant la gestion de cette dernière sur le dos des ministères de l’Intérieur et de la Santé, comme lors de son calamiteux passage sur la chaîne Al-Aoula le 7 mai, tantôt accusant les médias de minimiser son rôle, ce qu’il avait notamment fait ouvertement le 20 juillet lors d’un précédent passage à la Chambre des représentants.

L’enjeu est, pour ainsi dire, de taille: si selon les différents sondages réalisés ici et là, les Marocains semblent comprendre les raisons de l’état d’urgence sanitaire déclaré le 20 mars par les autorités et souscrire à ses objectifs et à la nécessité d’y consentir, la lassitude est toutefois, de plus en plus, de mise, nature humaine oblige.

Surtout que financièrement parlant, de nombreux foyers ont vu leurs rentrées se réduire comme une peau de chagrin, alors même qu’ils ont à affronter les mêmes charges. M. El Othmani, en tant que Chef du gouvernement, devrait en principe mettre de côté les calculs politiciens et ne pas faire l’économie d’un discours pédagogique qui mette en confiance la population au lieu de la troubler. Mais à l’évidence, cela n’est pas dans ses cordes.