Circuits migratoires des émigrés clandestins du Maroc

Les routes de la mort...

Au fil du temps, les itinéraires migratoires ont évolué. Laâyoune, Sebta, Mélilia ou encore la frontière algérienne sont devenues les principaux points de passages les plus prisés.

Après avoir connu une accalmie durant les premiers mois de la pandémie de Covid-19, l’immigration irrégulière via le Maroc reprend de plus belle. En attestent les récents chiffres officiels communiqués par le ministère de l’Intérieur. La majeure partie de ces migrants sont originaires d’Afrique subsaharienne, notamment du Nigéria, du Sénégal, de la Guinée, ou encore de la Côte d’Ivoire.

Ils empruntent différents itinéraires pour arriver à leur destination rêvée: l’Espagne. Convaincus par des passeurs sans scrupules basés au Maroc, ils débarquent souvent dans le Royaume par voie aérienne ou terrestre. Une fois sur place, ils sont acheminés vers Tanger ou Nador pour effectuer la traversée sur des zodiacs suivant un planning bien ficelé par leurs complices. Prix du voyage: entre 20.000 et 60.000 dirhams. Une partie de cette somme payée avant la montée sur l’embarcation de fortune, et le reliquat une fois le candidat arrivé en terre espagnole. Ce qui est loin d’être probable.

Six circuits identifiés
Au fil du temps, ces routes migratoires ont évolué. Laâyoune, Sebta, Mélilia ou Nador sont devenues les principaux points de passages les plus prisés. D’après Omar Naji, vice-président de la section de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) à Nador, six circuits ont été observés en 2021. Des révélations publiées dans un récent rapport de l’AMDH consacré à cette thématique et aux violences policières à l’endroit de ces migrants. Le premier circuit concernait «la voie maritime par zodiac ou jet-ski directement vers les côtes espagnoles, réservée presque exclusivement aux Marocains majoritairement originaires du Rif».

Le deuxième était «la voie terrestre par saut de la barrière vers Mélilia empruntée majoritairement par les migrants subsahariens, soudanais et sud-soudanais, mais aussi par la population marocaine des agglomérations limitrophes de Mélilia et qui a perdu beaucoup en emploi et ressources avec la fermeture de la frontière avec Mélilia». La troisième route, elle, était empruntée par la nage ou le jet-ski, à partir des côtes Boucana ou Abdouna, proches de Mélilia, «une spécialité des Marocains, mais aussi de certains Yéménites et Soudanais». Quant à la quatrième voie, elle avait comme point de départ les côtes Est de Nador, avec pour destination les Îles Chafarines. Un circuit exclusivement prisé par les Subsahariens et les Yéménites, précise-t-il.

Outre ces itinéraires, ces candidats à l’aventure passent aussi par la frontière Est maroco- algérienne pour entrer en Espagne via les côtes algériennes. Pour rappel, près de 330 migrants originaires du Soudan et du Soudan du Sud étaient arrivés à Oujda en août 2021, en provenance des prisons libyennes, d’après Hassan Ammari, membre de l’Association d’aide aux migrants en situation difficile (AMSV). Ils utilisent enfin «la voie terrestre vers le port commercial de Beni Ansar prise exclusivement par les mineurs non-accompagnés et les jeunes Marocains pour se cacher dans des bateaux», conclut M. Naji. Des voyages périlleux qui se transforment bien souvent en tragédies.

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