La complainte des médecins du secteurs public

DES CONDITIONS DE TRAVAIL DÉSASTREUSES

Le suicide du jeune médecin interne en urologie au CHU de Casablanca Yassine Rachid a provoqué émoi et indignation, mais a surtout permis de mettre en lumière des conditions de formation et d’exercice des médecins qui peuvent être “extrêmement stressantes et éprouvantes”.

Nul ne peut nier que les conditions de formation et d’exercice des médecins au secteur public au Maroc sont loin d’être faciles. Pour Docteur El Mountadar Alaoui, secrétaire général du Syndicat Indépendant des Médecins du Secteur Public, «les étudiants internes, résidents et les spécialistes au secteur public rencontrent à peu près les mêmes problèmes aux différents CHU du Royaume, à part quelques exceptions».

Dr Alaoui, qui a cumulé plus de 20 ans de travail dans le secteur de la santé, pointe du doigt différents problèmes, notamment des «conditions de travail et de financement déplorables, des rémunérations insignifiantes, un manque d’équipements dans les hôpitaux, un programme de garde défaillant, le retard des bourses …», ce qui peut pousser les jeunes étudiants à souffrir psychiquement. «Le pire, c’est qu’on ne peut point en parler à haute voix, par peur d’affecter notre carrière», nous confie un jeune médecin en instance de thèse.

Un constat alarmant
Pour sa part, Dr. Alaoui estime que ces conditions précaires, si elles n’affectent pas la santé psychique des jeunes médecins, les poussent à se diriger vers le secteur privé ou encore à postuler à l’étranger pour assurer un avenir équilibré. En effet, 14.000 médecins marocains exercent hors du Maroc, dont 6.000 rien qu’en France. Un constat alarmant vu qu’avec moins de 25.000 médecins, le Maroc affiche un ratio d’à peine 7,2 médecins pour 10.000 habitants alors que l’OMS recommande un minimum de 23 médecins pour le même nombre d’habitants.

Plaidant depuis plus que 10 ans pour que le ministère de la Santé et celui de l’Enseignement supérieur s’engagent à répondre aux doléances des futurs médecins, qui souhaitent travailler et étudier dans des conditions dignes, Dr. Alaoui nous annonce que la situation connaît une petite lueur d’espoir malgré toutes les circonstances. En effet, «le décret n°2.22.682 portant statut particulier du corps interministériel des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes a enfin été adopté le jeudi 1er septembre en Conseil de gouvernement.»

Ce texte stipule la modification de la grille indiciaire pour faire en sorte que les catégories concernées démarrent leur carrière professionnelle par l’indice 509 au lieu de l’indice 336. Concrètement, il s’agit d’une hausse des salaires des médecins du public. Cette hausse des salaires et l’équivalence des doctorats pourraient redonner aux médecins la confiance et l’estime qui leur sont dus.

Engagé et militant des droits des professionnels de la Santé publique, Dr. Alaoui ne perd jamais de vue ceux pour qui il est devenu militant: le corps médical de la Santé publique. Pour cela, il est membre fondateur du Syndicat Indépendant des Médecins du Secteur Public (SIMSP) depuis 2003 et secrétaire général national du SIMSP depuis 2014.

Le syndicat mène un programme national militant, acharné depuis plusieurs années pour un dossier revendicatif légal pour l’amélioration urgente des conditions de formation et d’exercice des médecins dans ce contexte instable marqué par les pandémies.