La ciselure des métaux, un patrimoine arabe bientôt protégé?

Le Maroc fait partie des dix pays arabes ayant porté au niveau de l’UNESCO un dossier commun sur la ciselure des métaux, non sans susciter une certaine controverse sur les réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, la polémique enfle. Depuis l’annonce, le 7 avril 2022, par la représentation permanente du Maroc auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) du dépôt avec neuf autres pays arabes d’un dossier commun pour inscrire la ciselure des métaux sur la liste du patrimoine immatériel de l’institution onusienne, ils sont nombreux à monter au créneau pour dénoncer l’initiative. “Non au partage de notre patrimoine marocain, je répète, le patrimoine marocain, avec des pays qui n’ont rien à voir avec notre patrimoine,” peut-on notamment lire sous la plume d’un internaute. “Dites-leur de partager leur pétrole avec nous,” écrit un autre, en faisant référence au fait que certains des pays arabes concernés sont producteurs de pétrole (les dix pays ayant déposé le dossier sont, outre le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Mauritanie, la Palestine, le Soudan, la Tunisie et le Yémen, avec une coordination de l’Irak).

Un patrimoine partagé
De la part du gouvernement marocain, aucune réponse n’a, pour l’heure, été encore émise, en dépit des appels lancés en direction du ministre de la Culture, Mehdi Bensaïd, qui, à plusieurs reprises, avait indiqué vouloir faire de la protection du patrimoine marocain sa priorité, mais il faut dire aussi que ce n’est pas la première fois que le Maroc porte avec d’autres pays arabes un même dossier au niveau de l’UNESCO: en décembre 2019, il avait pris part au dossier sur les savoirs, le savoir-faire, les traditions et les pratiques du palmier initié par la Tunisie lors de la quatorzième réunion du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel tenue alors dans la capitale colombienne, Bogota, avant de se retrouver lui-même aux manettes du dossier sur les connaissances, les compétences et les pratiques de la calligraphie arabe, soutenu par quinze autres pays arabes et qui avait finalement abouti le 14 décembre 2021.

Et en général, les pays arabes font montre d’une grande coordination au niveau de l’UNESCO au sein du groupe qui leur est dédié et dont le représentant permanent du Maroc, Samir Addahre, avait d’ailleurs pris la présidence tournante pour un an à partir de janvier 2020. De toute façon, il est difficile de dire que dans le cas d’espèce de la ciselure des métaux il s’agisse d’un patrimoine à 100% marocain, étant donné que la pratique existe dans de nombreux pays arabes, et ce de l’océan Atlantique au Golfe, et le dossier ne peut, de plus, que bénéficier d’un appui de plusieurs pays. Quand il s’est agi d’un patrimoine dont le caractère exclusivement marocain était éminent, comme la musique gnaoua ou plus récemment la tbourida, le Maroc a, il faut le souligner, présenté un dossier sans que d’autres pays n’y participent.