Christian Cambon: "La DGST a permis à la France d’éviter un véritable bain de sang"

Sénateur, président du Groupe interparlementaire d’amitié France-Maroc, Christian Cambon parle, en expert, de la coopération sécuritaire entre le Maroc et la France.

Une réunion du Groupe d’amitié interparlementaire France-Maroc s’est tenue, mardi 6 avril 2021, en visioconférence depuis Paris et Rabat, au moment où la presse parlait du rôle du Maroc ayant permis de déjouer un attentat terroriste en France. Qu’est-ce que cela vous inspire?
La réunion de mardi m’a permis d’abord, tout comme à mes collègues du Sénat français, de remercier le Maroc et ses services de renseignement, la DGST notamment, qui ont permis, grâce à leur contribution en matière d’informations précises, d’éviter à notre pays un véritable bain de sang, le jour de Pâques. Cette réunion entre le Sénat et la Chambre des conseillers a été également l’occasion pour moi, en tant que président du Groupe d’amitié France-Maroc, de rendre hommage au Maroc pour son engagement à combattre le terrorisme et à aider les pays amis dans ce combat.

L’attentat déjoué le week-end dernier, impliquant quatre femmes imprégnées des idées meurtrières de Daech en est la parfaite illustration, surtout qu’il s’agit d’un projet de nature à semer la terreur dans des lieux de culte chrétien au sud de la France. La seule idée d’imaginer ce qui aurait pu se passer donne froid dans le dos. Ceci dit, il faut bien le rappeler, la coopération entre Rabat et Paris en matière de lutte anti-terroriste est très dense et très avancée.

Vous faites allusion au fait que les services de renseignement marocains ont permis l’arrestation de plusieurs terroristes en France, notamment après les attentats de 2015 à Paris...
D’abord, permettez-moi de vous dire qu’en tant que sénateur français, je suis reconnaissant au Maroc pour l’aide précieuse qu’il apporte à l’armée française là où elle est déployée, dans des régions difficiles en Afrique. Au Mali et dans tout le Sahel, où l’armée française est confrontée à des groupes jihadistes surgissant de nulle part, les informations reçues de la part des services de renseignement marocains permettent de déjouer des attentats, d’anticiper des attaques ou de capturer des chefs terroristes. Imaginez les dégâts que nos forces ou les autochtones des pays du Sahel auraient essuyés n’eutété la contribution du Maroc. C’est le Maroc qui a permis à la France d’arrêter le terroriste Abaoud, responsable des attentats de novembre 2015 à Paris. Et il y a d’autres opérations où le rôle du Maroc a été déterminant.

Lors de la réunion de mardi, cette coopération dans le domaine de la sécurité a été abordée… Que faut-il faire pour la renforcer davantage?
Nous sommes conscients, aussi bien les 76 sénateurs français membres du Groupe d’amitié que nos homologues marocains, que la situation internationale nous oblige les uns et les autres à rechercher les voies de la paix face au développement du terrorisme en Afrique et sur l’ensemble des continents, y compris en Europe. En ce qui nous concerne, nous militons toujours pour des solutions de paix dans ce Maghreb qui a beaucoup payé à la violence et nous souhaitons que la France puisse, en tant que membre du Conseil de sécurité, oeuvrer à la recherche de la paix dans le respect de la souveraineté des États. L’instabilité dans le Maghreb constitue un élément essentiel pour le développement des actions terroristes dans la région et au-delà.

On a parfois l’impression que le Maroc aide la France dans la lutte anti-terroriste sans réelle contrepartie…
Absolument pas! Les relations entre le Maroc et la France sont solides et se développent chaque jour davantage. Il arrive, de temps à autre, qu’il y ait des divergences sur tel ou tel sujet, mais, sur les questions fondamentales, l’entente est toujours là. Comme on dit, même en famille, il y a des tensions, des problèmes parfois, ce n’est pas pour autant que le lien de mariage est rompu…

Avec le Maroc, la France ne fait pas de coups-bas, jamais! Il n’y a pas de calculs politiciens dans nos rapports avec le Royaume. Au sein du Groupe, nous agissons pour des relations fluides, transparentes et basées sur le respect mutuel. D’ailleurs, la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, n’a jamais failli à ses engagements avec le Maroc autour de la question du Sahara. La France agit également pour la sécurité et la paix dans cette région. Nous n’hésitons pas à condamner les agissements des groupes terroristes et leur soutien dans la région.

Au Sahara justement, plusieurs organismes internationaux considèrent que le Polisario soutient les terroristes du Sahel…
Le Groupe d’amitié France-Maroc n’est pas une association de tourisme. Les 76 sénateurs membres de ce groupe qui se déplacent au Maroc ne le font pas pour manger du méchoui, boire du thé à la menthe et admirer la beauté des paysages. Quand nous nous déplaçons au Maroc, c’est pour contribuer au développement du partenariat entre nos deux pays, en lançant des projets socio-économiques ou en relevant les besoins du Maroc en termes d’investissement ou de savoir-faire français sur des projets structurants. Dans ce cadre, nous avons visité le Sahara plus d’une fois et avons contribué à ce que des entreprises françaises lancent des projets sur place.

Nous avons aussi visité plus d’une fois les stations Noor d’énergie solaire. La France est impliquée dans le fabuleux programme d’énergie solaire marocain. Dans le train à grande vitesse, TGV, aussi. Ceci pour vous dire que le partenariat maroco-français marche très bien et ce n’est pas du one way, c’est du gagnant-gagnant… Pour le Sahara, nos collègues marocains membres du Groupe d’amitié ont rappelé lors de notre réunion du mardi 6 avril, la prise de position des USA sur la reconnaissance de la souveraineté du Maroc. En ce qui me concerne, j’ai eu l’occasion de rappeler la position de la France de soutien à la proposition d’autonomie, d’une solution juste, équitable et crédible et d’un règlement pacifique sous l’égide des Nations Unies. Nous avons convenu, lors de la réunion, de tout faire, chacun de son côté, pour renforcer la coopération bilatérale dans tous les domaines, économique, culturel et sécuritaire.

A vous entendre, on se dit que le Groupe d’amitié est vraiment puissant et a son mot à dire sur tout ce qui touche les relations Maroc-France…
Détrompez-vous, le Groupe d’amitié Sénat français-Chambre des conseillers marocaine est l’un des plus anciens groupes du genre au sénat. Il a vu le jour dans les années 90 à l’initiative de notre regrettée Paulette Brisepierre. C’est le plus important de par le nombre, 76 parlementaires de chaque côté. Nous nous rendons compte de la réalité de nos deux pays, ce qui facilite la prise de décision…

En plus, et c’est le plus important, il y a la haute commission mixte présidée par les deux chefs de gouvernement, il y a les commissions interministérielles et il y a le Forum interparlementaire, qui nous permet de débattre des questions bilatérales. C’est dans ce cadre qu’il faut voir et appréhender le rôle du groupe que j’ai l’honneur de co-présider, avec mon collègue Abdessamad Kayyouh pour la partie marocaine.