Conférence de Berlin sur la Libye: Rabat doit-elle accepter l'invitation?

Le Maroc est convié par l’Allemagne à la conférence que consacre cette dernière au conflit libyen. Mais, pour l’heure, pas encore de réponse de sa part.

En décidant de convier le Maroc à la conférence qu’elle compte accueillir le 24 juin 2021 au sujet de la Libye, l’Allemagne reconnaît, à l’évidence, qu’elle a fauté en ne faisant pas de même en janvier 2020, au moment d’organiser une première conférence consacrée à la même thématique. Et sans doute, aussi, y a-t-il un aveu de sa part qu’en direction du Royaume, son attitude n’a pas été vraiment juste ces derniers temps, ce qui en fin de compte donne raison à Rabat, qui, le 6 mai 2021, avait procédé au rappel de son ambassadrice à Berlin, Zohour Alaoui.

En effet, un communiqué du ministère des Affaires étrangères avait alors tancé le pays ouest-européen, qui selon lui “a multiplié les actes hostiles et les actions attentatoires”. “Le dossier libyen” avait nommément été cité et donné comme exemple de l’“acharnement” allemand “à combattre le rôle régional du Maroc”, mais avait également été mentionnée “une attitude négative sur la question du Sahara marocain”, avec l’“activisme antagonique” de Berlin “à la suite de la proclamation présidentielle américaine reconnaissant la souveraineté du Maroc sur son Sahara”, sans oublier la “complicité à l’égard d’un ex-condamné pour des actes terroristes”, en l’occurrence Mohammed Hajib, “notamment en lui divulguant des renseignements sensibles communiqués par les services de sécurité marocains à leurs homologues allemands”.

Possible réconciliation
Et c’est ce qui laisse certains croire que le Maroc pourrait ne pas répondre par la favorable à l’invitation: il est en fait question de plusieurs questions à la fois, et si le Royaume faisait acte de présence cela pourrait laisser l’impression qu’une réconciliation est possible sans pour autant prendre en compte le reste. Du moins, c’est ce que font comprendre des sources contactées par Maroc Hebdo, ces sources soulignant néanmoins que la réflexion est engagée.

D’autres sources voient, ceci étant, dans les entretiens qu’a eus ce vendredi 4 juin 2021 le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avec les représentants des principaux belligérants libyens, à savoir le président du parlement libyen, Aguila Salah, et le président du Haut Conseil d’État libyen, Khaled Al Mechri, la réponse marocaine, dans la mesure où celle-ci enverrait un message voulant que le Maroc n’a pas besoin des canaux allemands pour assurer son rôle de “facilitateur”, qui plus est en contradiction avec l’approche de l’Allemagne car contrairement à cette dernière le Royaume ne se voit pas d’autre rôle en Libye que d’aider les parties à rapprocher leurs vues, non leur proposer des solutions prenant surtout en compte les intérêts des puissances étrangères impliquées dans le pays (Turquie, Russie, etc.).

En tout cas, le sentiment est que les pays européens, puisqu’il ne faut pas non plus oublier à côté l’Espagne, sont en train de réaliser qu’il faudra bien à l’avenir tenir compte du Maroc avant de passer à toute action le regardant de près ou de loin.