La Chloroquine contre le Coronavirus: L'ultime espoir

Au Maroc, le bilan du coronavirus s’alourdit au moment où l’espoir de le vaincre grandit. La chloroquine, médicament anti-paludique, repêche des milliers de Marocains d’un état de psychose générale. La solution nourrit beaucoup d’espoirs au vu de ses résultats très encourageants.

Une huitième personne guérie du coronavirus. Même si le taux de guérison n’est pas proportionnel au taux de contamination, l’espoir est permis. Mais pourquoi faut-il voir la moitié du verre rempli ? Le 23 mars 2020, le ministère de la Santé approuve l’introduction de la chloroquine ou son dérivé l’hydroxychloroquine dans la prise en charge thérapeutique des cas confirmés, quelques jours seulement après avoir acheté à Sanofi Maroc tous les stocks des médicaments Nivaquine et Plaquenil à base de molécule qui fut distribué dans les centres hospitaliers universitaires et les hôpitaux régionaux et provinciaux. Déjà, à Rabat, un premier patient est traité et est testé négatif. A Casablanca, des réanimateurs de l’hôpital Moulay Youssef rapportent que plusieurs cas présentent des signes d’amélioration au 5e jour de leur traitement. Pour le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, la chloroquine a confirmé ses résultats positifs.

L’espoir est donc permis. Le Maroc a misé sur la chloroquine, même si le 20 mars la tutelle laissait entendre que ce médicament fait toujours l’objet d’essais cliniques dans plusieurs pays afin de prouver son efficacité contre le nouveau Coronavirus. Un brin de scepticisme qui a vite été balayé d’un revers de la main. Le passage officiel à la chloroquine, entre le 20 et le 23 mars, se justifie par la situation épidémiologique relative au Covid-19 au Maroc.

La recrudescence du nombre de contaminations, dont quelques cas groupés, et l’enregistrement de quelques cas graves et de décès, n’a pas laissé place à l’hésitation. Jusqu’au jeudi 26 mars à 18h00, 50 nouveaux cas de contamination ont été enregistrés en 24 heures, portant à 275 le nombre total des cas confirmés dans le Royaume, et à 11 le nombre de décès dont deux magistrates à la Cour des comptes. Au cas où le médicament contenant de la chloroquine s’avérerait efficace pour traiter le Covid-19, son utilisation serait limitée aux cas admis en hôpital et selon un protocole médical approuvé par un comité scientifique national, assure le ministère.

Un médicament miracle ?
De l’espoir pour les personnes atteintes du coronavirus ? Sans doute, au vu de l’amélioration des cas traités avec cette molécule. Même son de cloche chez Moulay Hicham Afif, directeur du CHU Ibnou Rochd à Casablanca qui assure que « l’utilisation de la Chloroquine, l’hydrochloroquine ou l’hydroxychloroquine sera élargie au niveau de plusieurs pays dans le monde, à l’instar de la Chine, les Etats-Unis, la Tunisie, la France… », et que « l’utilisation de ce médicament dans ces pays a donné des résultats prometteurs compte tenu du protocole spécial pour soigner les malades de Covid-19 ».

Le médicament agit normalement comme un antipaludique. Il est connu sous plusieurs noms commerciaux, selon les pays et les laboratoires qui le fabriquent: Nivaquine ou Resochin par exemple. Au Maroc, la chloroquine est la molécule composante des médicaments antipaludiques des laboratoires Sanofi, en l’occurrence Plaquenil et Nivaquine. La chloroquine est un médicament commercialisé et utilisé depuis 1949 pour la première fois aux Etats-Unis et puis en Europe, afin de traiter le paludisme. Après, il a été prescrit pour traiter d’autres maladies comme certains rhumatismes et maladies auto-immunes. C’est un médicament qui a, en même temps, prouvé son activité anti-virale.
 

Au vu du nombre de cas atteints de Covid- 19 actuellement, le stock de chloroquine est largement suffisant, rassure le professeur Abdelfattah Chakib, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca. En cas de besoin, le professeur souligne que le ministère va importer d’autres médicaments fabriqués à base de chloroquine par d’autres firmes pharmaceutiques. Une option difficile à réaliser sachant que des pays comme l’Inde ont interdit l’exportation de ce type de médicaments pour assurer une autosuffisance.

Peut-on considérer cette substance comme médicament « miracle » contre le coronavirus ? La réponse est par l’affirmatif pour le professeur Abdelfattah Chakib. En effet, une première étude, réalisée dans ce sens en Chine, a montré que la chloroquine est efficace pour le traitement du Covid-19. Ces études ont particulièrement intéressé le Pr Didier Raoult, grand spécialiste des maladies infectieuses et directeur de l’Institut Hospitalo- Universitaire (IHU) Méditerranée infection basé à Marseille. Celui-ci s’est dit convaincu, depuis deux semaines, d’avoir trouvé un remède contre le coronavirus. Il a jugé « immoral » d’attendre pour l’administrer et affirme qu’il se « fiche » qu’un essai clinique soit lancé.

Le 11 mars, il intègre le conseil scientifique COVID-19, constitué de onze membres chargés d’éclairer les décisions à prendre par les autorités pour lutter contre la pandémie en France. Il passe ensuite à l’action, et pendant six jours, il injecte à une vingtaine de patients atteints du Covid-19 une dose de 600mg/jour de Plaquenil, médicament commercialisé et composé d’une molécule dérivée de la chloroquine. Le directeur de l’IHU a par ailleurs associé à la chloroquine un traitement d’azythromicyne, «pour éviter les surinfections bactériennes». Le 16 mars, il diffuse une vidéo enregistrée devant ses étudiants et fait part au monde entier de ses résultats. «C’est spectaculaire, la charge virale moyenne avec ce virus est normalement de 20 jours. […] Les patients qui n’ont pas reçu le Plaquenil sont encore porteurs à 90% du virus au bout de six jours, tandis que ceux qui ont reçu le traitement sont 25% à être positifs».

D’atermoiement en atermoiement, le 17 mars plus précisément, Olivier Véran, ministre français de la Santé, se laisse convaincre, à son tour, par ces résultats prometteurs, et donne l’autorisation à plusieurs équipes d’entreprendre des essais plus amples dans les plus brefs délais. Aux Etats-Unis, même le président Donald Trump a défendu ses vertus. Au Maroc, les essais sont en cours. La chloroquine a-t-elle des effets seconsdaires ? En vérité, pas plus que d’autres médicaments, comme le paracétamol, s’il est utilisé à court terme.

Dépistage massif
Si cette molécule nourrit tous les espoirs, il n’en demeure pas moins que le danger demeure la surcharge des hôpitaux en cas d’une explosion du nombre des contaminés. Du coup, un débat bat son plein. Il se rapporte à l’utilisation possible d’un dépistage massif de la population. Certains pays plus proches de l’épicentre de la pandémie qu’était la Chine dans un premier temps, ont opté pour un dépistage massif. C’est le cas de la Corée du Sud qui a effectué plus de 300. 000 tests. Résultat : 9.037 cas ont été confirmés, pour un total de 120 morts. Ce qu’il faut savoir, c’est que le pays disposait déjà de près d’une cinquantaine de stations de test accessibles et praticables à partir de la voiture.

Le Maroc n’a pas ses moyens pour pratiquer davantage de tests. Depuis l’annonce de la détection du premier cas, un peu plus de 1000 tests ont été effectués. Le royaume suit les traces de la France où l’on a décidé de limiter les tests de dépistages qu’aux personnes atteintes par le virus. Une politique dictée en partie par le nombre insuffisant de tests disponibles dans le pays.

La prévention demeure la seule arme contre la pandémie en attendant la confirmation de l’efficacité généralisée de la chloroquine. D’autant plus que le pays, qui compte 35 millions d’habitants, ne dispose que d’une capacité d’accueil des malades potentiels de «1.642 lits de réanimation» dans le public et le privé. Le soutien de l’Etat chinois au royaume, composé de masques et gants de protection et d’appareils de dépistage de la température et des respirateurs, renforce cet effort préventif. En plus des dons d’équipements et matériels médicaux au royaume, la partie chinoise a convenu d’envoyer ses experts médicaux. Le confinement semble être la seule mesure applicable pour pister et endiguer l’épidémie. Le royaume applique ainsi à la lettre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui préconisent de ne tester que les personnes suspectes et les placer en quarantaine pour limiter la propagation du virus.

Au Maroc, le confinement, traduit par la mise en place d’un état d’urgence sanitaire qui dure depuis deux semaines, a été décrété pour restreindre au maximum les déplacements de la population, seul moyen pour garder le coronavirus sous contrôle. Il y a eu la suspension des vols internationaux, la fermeture des écoles, des universités, des lieux culturels et sportifs, des cafés, des restaurants, des commerces «non essentiels » et des mosquées. La semaine du 29 mars au 5 avril est cruciale. Il s’agit, d’après les spécialistes, de la fin de la période d’incubation du virus, ce qui facilite la transmission à large échelle de la pandémie au cas où les déplacements ne seront pas davantage limités. Le respect des règles de confinement s’impose plus que jamais pour échapper au scénario macabre de l’Italie.


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