Cinq ans de prison pour le violeur d'une mineure qui s'est suicidée

Un verdict clément ?

Cette affaire mérite que l’on s’y attarde un peu. La justice est indépendante et doit le rester. Seulement cinq ans de prison pour un violeur d’une mineure qui a fini par se suicider à cause de cet acte d’une violence ineffable n’est pas susceptible de dissuader d’autres violeurs potentiels.

Le verdict est tombé. Le tribunal de première instance de Safi a condamné, jeudi 9 décembre 2021, un infirmier à cinq ans de prison ferme et au paiement de 80.000 dirhams de dommages-intérêts à la famille de la fille qu’il a violée à Youssoufia en août dernier. Celle-ci s’est suicidée en raison de troubles psychologiques des suites du traumatisme que cet abus sexuel a engendré.

Petit rappel, la famille de la victime a retrouvé son corps inanimé dans sa chambre. Elle a aussitôt avisé la police. Le Ministère public compétent est entré en ligne et avait demandé une autopsie pour déterminer la cause de son décès. Le rapport médico-légal avait confirmé, en effet, que la jeune fille avait été sexuellement agressée avant de se donner de la mort en consommant de l’acide nitrique. L’enquête ouverte sur ordre du procureur du roi près la cour d’appel de Safi avait révélé que la victime a été victime d’un abus sexuel perpétré par un ancien infirmier à la retraite qui était en fonction dans un hôpital de Youssoufia.

Mariées à leurs bourreaux
Cette affaire évoque à la mémoire d’autres, aussi poignantes les unes que les autres. Mais l’on retient surtout celle d’une fille mineure de 17 ans qui s’est donné la mort en février 2016 à Safi. Elle était mariée à peine quelques mois quand elle a décidé, dans un geste de grand désespoir, de se suicider chez la famille de son époux. Cette fille mineure avait laissé derrière elle des lettres qui expliquent les causes de son suicide.

Comme nombre de fillettes qui se marient à un âge précoce pour cause de viol, celleci avait subi un mauvais traitement de la belle-famille. Souvent, les jeunes filles qui se marient pour tourner la page du viol souffrent le martyre, succombant à des troubles psychologiques que personne ne décèle chez elles. Beaucoup de parents cherchent à camoufler «un affront» subi par une erreur fatale. Ils marient leurs fillettes à leurs bourreaux, à ceux qui les avaient violées. Au final, on se retrouve avec un drame qui ressemble à celui de Safi.

Mais cette affaire récente mérite que l’on s’y attarde un peu. La justice est indépendante et doit le rester. Seulement cinq ans de prison pour un violeur d’une mineure qui a fini par se suicider à cause de cet acte d’une violence ineffable n’est pas susceptible de dissuader d’autres violeurs potentiels. Il n’y a qu’une lourde peine d’emprisonnement qui peut donner à ces violeurs pédophiles à réfléchir. Et puis, est-ce que les 80.000 dirhams, somme d’argent symbolique, vont compenser la perte et apaiser la souffrance de la famille de la victime?.