Concours d’avocat au Maroc : L’autre Wahhabisme


Le Maroc de l’impunité, celui où l’on peut se permettre de ne pas rendre le moindre compte, a, en tout état de cause, assez duré.

L’année 2022 n’a donc pu se terminer idéalement. Deux jours avant son terme a éclaté l’affaire des épreuves écrites de l’examen spécial pour l’obtention du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA). Dans le box des accusés, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, pourrait sauter, même s’il maintient que cela ne sera aucunement le cas (lire notre dossier de couverture, pages 8-17). Les Marocains sont, eux, en tout cas nombreux à réclamer sa tête. Il faut dire que la redescente sur terre est, chez beaucoup d’entre eux, de mise. Il y a quelques semaines encore, ils se rêvaient carrément maîtres de la planète. 

A la Coupe du monde organisée au Qatar, ce n’est qu’à la porte de la finale que leur équipe de football a chuté, après une défaite plus qu’honorable (0-2) face au tenant du titre français. Le tout, en s’appuyant sur une bonne foi, la fameuse “niya”, qui a suscité l’admiration de tous. Ne manquant, toutefois, pas d’humour, nos concitoyens y ont vu une reprise de pas du “wahhabisme” au détriment de la “regraguia”, qui, on l’aura deviné, fait référence à la voie quasi mystique dont notre sélectionneur national, Hoalid Regragui, a fait un crédo. Aussi lugubre que son homonyme moyen-oriental, le “wahhabisme” de M. Ouahbi concentre, lui, pour eux tout ce dont ils croyaient en une seule frappe de balle pouvoir se débarrasser. Ils avaient finalement, peut-être, pêché par excès de naïveté emballée. 

Et, aussi forte que leurs espoirs quasiment tués dans l’œuf, leur colère ne pouvait que s’en ressentir à des hauteurs de dégoût. Sommes-nous donc condamnés à la perversion morale, semble être la question qui lancine, comme si l’on se trouvait dans une Sodome dont on ne pourrait que fuir sans se retourner en arrière pour pouvoir échapper à sa malédiction? L’idée, on le sait, trotte chez une majorité de la population. En dépit des efforts, indéniables, qui ont été faits par l’État, la confiance dans les institutions donne l’impression d’être nulle. Dès lors, le réflexe, qu’on dirait presque atavique, est de faire montre de circonspection, si ce n’est de suspicion, même quand il n’en est aucunement le lieu. Certains croient savoir qu’un limogeage, même grimé en démission, pourrait constituer un signal fort, non seulement envers la classe politique afin qu’elle assimile qu’elle a le devoir de bien tenir son rang, mais à destination de tous. 

Comme quoi, le Maroc entrevu sur les bords du Golfe annonçait bel et bien l’avènement d’une nouvelle réalité. Sans doute… Mais il ne faudrait surtout pas en arriver à croire, en contrepartie, que le “wahhabisme” n’est que le fait d’un seul homme, aussi omnipotent soit-il, et que, pour reprendre le célèbre adage marocain, l’on en arrive à passer la corde au cou du coiffeur pour l’effondrement d’un minaret dont les soubassements étaient depuis belle lurette d’ores et déjà entamés et qui mériterait une reconstruction radicale, plutôt. Car pour en revenir au mondial qatari encore, rappelons que la demi-finale précitée avec la France avait elle-même été entachée par le scandale de la vente aux supporters marocains de billets qui devaient normalement leur être distribués à titre grâcieux. Et à ce jour, l’on n’en sait pas plus sur ce qui s’est exactement passé alors que la Fédération royale marocaine de football (FRMF) promet depuis le 27 décembre 2022 d’en faire au plus tôt part au public. 

 

Le “wahhabisme” représente donc bien, comme la construction du mot elle-même le laisse d’ailleurs suggérer, tout un paradigme et une façon de faire, et le moins que l’on puisse dire est que le Maroc de 2023 ne peut se donner le luxe de le laisser bourgeonner outre mesure. C’est ce que les Marocains souhaitent de tout leur être. Le Maroc de l’impunité, celui où l’on peut se permettre de ne pas rendre le moindre compte, a, en tout état de cause, assez duré. Place désormais au coup de sifflet final et aux victoires qui ne s’arrachent pas seulement sur une pelouse, à 35 millions de joueurs plutôt qu’uniquement à onze.

Articles similaires