Chronique d'un virus qui dévoile la force d'une nation

Le Maroc face au Covid-19

Cette crise a permis de dévoiler le vrai visage du Maroc; celui d’un Etat démocratique, moderne et social, d’une Nation forte, solidaire et autonome, et d’un peuple fier.

Au moment où la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement annonçait le démarrage de ses premières auditions en cette fin d’année 2019, un jeune étudiant marocain lance un appel à l’aide depuis Wuhan, en Chine, épicentre du nouveau coronavirus, apparu le 17 novembre dans cette ville de la province de Hubei. Lui et d’autres Marocains y sont bloqués suite à la mise en quarantaine décrétée par les autorités chinoises. Trois jours plus tard, S.M. le Roi ordonne de les rapatrier. Le jour même, le Souverain lance un programme d’appui et de financement d’envergure pour booster l’entreprenariat des jeunes.

Protéger le pays
Deux actions bien distinctes, qui marquent néanmoins la haute sollicitude dont le chef de l’Etat entoure sa jeunesse. A ce moment là, notre pays et bien d’autres sont loin de soupçonner qu’ils puissent faire face brutalement à cette épidémie. Il instaure tout de même le contrôle sanitaire au niveau de ses ports et aéroports, suspend les vols vers pékin et suit de près l’évolution de la situation en Chine et en Italie. Et pourtant, un mois après, le virus est à nos portes, avec 7 cas confirmés en Espagne. Deux jours plus tard, nous enregistrons un premier cas chez un ressortissant marocain venant d’Italie. A partir de là, les mesures s’enchaînent pour protéger le pays contre l’invasion du virus et sa propagation. Des vols aériens et trafics maritimes en provenance et à destination de plusieurs pays sont suspendus, et, très vite, c’est tout l’espace aérien marocain qui est fermé. Le système de veille adopté depuis l’apparition du virus est renforcé. Des événements sportifs, culturels et artistiques sont annulés. Le système de santé national prépare ses structures, recense ses moyens et identifie ses besoins. Entre-temps l’OMS qualifie l’épidémie de pandémie. Très tôt, un comité de veille économique pour le suivi des répercussions et l’identification des mesures d’accompagnement est mis en place.

Une bonne gestion de crise
On s’assure de l’offre suffisante pour satisfaire les besoins des foyers y compris pour le mois de Ramadan, et la production agricole se poursuit de manière normale, encouragée par des pluies providentielles après des semaines de sécheresse désespérantes. Le Maroc s’oriente vraisemblablement vers l’option de confinement. Rapidement, les cours dans les écoles et universités sont suspendus et remplacés par des cours à distance, les rassemblements publics interdits, les cafés, restaurants, salles de cinéma et de théâtre, clubs sportifs, hammams et même les mosquées sont fermés au public. Les déplacements sont limités et conditionnés.

Des campagnes de communication à travers les médias, et particulièrement celles de proximité, menées par les agents d’autorité soutenus par les associations de quartiers, s’intensifient et appellent les citoyens à se conformer à «l’isolement sanitaire» et à respecter les règles d’hygiène et de sécurité physique, ainsi que les gestes barrières et la distanciation sociale. Les agents d’autorité et forces de l’ordre assurent une bonne gestion de crise et forcent l’admiration et le plébiscite des citoyens par leurs messages humanistes et leurs actions irréprochables. Puis vint la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, imposant la limitation des mouvements des citoyens conditionnés par l’obtention d’un document officiel, et prévoyant des sanctions pour non respect des mesures obligatoires, en réponse aux récalcitrants aux appels d’isolement volontaire, qui mettent en danger leur vie et celle de leurs concitoyens. A ce titre, un décret-loi est adopté trois jours après par le gouvernement, suivi du parlement, venant rappeler qu’on est bien dans un Etat de droit et de démocratie.

Des actions irréprochables
Sans hésitation, ni compromission entre risque économique et santé publique, notre pays a pris très tôt la mesure de cette problématique et a fait du courage, de la solidarité, et de la dignité, les maîtres mots de sa lutte contre le covid-19. Aussi, pour faire face à l’impact économique et social lié à la gestion de la pandémie, mettre à niveau notre dispositif médical de riposte et soutenir l’économie nationale, un Fonds spécial doté de 10 MMDH est créé sur instruction royale. Ouvert aux contributions, il verra sa dotation plus que tripler en l’espace de trois semaines, dans un élan de solidarité inédit. Sur le plan sanitaire, des unités de prise en charge extra-hospitalières et des hôpitaux de campagne sont érigés, médecine civile et son homologue militaire travaillent main dans la main. Un protocole thérapeutique à base de Chloroquine est adopté au moment où le débat autour de cette molécule fait rage.

Pour juguler les effets économiques et sociaux du confinement, des mesures pour les entreprises et les ménages sont prises. Report des déclarations fiscales et des échéances des crédits, suspension des paiements des charges sociales et ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement garantie par l’État pour les entreprises. Indemnité forfaitaire pour arrêt d’activité et report du remboursement des échéances des crédits bancaires pour les salariés. Aide de subsistance aux ménages Ramedistes et non Ramedistes opérant dans l’informel. De sa part, l’industrie nationale se reconvertit et se met à l’ère de la pandémie pour tenter de répondre aux besoins de la santé. Des masques, dont le port est devenu entre-temps obligatoire, sont fabriqués aux normes marocaines, mais aussi du textile médical, des visières en plexiglass, des sas de désinfection et autres dispositifs. Par ailleurs, l’esprit créatif de nos chercheurs est réactivé et les premiers respirateurs et thermomètres marocains sont nés, charge à notre industrie de les produire en quantité dans ce qui pourrait être une vraie prouesse.

Esprit de patriotisme
A quelque chose malheur est bon! Cette crise a permis de dévoiler le vrai visage du Maroc, celui d’un Etat démocratique, moderne et social, d’une Nation forte, solidaire et autonome, et d’un Peuple fier, faisant preuve d’un grand esprit de patriotisme. La voie du développement dans laquelle il s’est engagée depuis plus de deux décennies en fait aujourd’hui un pays capable d’affronter le futur avec ses enjeux et ses défis, autour d’un modèle de développement construit sur des bases de solidarité, d’équité et de dignité, ne laissant personne au bord de la route, un modèle de recouvrement de la confiance, d’efficacité institutionnelle et de justice sociale et spatiale

Par Anas Doukkali, ancien ministre de la Santé


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