Conférence ministérielle de l'OMC: Une reprise handicapée par l'excès d'unilatéralisme

Les États membres de l’OMC doivent s’accorder pour faire face non seulement à la pandémie mais aussi aux barrières non tarifaires qui handicapent le commerce des pays moins développés.

La reprise du commerce mondial dépasse les attentes, mais elle est marquée par des divergences régionales, a indiqué lundi, 4 octobre 2021, l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Si certains pays, notamment développés, s’en sortent mieux en anticipant une forte croissance post-pandémie de leur commerce extérieur, d’autres, moins développés, comme le Maroc, n’en finissent pas de faire face à des barrières protectionnistes vis–à-vis de leurs exportations, notamment de produits agricoles, et ce, de la part de leurs principaux partenaires commerciaux au sein de l’UE.

Situation d’autant plus inquiétante au vu de la conjoncture mondiale actuelle de surchauffe du fret maritime, qui s’est traduite cette année par la rareté des navires, des espaces et des conteneurs réfrigérés utilisés pour l’exportation de ce type de produits. Le Maroc a fait, plus récemment, les frais de cette multiplication de barrières non tarifaires, notamment de la part d’un partenaire commercial aussi stratégique que la France.

Partenaire qui a pris unilatéralement, la décision de durcir les procédures d’obtention des visas pour les chauffeurs marocains de camions de TIR qui assurent le transport sur l’Europe. Tant que cet unilatéralisme persiste dans les échanges mondiaux, il sera difficile, pour des pays comme le nôtre, de profiter pleinement de cette reprise de l’activité économique mondiale au premier semestre de 2021.

Reprise tant vantée par les organismes économiques et financiers internationaux, et à leur tête, l’OMC. Organisation commerciale mondiale, qui vient de noter dans un nouveau rapport que «le commerce des marchandises a dépassé son pic d’avant la pandémie». Organisation qui n’a pas manqué, aussi, de relever que ses économistes ont revu à la hausse leurs prévisions commerciales pour 2021 et 2022. L’OMC n’anticipe-t-elle pas, désormais, une croissance en volume de 10,8% (au lieu des 8% annoncés en mars) du commerce mondial des marchandises pour 2021, suivie d’un accroissement de 4,7% en 2022?

«À l’approche de la douzième Conférence ministérielle de l’OMC, les Membres doivent faire preuve d’unité et s’accorder sur une réponse forte de l’OMC à la pandémie qui jetterait les bases d’une production plus rapide des vaccins et d’une répartition plus équitable. C’est une nécessité pour maintenir la reprise économique mondiale. La politique de vaccination constitue bien une politique économique –et aussi commerciale– critique», a déclaré la directrice générale, Ngozi Okonjo Iweala, citée dans un communiqué.

Faire face au protectionnisme
Le fort taux de croissance annuel pour le commerce des marchandises en 2021 s’explique principalement par l’effondrement de l’année précédente, où le commerce avait touché le fond au deuxième trimestre. Le niveau de référence étant très bas, la croissance en glissement annuel du volume du commerce des marchandises a atteint 22% au deuxième trimestre de 2021, mais le chiffre devrait revenir à 10,9% au troisième trimestre et à 6,6% au quatrième trimestre, en partie grâce à la rapidité avec laquelle les échanges ont repris aux deux derniers trimestres de 2020, souligne l’OMC.

Néanmoins, pour que les prévisions pour 2021 et au-delà puissent se réaliser, l’OMC ne doit pas simplement se fier aux prévisions de ses économistes, mais donner un second souffle au multilatéralisme. Un second souffle à un multilatéralisme fondé sur des règles claires qui ne changent pas selon la discrétion des uns et des autres. Les actuels défis mondiaux n’appellent-ils pas à créer ce système multilatéral plus agile, plus efficace et plus responsable, et ce à un moment où la pandémie a rendu la coopération internationale encore plus urgente?.