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Présence inquiétante de chiens errants dans plusieurs villes au maroc

Un phénomène qui fait rage

Morsures mortelles, nuisances sonores, harcèlements… Les chiens errants n’ont jamais été aussi dangereux au Maroc. Une menace grandissante qui impose des solutions urgentes.

Vous en avez probablement croisé. Ces chiens qui errent partout et perturbent la quiétude des passants. Tels des intouchables, ils se pavanent aisément dans nos rues et font désormais partie du décor. Ce phénomène, vivement dénoncé ces trois dernières années, est revenu au-devant de la scène après deux tragiques évènements. Dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 septembre 2022, une enfant de cinq ans est dévorée par des chiens errants dans la commune de Drarga, située dans la banlieue d’Agadir, non loin de sa maison familiale. Meurtris par cette disparition atroce, les habitants de cette localité réclamaient l’organisation de vastes campagnes d’élimination de ces animaux dangereux. Un mois plus tôt, le 17 août 2022, la touriste française Sophie Hamada décédait après des blessures causées par des morsures d’une meute de chiens errants dans la commune d’El Argoub, située dans la région Dakhla. Ce médecin et professeure de 44 ans a été attaquée par cette horde lors d’une promenade à quelques mètres de l’hôtel où elle logeait.

S’ils ne vous tuent pas, ce sont leurs aboiements qui perturbent votre sommeil. Ce tintamarre, plusieurs Marocains en ont marre. Demandez aux Slaouis, ils vous le confirmeront. Enragée par leur présence plus qu’encombrante, et après avoir été encerclée par des chiens devant la porte de son domicile, une femme habitante d’une zone résidentielle a même déposé, en septembre dernier, une plainte auprès du Tribunal de première instance de Salé. D’après les riverains, leur nombre s’est multiplié ces derniers mois sans que les autorités compétences n’interviennent pour mettre fin à ce calvaire.

Eliminer ou stériliser?
A l’instar de Salé, plusieurs grandes villes du Royaume n’échappent pas à cet envahissement canin. Casablanca, bien évidemment, n’est point épargnée. «Je croise régulièrement un groupe de chiens errants dans la corniche durant mon jogging. Une situation intrigante, surtout dans ce lieu très fréquenté par les usagers. Les autorités doivent prendre à bras le corps cette problématique pour éviter des drames», nous confie une dame qui fréquente cet espace. Pour lutter contre ce phénomène, les autorités avaient lancé, en décembre 2019, une opération d’élimination de chiens dans certaines localités de la capitale économique.

Ce fut le cas à Dar Bouazza, où une dizaine ont été tués. Des exécutions qui avaient d’ailleurs soulevé un tollé auprès des mouvements associatifs, qui étaient foncièrement contre cette pratique. «Les autorités sont censées protéger ces chiens et les vacciner au lieu de les tuer. Le massacre de chiens dans les rues se fait depuis plus de 30 ans au Maroc sans résultat aucun. Pourquoi continuer à les tuer au lieu de trouver une solution moins barbare et archaïque? C’est totalement inconcevable», avait dénoncé Ahmed Tazi, président de l’association Adhan. non sans préciser que «ces chiens ont été stérilisés». Des tueries similaires ont été également observées à Marrakech, Rabat, et dans la région du Souss-Massa début juillet 2021. Cette pluie de critiques sur ces actes «barbares», particulièrement sur les réseaux sociaux, avait même poussé le ministère de l’Intérieur à publier en décembre 2020, une note dans laquelle il rappelle aux communes et à leurs services d’hygiène, «l’interdiction d’abattre les chiens errants par armes à feu ou empoisonnement». Il invitait aussi les services d’hygiène à «utiliser des méthodes alternatives moins barbares».

Déjà en 2019, le département de Abdelouafi Laftit avait signé une convention avec le ministère de la Santé, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), et le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires du Maroc pour la mise en oeuvre de la Trap Neuter Release (TNR). En clair, une technique qui consiste à les capturer, euthanasier les plus dangereux, puis stériliser les autres avant de les relâcher. Badre Tnacheri Ouazzani, président du Conseil des vétérinaires, approuve la stérilisation parce qu’elle «met fin à la reproduction, car un chien tué par arme à feu ou par empoisonnement est vite remplacé par une nouvelle naissance de chiot(s)». Selon le spécialiste, le Maroc souhaite s’inspirer de l’expérience de la Turquie, qui a vacciné puis stérilisé tous les chiens errants en leur mettant des étiquettes d’oreille.

Les députés s’en mêlent
Trois ans après cette signature, les choses semblent s’accélérer. A Casablanca, la Société de développement local (SDL) Casa Baia effectue régulièrement des opérations de ramassage de ces bêtes, à travers sa cellule de lutte contre les nuisibles. «Nous recevons des dizaines d’appels des citoyens qui se plaignent de la prolifération des chiens errants près de leur résidence. Nous effectuons nos interventions dans les espaces verts, plages, terrains, places publiques, ainsi qu’au niveau des marchés municipaux et aux abords des établissements d’enseignement», indique Mohamed Haris, chef des équipes de ramassage à Casa Baia. A l’en croire, l’entreprise a ramassé 42.396 chiens, dont 307 animaux dangereux depuis sa création en 2019. Lors de sa participation à un évènement organisé le 15 septembre 2022 par l’Association pour le progrès des dirigeants (APD), la mairesse Casablanca, Nabila Rmili, a révélé que plus de 250.000 chiens errants sont ramassés par an dans sa commune. Un combat qui, selon elle, est loin d’être gagné à cause l’arrivée massive de chiens errants des zones périurbaines ou rurales comme Had Soualem, Bouskoura, etc. Ce ramassage des chiens n’est pas en soi une nouveauté au Maroc, il se faisait déjà au Maroc dans les années 60-70, notamment dans des villes comme Fès.

A Oujda et à Tanger, les autorités sont également à pied d’oeuvre. Les opérations de stérilisation devaient démarrer le lundi 19 septembre 2022, selon Ouasfi Bouazzati, ex-président du Conseil régional Nord-Ouest de l’Ordre national des vétérinaires tangérois. La ville du détroit, où le nombre de chiens errants est estimé à 40.000, a été le théâtre d’une triste scène, après qu’un homme âgé a été grièvement blessé lors de l’attaque d’une meute de chiens, au lendemain de la mort de la touriste française de Dakhla. D’après Ouasfi Bouazzati, un partenariat sera signé avec l’association «Friends of Spana» pour avoir accès à leur dispensaire qui contient une vingtaine de boxes et de tables, en attendant que les fourrières et dispensaires actuellement en construction soient opérationnels.

Cette problématique ne laisse pas indifférents les parlementaires. Dans une question écrite adressée à Abdelouafi Laftit, le 19 septembre 2022 et dont Maroc hebdo détient une copie, le député Hamid Ouahbi du groupe parlementaire authenticité et modernité (frère du ministre de la Justice) l’interpelle sur les mesures concrètes que comptent prendre son département pour lutter contre cette présence inquiétante des chiens errants. Une situation qu’il juge préoccupante et qui nécessite, selon lui, des décisions urgentes.

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