Clés de géopolitique, de Gabriel Banon



Un grand puzzle planétaire se constitue qui n’est ni vraiment maitrisable ni de nature à préserver et à garantir la paix. Gabriel Banon en livre des clés de lecture.

Voilà un nouveau livre de Gabriel Banon. C’est le neuvième d’une longue série: dans un premier lot, il a beaucoup écrit sur l’entreprise; puis il a traité de La Paix de tous les dangers, relatant les hypothèques qui pèsent sur le Moyen-Orient à partir, notamment, d’un vécu et d’un ressenti, lui qui a été conseiller de Yasser Arafat (1994-2004); puis, plus globalement, la communauté internationale avec Un regard sur le monde et, aujourd’hui, Clés de géopolitique». Que ce dernier ouvrage soit dédié à la mémoire de son ami Laurence Eagleburger, secrétaire d’État américain de George H. Bush, n’est pas inintéressant; c’est que Gabriel a eu une carrière exceptionnelle, par ailleurs, au plus haut, comme conseiller à Washington (présidence Gerald Ford), à Paris (Georges Pompidou) et même au Kremlin auprès de Vladimir Poutine.

C’est à partir d’un cours assuré à l’ESG de Casablanca qu’il a décidé de finaliser ses notes pour en faire un manuel didactique. Utile pour les étudiants, il l’est assurément –il n’y en a pas sur le marché éditorial; utile aussi pour tous ceux qui s’intéressent à ce qui se passe dans cette époque de bouleversements, de crises et de conflits. Il y explique que la géopolitique a désormais un «statut» établi et reconnu. Elle peut être définie comme l’étude des interactions entre l’espace géographique et les rivalités de pouvoir qui en découlent. Elle pèse sur la politique des États et, partant, sur les relations internationales; elle se préoccupe d’appréhender le pourquoi des faits; elle met en relief à cet égard les lignes permanentes, les constantes structurant la diplomatie et la politique étrangère, et ce, par-delà les évolutions et les ruptures. La géopolitique se fonde sur des données objectives que sont l’histoire, la forme du régime, la géographie physique, la population, la société, la culture et, bien sûr, l’économie.

Gouvernance mondiale
Sur ces bases-là, elle met en relief les permanences –ce que l’on pourrait appeler les fondamentaux-, les cycles inévitables, les transitions ainsi que les engrenages. Cela dit, Gabriel Banon examine les conflits et la paix. Les conflits, une large gamme: armés, économiques, sociaux, … La liste est longue dans le monde d’aujourd’hui: Ukraine/Russie, Daech, Israël/Palestine, Afghanistan, Inde/Pakistan, Nigéria/Boko Haram, Soudan, Syrie, Taïwan, Mer de Chine, Corée du Nord. S’y ajoutent «les nouveaux champs de batailles» tels que Wikileaks avec la publication de 250.000 câbles diplomatiques confidentiels, hackers, cyberguerre… Quant à la paix, elle relève de plusieurs registres, l’un relatif à la théorie d’Aristote, philosophe grec pour qui un bon fonctionnement institutionnel conforte la paix, l’autre lié à diverses variantes –paix impériale américaine, paix mixte comme avec la guerre froide ou encore l’utopie de la paix universelle voulue par la SDN (société des Nations) et le président américain Wilson puis actée dans la Charte de San Francisco (juin 1945) créant l’ONU et un système de sécurité collective. Mais depuis, de nouvelles formes de guerre sont apparues et se sont même multipliées avec la guerre asymétrique. D’où une nouvelle diplomatie.

L’auteur explique encore que «tout ce qui est géopolitique ne se comprend que situé dans l’espace et le temps». Et de conclure: «Tout est rapport de force.» Vieille loi de l’histoire qui se vérifie dans le développement du monde, tel qu’en lui-même, avec les grands pôles géographiques, les grandes puissances économiques, les États émergents et le reste. Mais tous ces acteurs s’insèrent de plus en plus dans la mondialisation marquée par l’interdépendance, activée par l’ouverture des frontières, le commerce international, la délocalisation et la libre circulation (relative) des personnes, des biens, des capitaux et des services. Un grand puzzle planétaire se constitue qui n’est ni vraiment maitrisable ni de nature à préserver et à garantir la paix.

Une gouvernance mondiale est évidemment souhaitable, mais comment la mettre sur pied et en œuvre? Le retour du protectionnisme, avec la nouvelle administration Trump, n’est pas de bon augure dans ce domaine: tant s’en faut. Le système des Nations Unies (l’ONU et institutions spécialisées) est passablement à la peine; la formule aristocratique du G8 ou du G20 n’emporte pas tellement de résultats non plus. Gabriel Banon ne mesure pas ses préoccupations et ses inquiétudes. Au plan économique, «tout peut basculer». En 2030, la population mondiale sera de 8,3 milliards de personnes, contre 7,1 aujourd’hui. Ce sera aussi l’ère du «big data», des robots industriels, de l’intelligence artificielle, des effets du changement climatique, de la transition énergétique… et «le monde sera dominé, conclut–il, par les pays qui auront mis la recherche en tête de leurs priorités». Une bouteille à la mer? ...

Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case