Pourquoi les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité

Controverse autour des contaminations quotidiennes

Le Professeur Marhoum Kamal El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd à Casablanca, évoque, en guise d’explications, des changements significatifs dans la chaîne de dépistage.

À en croire les chiffres bruts annoncés par le ministère de la santé chaque jour à 18 heures, on serait tenté de dire que les cas de contaminations continuent à baisser chez nous et ce depuis plusieurs jours. De 6.000 cas jour, les chiffres passent en dessous de la barre de 4.000. Ceci alors que les chiffres flambent en Europe allant jusqu’à évoquer l’arrivée d’une troisième vague du Coronavirus.

Avec l’apparition d’une nouvelle souche du virus, qui présente une contagiosité rapide de plus de 70% par rapport à l’ancienne souche. Comment expliquer alors ce grand paradoxe sanitaire entre le Maroc et l’Europe? Selon Professeur Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd à Casablanca, «les chiffres annoncés par le ministère de la santé ne reflètent pas la réalité de la situation sanitaire dans notre pays. Car sur le terrain de la réalité, il y a toujours une pression dans les hôpitaux et tout particulièrement dans les services de réanimation et de soins intensifs où on reçoit encore chaque jour des cas graves»

L’éminent professeur, à qui est revenue la charge de superviser les essais cliniques du vaccin chinois qui ont eu lieu récemment au Maroc, attribue probablement cette baisse quantitative des chiffres de contaminations par la baisse des tests de dépistage. Il avance deux nouveaux changements qui ont émaillé la chaîne de dépistage. D’abord, pour lui, comme le virus s’est installé dans le pays d’une façon collective et communautaire, la logique des cas «contacts» a complètement disparu chez nous.

Ces cas contacts, qui étaient suivis et appelés à se faire tester, ne sont plus listés. Et donc beaucoup de personnes pourraient attraper le virus sans présenter de symptômes, mais ne se font pas tester, ce qui accélère fortement la propagation du virus.

Deuxième changement opéré: les tests antigéniques rapides mis en place dans certaines structures hospitalières publiques ont probablement remplacé les tests PCR, ce qui pousse les Marocains à recourir à ces tests rapides plutôt qu’aux tests PCR qui, il faut le rappeler, sont chèrement facturés dans les laboratoires privés. Or, les tests PCR sont connus pour leur efficacité et leur crédibilité dans la détection du virus.

Sur la nouvelle souche du coronavirus détectée en Grande-Bretagne, Pr. Marhoum pense que pour l’instant, nous ne savons toujours pas si cette nouvelle souche du virus est présente au Maroc. «Ce qui est sûr, néanmoins, d’après les dernières données statistiques publiées par les scientifiques en Angleterre, c’est que ce virus est contagieux. Mais cela ne signifie pas qu’il est plus virulent ou donnant lieu à des formes plus sévères de la maladie», explique-t-il.

Toujours est-il que le ministère de la santé maintient un mutisme total quant aux raisons ayant présidé à la baisse des chiffres quotidiens des contaminations. Son silence, pour le moins coupable, plaide pour une situation sanitaire qui pourrait échapper au contrôle des autorités sanitaires.