Les condamnés d'Al Hoceima: de grâce, le pardon !

Les familles des détenus du Hirak s’activent pour leur libération. Le CNDH planche sur le sujet et les partis politiques ne sont pas en reste. Objectif, tourner la page. Un geste royal est attendu.

Il faudra bien se colleter un jour à la situation créée par le procès des manifestants d’Al Hoceima. Non pas pour remettre en cause les peines prononcées par les juridictions compétentes qui ont statué -ce serait porter atteinte à l’autorité des jugements et à l’indépendance du pouvoir judiciaire, désormais consacrée par la Constitution (art. 107). Mais pour s’interroger sur les conséquences de ce dossier qui a conduit -après bien des avatars de toutes sortes durant des mois, de novembre 2016 à juin 2017- à une amplification qui pèse sur la vie politique nationale. Avec le recul, quelle lecture peut-on en faire?

Sentiment d’exclusion
Pour commencer, ceci: les revendications des manifestants étaient-elles illégitimes? Personne ne peut sérieusement le soutenir. Des promesses ont été faites, d’ailleurs bien avant les conventions signées devant le Roi en octobre 2015 par plusieurs ministres pour une enveloppe globale de quelque 7 milliards de DH.

Ce programme impliquant des engagements n’a pas été appliqué; une situation qui a de nouveau ravivé chez les populations du Rif le sentiment d’exclusion déjà prégnant depuis des lustres chez elles, une nouvelle strate venant s’ajouter à d’autres historiques comme la répression de 1958, ou l’épopée, trois décennies auparavant, de la figure historique de Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi. C’est ainsi: tous les acteurs, publics et partisans, ont failli, donnant un fondement légitime à une contestation qui a dégénéré dans des conditions peu maîtrisables. La réponse politique a été défaillante. Il a fallu actionner alors une politique sécuritaire pour suppléer une situation pleine de risques, difficilement maîtrisable et aux conséquences imprévisibles. L’autorité de l’Etat devant s’affirmer. Du côté des manifestants, il y aurait également beaucoup à dire. Sur leurs débordements bien éloignés du «pacifisme» de certains de leurs slogans d’affichage.

Amplification médiatique
Sur certaines exactions frappant des centaines d’éléments des forces de l’ordre blessés. Sans oublier diverses formes d’instrumentalisation, au-dedans et au-dehors, initiées et mises en oeuvre par divers «réseaux » hostiles au Maroc, offrant aide et assistance mais aussi amplification médiatique. Tout cela est connu, recoupé et établi dans les milliers de pages des procès-verbaux établis lors des différentes procédures judiciaires sanctionnées par des jugements.

Que faire maintenant? Laisser la quarantaine de condamnés purger leurs peines jusqu’au dernier jour? Se voiler la face et considérer que Nasser Zafzafi et ses coinculpés doivent subir durant l’incarcération jusqu’à 2039? Continuer dans cette même voie pour faire la preuve de la fermeté et que le dernier mot revient à la justice? Pareille position n’est ni recevable ni plaidable. Pourquoi? Parce qu’elle est contre-productive et ne favorise pas la cohésion nationale et l’apaisement, parce qu’elle témoignera d’un déficit d’intégration citoyenne, toute une population de la région prenant davantage ses distances par rapport à un «système » central et unitaire incapable de transcender un mouvement social qui a conduit à pareille situation, enfin, parce que c’est l’image du Royaume qui en pâtira durablement.

N’est-ce pas déjà le cas depuis plus de deux ans avec la médiatisation qui a été faite des évènements d’Al Hoceima jusqu’à proposer Zafzafi pour le Prix Sakharov, décerné par le président du parlement européen? Que n’a-t-on pas tiré les enseignements de l’affaire Aminatou Haïdar, déclenchée en novembre 2009, par suite de son expulsion à l’aéroport de Laâyoune parce qu’elle avait inscrit une prétendue nationalité «sahraouie» sur sa fiche de police? Rien de comparable, bien sûr, avec Zafzafi. Mais des facteurs communs d’humeur, d’impulsivité, de rigidité et de colère ne sont-ils pas partagés dans ces deux cas d’espèce?

Clémence royale
Une gouvernance à mettre à plat parce qu’elle brouille la capitalisation démocratique du Maroc du Nouveau Règne sous la conduite éclairée de S.M. Mohammed VI. Alors? Tourner la page, assurément! Comment? Les procédures ne manquent pas: la grâce royale (art. 58 de la Constitution), le pardon d’Amir Al Moumine en ce mois sacré du Ramadan; une loi d’amnistie du Parlement (art.71) qui n’a pas cependant le même sens et la même portée. Divers acteurs, partisans et associatifs, redoublent d’efforts aujourd’hui pour arriver à accompagner et faire avancer ce dossier. Il faut espérer que tout cela portera ses fruits, la clémence royale n’étant jamais refusée...


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