Conditions sociales des étudiants en médecine et pharmacie

Une enquête alerte les autorités

Absence de bourses, indemnités insuffisantes, difficultés pour s’alimenter ou pour payer le loyer… Autant de problèmes vécus par les étudiants en médecine et pharmacie du Maroc. Explications.

De nombreux étudiants en médecine et pharmacie éprouvent des difficultés financières durant leur formation. C’est l’une des révélations phares de la dernière enquête de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie (CNEMEP) sur leurs conditions sociales, leur statut juridique dans les hôpitaux, les droits et devoirs, l’évaluation de la formation théorique et pratique et le troisième cycle. Une étude réalisée du 9 au 16 avril 2022 auprès d’un échantillon de plus de 5.300 étudiants.

Premier écueil, l’obtention de bourses. Aussi bien ceux en médecine qu’en pharmacie. «Les étudiants en médecine, en médecine dentaire durant les deux premières années et en pharmacie durant les trois premières années ne reçoivent aucune bourse, indemnité ou aide systématique pour contribuer aux dépenses engendrées par les études», révèle l’enquête. D’après la CNEMEP, il existe certes des offres de bourses durant l’année du baccalauréat, «mais si l’étudiant rate cette occasion, il n’aura plus la possibilité de la solliciter à nouveau ».

D’ailleurs, d’après ce sondage, 43,41% des personnes interrogées ont déjà postulé pour obtenir la bourse Minhaty, mais seuls 18% en ont bénéficié. Même pour les deux autres disponibles pour ceux dont les parents sont membres de la Fondation Mohammed VI des oeuvres sociales des enseignants et de la Fondation Hassan II de la santé, les difficultés persistent. 16% reçoivent une bourse de la première et 4% perçoivent celle de la seconde. «Mais les retards et les omissions, qui durent 4 à 7 mois, renforcent la précarité des étudiants», précise l’étude.

Ces étudiants pointent aussi du doigt leurs indemnités de stages. 96% des étudiants pensent qu’elles sont insuffisantes, alors que plus de 98,9% se disent insatisfaits de la manière dont le gouvernement gère les dossiers. Pour la CNEMEP, ceci est le résultat de la non application des «promesses et engagements» prévus dans l’accord qu’elle a signé le 28 avril 2019 avec les deux ministères de tutelle.

Difficultés financières
Pour preuve, le collectif affirme que les étudiants externes de 3e année reçoivent 630 dirhams pour leurs activités hospitalières et ambulatoire, tandis que les internes qui doivent effectuer des stages perçoivent une indemnité de 2.000 dirhams par mois. L’instance nous apprend aussi que les indemnités des étudiants en médecine en 7e année, ainsi que celles des étudiants en médecine dentaire et en pharmacie en 6e année, n’ont toujours pas été augmentées de 500 dirhams, alors que pour d’autres, la totalité du montant n’a pas été reçue. Plus grave encore, certaines de ces indemnités accusent un retard de plus de 10 mois pour plusieurs étudiants résidant dans différentes villes du Royaume. Un retard qui affecte 60% de ceux qui comptent sur ces aides pour couvrir leurs dépenses quotidiennes.

Evidemment, ces problèmes financiers impactent leurs conditions de vie. 50% des étudiants peinent à payer leur loyer, dont le montant avoisine les 2.500 dirhams. Conséquence: 42% d’entre eux habitent loin des établissements universitaires. «Les logements se situent en moyenne à 40 minutes des facultés et terrains de stages», souligne l’étude.

65% des sondés affirment que cette situation «impacte négativement leur rendement dans les services hospitaliers et leur apprentissage universitaire ». Leur alimentation est également perturbée. 64% sautent les repas, puisque «les restaurants universitaires, dont les prix sont abordables, sont situés loin des lieux des études médicales».

Devant ces équations, la majorité se tournent vers la famille pour alléger leurs souffrances. 92% déclarent recourir au soutien financier de leurs proches pour subvenir à leurs besoins. Selon eux, il leur faut au minimum 2.700 dirhams par mois pour assurer le transport, le logement et l’alimentation.